The fucking pile of shit never gets me very far
My car's a big piece of shit cuz the shocks are fucking shot
And the seatbelt's fucking broken; I got to tie it in a knot (It's a piece of shit!)
I can't see through the windshield, cuz it's got a big fucking crack
And the interior smells real bad cuz my friend puked in the back (It's a piece of shit!)
Adam Sandler, "Ode to My Car"
Alors, euh, je suppose que je mets à jour mon blog, maintenant.
On continue la série des alexandrins avec un genre de ballade. (Je voulais faire comme Villon mais en fait ça sonne franchement emo. Tant pis!)
Chanson du Père-Lachaise
Je vois déjà mon corbillard
Glissant tel un chameau blessé
Entre les corbeaux babillards
Du vieux Paris désabusé ;
Je vois déjà le défilé
Des chiens errants et des clochards
Derrière le pas cadencé
D’un âne noir comme un pochard ;
Je vois déjà la mousse pâle
Monter sur ma tombe oubliée
Où ne pleuvront que les pétales
D’un pissenlit isolé ;
Et je te vois d’un pas royal
Enjamber ma pierre tombale.
- Location:sous la pluie sarthoise
- Mood:
cool - Music:Captain Beefheart, "Dachau Blues"
Was about the age of ten.
George said, "That's just like a real poem Miss,"
And Miss said, "That is a real poem, George"
And I've been a poet since then."
John Hegley.
D'abord, petite mise au point sur mes études (car je sens que la saga de mes échecs universitaires vous passionne):
- Je suis pris à l'ESSEC ;
- J'ai obtenu un report d'année ;
- Je passe l'année prochaine en fac de philo à Paris I.
Ouais, c'est zarb, mais c'est ce que j'ai envie de faire.
Sur ce, place à notre programmation habituelle.
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J'avais promis des alexandrins, les voici.
Disclaimer: ceci est une parodie du romantisme baveux ; la prendre au second degré est obligatoire.
Un homme de cour pour un rien fut exilé
Du palais où tous ses pairs rampaient, diligents,
Et tandis qu'il en pleurait les fastueux argents
Le Mort incognito se plut à y aller ;
S'ensuivirent les faits que je vais vous conter
– Pour peu que vous vouliez seulement m'écouter.
Lugubrement le révolté se leva de sa couche
Et, fiévreux, regarda par la vitre obscurcie
Dont les carreaux, nombreux comme des yeux de mouche,
Laissaient voir et la ville, et la cour – et dit :
Désormais je vois au travers de vos mensonges
Des kohols écœurants de vos visqueux vizirs
De vos petits esprits pleins de vos petits songes
De vos vertus, de vos envies, de vos secrets désirs ;
Vous ministres, vous courtisans, vous noblesse nouvelle
Vous que bénit le sort, vous que l'amour renie
Vous conseillers, mentors, précepteurs, chiens fidèles
Qui pour ronger un os servez la tyrannie,
Vous qui placez l'honneur dans ce dont on se moque
Avec la liberté, la joie, l'humilité
Et toutes ces idées que forgea l'autre époque,
Je briserai le trône et vos rois sans pitié
Je vaincrai vos titans et tous leurs troubadours
Et tuant vos officiers crèverai leur tambour.
Mais la cour n'avait cure de ses anathèmes
Et tandis qu'il rêvait aux sombres chrysanthèmes
Les ducs et les marquis pavanaient bien vivants
À l'abri du besoin, de l'espoir et du vent.
Sous son grand chapeau blanc la Camarde attendait
La fin du menuet – son visage de lait
Et ses yeux nonchalants noirs et bleus comme un geai
N'étaient pas de la Mort – elle se déguisait.
Et on la désirait et l'on se demandait
Qui était celle-là que belle comme une larme
La reine même enviait – on voulait sous le dais
Examiner de près ses si livides charmes
Les danseurs suppliaient pour avoir une chance –
Non disait-elle votre instant n'est pas venu ;
Nous aurons bien assez tôt la dernière danse.
Et sa bouche formait tout bas une chanson
Si simple et cependant épouvantable et nue
Et ceux qui l'entendaient frissonnaient à ce son :
Verte est la Lune – les nuages bleus
Cillent son œil profond
Sous son regard ton teint cireux
Se décompose et fond
Le fard du jour quitte le ciel
Et tes joues olivâtres
Moi je te trouve bien plus belle
Sans ce masque de plâtre
Mais j'aime aussi que toi et moi
Quand vient le soir indien
Découvrions qu'un vif émoi
Colore ton visage peint.
Or il advint que la Mort sentit la haine
Portée aux baladins par l'homme disgracié
Et levant ses yeux clairs vers les nuages d'acier
Se mit à abhorrer aussi l'odieuse cène.
Vint le désir d'anéantir cette tumeur
Et tandis que les grands se trémoussaient sur scène
Brusquement dégoûtée des courbettes obscènes
Elle voulut d'un coup que cette foule meure.
Mais le coin de son œil saisit une marquise
Qui par l'agitation ne semblait pas conquise
Et qui, à l'écart de tout, contemplait le ciel,
Chantant une romance alerte et douloureuse
Dont les mots, malgré les murmures de fiel
Et l'orchestre bruyant, atteignaient la Faucheuse :
Je connais désormais presque toute la Terre
Car j'ai tant fait de pas que j'en ai fait le tour
Et que l'humanité m'a livré ses mystères ;
Partout les mêmes gens dans différents atours.
J'ai lu tout le papier que l'homme a recouvert
Les mots d'amour jetés sur les missives blêmes
Les romans, les traités et les anciens emblèmes
Que les bardes jadis ornaient de quelques vers.
J'ai appris du Latin la version et le thème,
J'ai su des anciens Grecs le savoir idéal,
D'Erato et Rimbaud je devins le féal.
Mais on ne retient rien de ce que mal on sème
Et j'ai dû m'épurer dans de nombreux baptêmes
Pour apprendre de toi comment on dit « je t'aime. »
Comprenant que ce lai, dédié à son image,
La marquise l'avait par sentiment appris,
La Mort se vit soudain dépouillée de sa rage
Et la cour continua ses plaisirs et ses ris.
Ainsi l'humanité que condamne ses crimes
Se voit-elle épargner la déchéance ultime.
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Bonnes vacances, les copains.
- Location:Là où il pleut
- Mood:
pretty chill - Music:The Beatles, "Across the Universe"
(J'étais à Saint-Léonard-des-Bois, pop. 3 - église du gngnième siècle, mairie bétonnée, absence complète de festival.)
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Une histoire ordinaire
Je ne sais pas pourquoi le roman d’apprentissage est aussi populaire. Je suppose qu’il permet aux gens de conserver l’illusion qu’on progresse vraiment au cours de la vie, que la maturité est une belle chose et que la sagesse est plus que la sénilité. D’un autre côté, les plus grands romans de ce type (oui, L’Education sentimentale, c’est toi que je regarde) présentent plutôt l’âge mûr comme le résultat de la destruction systématique de nos rêves par la vie qui est une pute et qui nous brise, etc. Moralité : c’est sûrement un genre pour vieux cons nostalgiques (ce sont les pires.)
Dans tous les cas, voici mon humble contribution au Bildungsroman (à prendre, étant donné mon âge, avec des pincettes monumentales.)
Mon enfance, c’est deux ou trois images : un pont de bois pourri au-dessus d’un étang ; le soleil couchant au-dessus d’un zoo abandonné ; un grand blond qui louche, cigarette au bec. Je me souviens rarement des journées ensoleillées ; le plus souvent, c’est un soir que je revois, un soir où beaucoup de choses auxquelles je tenais ont commencé à changer.
C’était un beau soir d’été où on avait fait le mur avec quelques copains de la pension. À cette époque, nous passions le plus clair de notre temps ou en vadrouille, ou punis ; c’était miracle qu’on nous gardât encore. Il y avait là Ivan, le grand blond, Jeannette, la fille des fermiers d’à côté, ce petit binoclard de Fallières, qu’on surnommait Groucho Marx, et moi qui ne brillais, comme le gorille de la chanson, ni par le goût, ni par l’esprit.
Après avoir couru les vergers et les villages, on s’était réfugié dans un zoo en ruine pour contempler le butin de nos larcins – quatre canettes de bière et un paquet de cigarettes.
On fumait et buvait en prenant des airs, pour cacher que la fumée nous faisait tousser et qu’on trouvait l’alcool trop amer. Et puis on parlait d’avenir, ce qui était moins drôle, parce qu’on ne savait même pas si la France ne finirait pas vitrifiée par les Russes ou les Américains.
- Moi, disait Ivan en louchant sur le mégot de sa clope, je serai anar, comme Bakounine. Je vais poser des bombes sous les députés. Je vais changer le monde.
On était tous très impressionnés par la maturité de notre ami, qui citait Marx et Trotski comme des amis intimes, et portait des jeans malgré le règlement intérieur. C’était le chef officieux de notre petite bande, son gourou, son maître à penser ; c’était lui qui définissait la ligne du parti.
Ce soir-là, pourtant, un vent de contestation soufflait sur le groupe. A vrai dire, nous cherchions tous les trois à impressionner Jeannette, suivant la sagesse immortelle des garçons de quinze ans.
- Ton Bakounine, il était tranquille, ai-je dit. C’était une grande gueule, mais il n’a jamais posé une bombe de sa vie. Il laissait les autres faire le sale boulot.
Ça n’a pas plu du tout à Ivan. Comme on arrivait sur le pont vermoulu au milieu du zoo, il m’a envoyé un grand coup de poing dans le dos, et j’ai basculé en avant contre la rambarde pourrie. Elle a cédé dans un grand crac, et si Groucho ne m’avait pas retenu, j’aurais piqué une tête dans l’étang.
- Ça va pas ? j’ai crié. T’aurais pu me tuer !
L’exagération a fait partir Jeannette d’un beau rire cristallin, qui a entraîné celui de Groucho, puis celui d’Ivan, et enfin le mien. Soudain, nous étions tous réconciliés.
On s’est assis sur le pont pour terminer nos bières, les jambes pendant au-dessus de l’eau noire. Le soleil se couchait.
- Il doit être tard, a dit Jeannette doucement.
- Tu te barres ? a demandé Groucho.
- Oui... Mon vieux doit se biler.
Ça m’a fait comme une boule dans la gorge, de savoir qu’elle partait. Notre escapade perdait un peu de son charme.
J’ai voulu dire quelque chose de spirituel avant qu’elle s’en aille.
- Il faudrait qu’on se barre tous.
- Tu veux dire, là ? a fait Ivan, un peu étonné.
- Non, je veux dire en général... qu’on ait des aventures, quoi.
Ma vision des « aventures » était un joyeux mélange du comte de Monte Christo qui s’échappait de sa geôle et des westerns qu’on nous laissait voir tous les jeudis au pensionnat : je nous voyais chevaucher dans la plaine, libres, farouches, ne nous arrêtant que pour exercer sur des sbires perfides une vengeance générique.
A ma grande surprise, Ivan a répondu d’un air grave :
- T’as raison. On ne peut pas rester dans ce trou toute notre vie.
- Ouais ! a renchéri Groucho.
Je me suis senti tout fier et étonné d’être suivi comme ça, et aussi que Jeannette soit restée nous écouter.
- On ne devrait pas attendre, ai-je repris, on devrait partir demain.
Groucho a opiné du bonnet.
C’est Ivan qui a décidé, sur un ton sans appel, qu’on se retrouverait sur le pont le lendemain à sept heures, et qu’après on irait droit devant nous, vers le sud – vers la mer.
Nous en avons fait le serment ; pour le sceller, on s’est chacun fait une entaille sur l’avant-bras avec mon opinel –Groucho tremblait à l’idée d’attraper le tétanos–, et on a versé un peu de sang sacrificiel dans une canette de bière vide.
- Dites, vous reviendrez me voir ? a demandé Jeannette.
Ce cérémonial l’inquiétait.
- Ouais, a fait Ivan d’un air crâne. On reviendra.
- Je vous souhaite bonne chance, alors.
Sur cette bénédiction qui ne rassurait personne, nous nous sommes quittés.
Le lecteur est libre d’imaginer, dans les pages qui suivent :
un mariage,
une mort,
une guerre.
Car tout le monde sait que ce qui compte, dans un roman d’apprentissage, c’est le début et la fin, le point de départ et l’arrivée. Les péripéties qui font que le héros devient homme sont somme toute accessoires : elles ne changent rien à l’inéluctable conclusion, le constat qu’on a vieilli.
Contentons-nous de dire qu’un an passa.
- Et voilà, a dit Ivan. On est de retour sur le pont. Rien n’a changé.
Il savait comme moi que c’était faux. Rien ne serait plus pareil ; on avait passé une étape, un point au-delà duquel on n’avait plus le droit de faire demi-tour. On avait perdu beaucoup de choses, tous ces trucs qu’on croit quand on est enfant, et on avait gagné quelques cicatrices, quelques médailles, deux ou trois souvenirs. Une porte claquait dans notre dos et une autre s’ouvrait devant nous.
Je pensais tout ça, et quelque chose d’immense montait dans ma poitrine, quelque chose que j’aurais voulu partager.
- J’ai envie de crier, ai-je dit.
Pendant un moment, on n’a plus entendu que les grenouilles et les cigales.
- Moi aussi, a dit Ivan.
Cette nuit-là, nous avons hurlé de toutes nos forces pour saluer la Lune qui se levait, et nous hurlions encore en descendant vers la ville, comme des loups d’une même portée qui savent qu’il est temps de partir faire leur propre meute ailleurs.
Ce fut la dernière nuit de mon enfance.
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Bonnes vacances, les enfants.
PS: Je suis apparemment pris à l'ESSEC et à l'ESCP. Je suis le premier surpris.
- Location:Trou-sur-Sarthe
- Mood:
Y pleut. - Music:Prokofiev, "Roméo et Juliette" (Dir. Valery Gergiev)
In fortune and fame
Everything that I dreamed for
To get a start in life's game
Then suddenly it happened
I lost every dime
But I'm richer by far
With a satisfied mind
Money can't buy back
Your youth when you're old
Or a friend when you're lonely
Or a love that's grown cold
The wealthiest person
Is a pauper at times
Compared to the man
With a satisfied mind.
Red Hayes & Jack Rhodes, A Satisfied Mind.
Enfin! Cela fait plusieurs mois que j'attends ce moment! Enfin, plus personne ne lit mon blog! Je vais pouvoir écrire des bêtises avec la certitude absolue que personne ne les lira. C'est... c'est presque émouvant.
Je tiens à remercier mon chien, le proprio de mon studio, la barmaid du Bateau Ivre et tous ceux qui ont rendu ce désastre possible.
Passons aux choses sérieuses. Au sujet du dernier chapitre d'Agustin Oeste, que j'avais promis à de nombreuses reprises: l'obstination n'étant point le moindre de mes vices, je compte bien le publier un jour. Donnez-moi juste le temps de le polir un peu et... ben, où est-ce que vous partez tous? Je vous jure que je vais le finir!
En attendant, pour vous montrer que l'écriture est toujours la deuxième mamelle de ce blog (je parle de nichons pour augmenter mon référencement, ne l'ébruitez pas), voici un petit texte impubliable sur les affres de l'édition. (Toute ressemblance avec Kurt Vonnegut serait vachement tirée par les cheveux.)
Vingt fois sur le métier
A tous ceux qui ont le courage d’insulter les textes (et leurs auteurs)
- Es una mierda.
Tels furent les premiers et les seuls mots que prononça Paolo en lisant mon recueil. Ses yeux noirs, las et cernés me fixèrent un instant. Puis, comme à regret, il me fit signe de sortir de son bureau.
Je ne protestai pas. Je ne m'indignai pas. Je ne restai pas pour défendre la qualité de mes vers. Je me contentai de me lever, de reprendre cette liasse où j'avais mis toute mon âme, et de sortir. Si Paolo pensait que ce recueil était une merde, c'était une merde – incontestablement, irrévocablement, sans qu'on pût rien y faire. Il fallait repartir de zéro.
Paolo était à la fois mon agent et la personne au monde qui m'insultait le plus. Parce qu'il était convaincu que j'avais un grand potentiel, il me rappelait en permanence à quel point ce que j'écrivais était nul, et à quel point j'étais nul pour l'avoir écrit. Il ne me disait même pas que je pouvais mieux faire ; c'était sous-entendu. Au lieu de cela, il remarquait chaque faiblesse, chaque lourdeur, chaque paresse, refusant d'envoyer à quiconque un texte qui ne serait pas parfait. Il était résolu à me faire devenir un grand écrivain, de gré ou de force.
Car Paolo ne supportait même pas que j'abandonne : quand j'étais quelques jours sans écrire, il me téléphonait aussitôt et m'exhortait à me consacrer à un ouvrage, fût-il destiné à être aussi médiocre que le précédent. Et bien que cet exercice incessant m'eût déjà permis de m'améliorer beaucoup, Paolo continuait sans se lasser à me montrer les défauts de ma production, dans l'espoir que je correspondrais un jour à ses invraisemblables standards.
Je retournai donc dans ma chambrette parisienne, armé de mon recueil et de ma déception. Privé de tout désir d'écrire, je me fis un café que je bus sans penser à rien, les yeux perdus dans les toitures parisiennes sur lesquelles donnait ma fenêtre. Ces quelques instants de méditation me calmèrent.
Mes yeux se posèrent alors sur un objet insolite : au centre d'une commode encombrée de papiers divers, ma vieille Remington trônait, abandonnée depuis que j'étais passé à l'informatique. À la voir ainsi prendre la rouille et la poussière, il me prit l'envie d'entendre une fois encore le martèlement sourd de ses touches et le bruit de clochette du retour à la ligne. Ces sons-là vous remplissent l'oreille jusque dans la tombe – quand ils ne vous rendent pas sourd.
Je m'apprêtais à la soulever pour la porter sur mon bureau lorsque je vis que j'y avais laissé, bien des années plus tôt, un texte en cours d'écriture. Tirant la feuille hors du mécanisme grippé de la machine, je m'aperçus non sans déception qu'elle ne comportait que les deux phrases suivantes.
« Le voyageur qui, longeant le littoral, prendrait le sentier dit 'des douaniers' jusqu'à Saint-Jean-le-Stylite s'étonnerait sans doute de voir échouée sur les rochers la carcasse rouillée d'un yacht du début du siècle. Son histoire, pourrait-on lui répondre, est singulière. »
Cela s'arrêtait là.
Je n'avais aucun souvenir de cette histoire, et, à ma connaissance, aucun brouillon. La curiosité m'aiguillonnait : pourquoi le début du siècle ? Était-ce le navire d'un contrebandier, d'un pirate ? Non, c’était un yacht... Dans ce cas, le naufrage pouvait bien être une affaire criminelle, un complot politique ou un crime d'amour, et le propriétaire du bateau, la victime d'un attentat anarchiste, un héritier gênant éliminé par sa famille ou encore un mafioso rattrapé par ses rivaux... De nombreuses histoires commençaient à se tisser autour du yacht et du sentier – toutes possibles encore, mais parmi lesquelles je savais qu'il faudrait choisir.
Dès que j'eus remis la Remington en état de marche, dès que j'eus senti contre mes doigts la résistance des touches et sur mes poignets le froid du métal, le récit de poursuivit de lui-même, comme si je l'avais laissé la veille au soir.
J'avais tout oublié des critiques de Paolo, de mon recueil rejeté et de ma déception. Tout était emporté par le mouvement irrésistible de l'écriture, qui débordait les digues de mon esprit, arrachait mes entraves et venait s'épancher sur la feuille. Les lieux, les héros, les intrigues prenaient une vie propre et se développaient à leur guise. Je n'en étais que le scribe.
Pris dans le rythme de l'histoire, je perdis toute notion du temps. Je marchai avec mes personnages, je souffris, je rêvai avec eux. Et quand je pus enfin taper, épuisé, le point final, c'est avec surprise que je vis que la nuit était depuis longtemps tombée. Mes mains étaient si courbatues que je n'eus pas le courage de remettre la machine en place où même d'en tirer la dernière feuille de mon texte. Je me laissai tomber tout habillé sur mon lit et dormis jusqu'au matin.
Le soleil était déjà haut dans le ciel quand je m'éveillai. Ses rayons traversaient les jalousies mi-closes et zébraient de lumière la Remington, toujours posée sur mon bureau. J'y trouvai, sur vingt et un feuillets dactylographiés, la meilleure histoire que j'avais jamais écrite.
Tout y était incomparablement supérieur à mes textes précédents : le style, l'action, les descriptions... J'avais peine à croire que c'était bien moi qui avais créé cela – que je n'avais pas été possédé pendant quelques heures par le spectre farceur d'un grand écrivain. Exalté par la découverte de ce talent inespéré, je m'habillai à toute vitesse, corrigeai au crayon les quelques fautes de frappe que je pus trouver et partis pour le bureau de Paolo.
Le trajet se passa comme dans un rêve. Ce n'est qu'en posant le pied sur la première marche de l'escalier qui me conduirait à Paolo que je me rendis compte de ce que j'allais faire. Il m'avait ordonné de ne jamais lui présenter, sous aucun prétexte, un premier jet, si je ne voulais pas avoir à trouver un nouvel agent. Et qu'étais-je en train de faire ? Je lui apportais un texte tout juste sorti de la machine, à peine relu, que j'avais écrit dans un état d'hébétude proche de l'ivresse. Autant lui tendre tout de suite le bâton pour me faire battre.
Et pourtant, je montais toujours, l'estomac de plus en plus serré, jusqu'à me retrouver face à la porte fatidique. J'eus alors l'intime certitude que ce que je tenais à la main était mon meilleur texte, peut-être depuis toujours – et je tournai la poignée.
Quand j'entrai, Paolo était assis sur le bord de son bureau, un cigare au bec. De sa main sèche et noueuse, il raturait violemment des épreuves. J'eus une pensée amicale pour les éditeurs et les imprimeurs qui auraient sous peu à subir son ire.
- Bonjour, Paolo, dis-je d'une voix qui se nouait.
- Bonjour, gamin, fit-il sans lever les yeux.
Sans un mot, je posai mes vingt et une pages à côté de lui et fis trois pas en arrière. Il n'eut qu'à laisser les épreuves et à prendre mon texte, qu'il lut avec la même babine boudeuse et le même froncement de ses sourcils broussailleux. Pendant ce qui parut une éternité, nous restâmes là, l'un en face de l'autre – lui qui lisait et moi qui m'angoissais. Le silence n'était troublé que par le léger froissement des feuilles entre elles.
Enfin, je le vis qui reposait la dernière page sur le bureau. Je fermai les yeux dans l'attente de l'inévitable insulte en espagnol. Rien ne vint. Quand je les rouvris, son visage austère était éclairé d'un mince sourire.
- Ce n'est pas mal, dit-il.
Le 11 juin 2009, à Paris.
- Location:Pepperland
- Mood:
Oh. - Music:The Libertines, "What Became of the Likely Lads"
The humans are dead.
We used poisonous gasses
(With traces of lead)
And we poisoned their asses.
(Actually their lungs)"
(Flight of the Conchords, Robot Song.)
* * * *
Salut les poteaux,
Je serai bref : la médiocrité de mon style actuel n'ayant d'égale que l'énormité cosmique de mon ego, par les pouvoirs que Le Grand Webmaster Dans Le Ciel m'a conféré, je déclare ce journal TEMPORAIREMENT CLOS.
Vous pouvez maintenant éteindre vos ordinateurs et reprendre une activité normale.
- Location:Xanadu.
- Mood:
Au taf. - Music:Tchaikovsky, Ouverture 1812
Il est de retour ! Encore plus grand ! Encore plus roux ! Encore plus banal !
Dans ce chapitre, tremblez face à la gueule du volcan éteint !... Contemplez, éberlués, le « siège du Diable », avec Abigail et Aliocha !... Mangez du pop-corn avec indifférence pendant que notre héros ne résout rien du tout !
(Les sept premiers chapitres sont ici. Plus que deux...)
(Edit : Je hais la neige.
Chapitre 8 : De l'importance d'une alimentation équilibrée.
Agustin, faute de savoir quoi faire pour prévenir toutes des disparitions spontanées (ou pour remédier à celles qui s'étaient déjà produites), fit ce que tous les héros de romans d'aventure négligent quand ils sont confrontés à des circonstances étranges et inquiétantes : il décida de partir déjeuner.
Car il se souvenait encore des enseignements de l'école militaire : confronté à un blessé, il fallait toujours, lui semblait-il, s'assurer d'abord que sa propre position était sans danger avant de le secourir – sans quoi il se fût agi d'efforts vains. L'analogie était un peu tirée par les cheveux ; avant de porter secours à son honneur blessé, le grand roux décréta pourtant qu'il devait assurer sa propre conservation – et celle-ci passait par une collation copieuse, et éventuellement une sieste. Puisque les habitants du village avaient été évacués d'une façon ou d'une autre, rien ne pressait dans la résolution de l'énigme... Il pouvait bien s'extraire un instant de cette histoire insensée.
Avec un dernier regard pour le cratère qui, deux heures plus tôt, était un charmant village médiéval, notre vaillant héros s'engagea donc de nouveau sur les chemins vicinaux au coin desquels, comme chacun sait, l'aventure attend les aventureux (et les victuailles les affamés).
Et, comme cela arrive souvent, son esprit vaqua tandis qu'il marchait, et tâcha de démêler le bizarre nœud gordien qui venait de lui échoir, lui qui n'avait jamais demandé à personne de dominer quoi que ce soit. Il sentait bien que la solution résidait quelque part dans son esprit – qu'il l'avait pour ainsi dire sur le bout des synapses ; mais celle-ci ne lui revenait pas plus que le rêve étrange qu'il venait de faire, lequel ne lui évoquait guère que la vague silhouette d'un épouvantail vêtu –détail étrange– d'un uniforme de la Royal Navy.
Tarasque, Tarasque... Ce mot également avait en lui il ne savait quel écho profond – l'idée d'un devoir, comme si on lui avait confié une mission importante longtemps auparavant. Il sentait bien que c'était la seule façon de donner un sens à cet imbroglio dantesque, mais malgré ses efforts de réflexion il ne parvenait pas à poser le neurone dessus.
Plus il tâchait de se souvenir, moins il y parvenait ; la situation devint rapidement frustrante, d'autant qu'il avait le ventre creux. Quand il descendit dans le chemin (creux lui aussi !) qui menait à la pension, il décida pour se détendre de s'accorder une cigarette ; toutefois, ce jour-là, tout était ligué contre lui, car, la clope aux lèvres, il ne parvint plus à retrouver son briquet.
Il leva alors les yeux : devant l'hacienda blanche, à sa surprise modérée (il venait de vivre des évènements autrement plus étonnants) se détachait nettement une fine silhouette féminine dans un imperméable beige seyant mal à la saison, qui lui tournait le dos. Tous ces ennuis l'avaient échaudé : aussi s'approcha-t-il avec une furtivité féline, et, quand il fut arrivé derrière elle, se contenta-t-il de lui tapoter légèrement l'épaule.
« Excusez-moi, madame, fit-il sur le ton le plus urbain du monde. Auriez-vous du feu ? »
Au moment exact où notre héros proférait cette absurdité, Abigail et Aliocha parvenaient, à travers le maquis, jusqu'au sommet du volcan, et débouchaient sur les bords du lac.
Mais avant de poursuivre, permettez-moi de digresser sur un sujet qui va nous occuper sous peu : il s'agit de choses évidentes pour nos protagonistes – mais prenons garde qu'elles le soient aussi pour le lecteur.
Aussi loin qu'on pût se souvenir, la Société des Agathes (1) avait existé, et, quoiqu'elle n'eût guère assumé au fil des siècles de rôle politique fameux, sa présence était abondamment documentée par les travaux des historiens présents et anciens. Sa devise, « Tant la quiert qu'on y parvient », était un ajout tardif : son origine était sans doute à chercher dans un poème de François Villon, dont on ignorait s'il avait ou non été membre de la Société. Quant à son nom, traduit de façon semblable dans de nombreuses langues, il permettait seulement de supposer que le créateur était helléniste – ou peut-être même un grec ancien. Nul ne le savait, et nul ne saurait : les membres insistaient pour détruire entièrement leurs archives tous les ans, à l'exception d'une charte traduite et transcrite en de nombreux exemplaires, et dont l'original avait été depuis longtemps perdu. On adhérait en étant parrainé par douze membres sans lien de parenté avec soi, une condition excessivement difficile qui n'empêchait pas les effectifs de ne pas désemplir.
Du reste, le secret n'était de mise que sur certains aspects, tandis que d'autres faisaient l'objet d'une publicité ouverte : leur but –rechercher le bonheur sur cette Terre en l'incertitude de celui qu'on promettait dans l'au-delà– était partout proclamé.
En revanche, personne ne savait comment, sans carte ni tatouage, les membres pouvaient infailliblement se reconnaître les uns les autres, ni quelle force avait garanti qu'aucun traître n'eût jamais vendu la clé de ce mystère au monde extérieur – lequel était, comme on l'imagine, avide de la connaître. La liste exacte des membres qui, du fait de l'incinération annuelle des archives, ne pouvait sans doute être tenue ou conservée, était un autre objet de curiosité. Il semblait que quiconque voulait entrer sincèrement trouvait comme par hasard sur son chemin les douze parrains nécessaires, et qu'au contraire les espions potentiels ne parvenaient pas à rencontrer un seul membre. La plupart de ceux qui parvenaient à adhérer cessaient tout à fait d'en parler aux profanes, bien qu'ils poursuivissent par ailleurs une vie parfaitement normale.
Enfin, la nature des activités auxquelles, dans des demeures isolées, ils se livraient pour atteindre le bonheur restait nébuleuse. Certains prétendaient qu'ils s'adonnaient à des rites sataniques, d'autres, en général avec un sourire égrillard, à des orgies, et les plus raisonnables enfin, qu'ils lisaient leur journal au coin du feu en devisant gaiement. En effet, les quelques hommes qui se revendiquaient publiquement de leur appartenance à la Société –en général des scientifiques, des écrivains ou des artistes– n'étaient guère sulfureux, et l'on pouvait déduire de leurs propos que les Agathes avaient plutôt l'air d'un club britannique que du culte de Baal. Les paranoïaques qui y voyaient un complot mondial étaient donc peu nombreux, d'autant, nous l'avons dit, qu'elle avait existé depuis l'aube de l'Occident et qu'on avait bien fini par s'habituer à sa présence.
Cela précisé, reprenons.
Ceux qui dans notre récit représentaient la folle jeunesse (ou l'épithète homérique que vous voudrez) arrivèrent donc au bord du lac en demi-lune qui surplombait le village (ou plutôt le trou fumant qui en tenait désormais lieu) – et qui était éloquemment nommé « Lac de Folpense ».
Là, ils s'arrêtèrent un instant, parce que c'était beau.
Les eaux, réputées les plus pures de la région, étaient du turquoise clair des plages tropicales, quoiqu'elles fussent bordées d'un épais bois de pins et de chênes, dont les racines enserraient d'énormes rochers noirs jadis vomis par la gueule du volcan. L'un en particulier, plus gigantesque encore que les autres, s'élevait au-dessus de la canopée : comme sa forme évoquait vaguement un trône, on l'avait surnommé « le siège du Diable », parce que Cthulhu seul sait à quel point les paysans aiment nommer des choses d'après le Diable – particulièrement quand elles sont noires et biscornues. En vérité, il y avait quelque chose d'étrange dans la façon dont il émergeait du sol et des arbres pour s'avancer au-dessus des eaux, presque au centre exact de la cuvette circulaire que formait le cratère volcanique ; mais le nom inquiétant avait sûrement aussi à voir avec cette impression.
Les bords du lac étaient tout à fait vides, et assez propres à la méditation romantique ; nos héros s'assirent.
« Les bords du lac sont tout à fait vides, remarqua Aliocha.
- Et même assez propres à méditer de façon romantique ! renchérit son interlocutrice. »
Puis le vent qui se levait agita les mèches (romanesques) des gosses, et ils se regardèrent en silence.
« Tu sais, Aliocha, reprit Abigail, toute cette histoire est bizarre... Les disparitions que tu m'as racontées, on dirait vraiment le genre de suggestions que feraient des médiums.
- Ça existe vraiment, ces trucs-là ?
- Bien sûr ! Ce n'est pas parce que la science sèche là-dessus que ça n'existe pas !... Enfin, je dois t'avouer que notre situation est un peu particulière. Et le pire, c'est que... Non, oublie ça.
- Comment ça, « oublie ça » ? Qu'est-ce que tu voulais dire ?
- Je... je crois que tout ça un rapport avec toi.
- Plaît-il ? »
Aliocha prit ce bel air abasourdi qui lui allait si bien.
« Depuis le début, expliqua la jeune fille, j'ai senti que tu étais –comment dire ?– spécial.
- Dans... euh... le sens que j'imagine ? fit le russe blanc qui virait au rouge vif.
- Mais non, idiot ! Je veux dire qu'il y a une tache obscure dans ton esprit, quelque chose de caché – un peu comme dans celui mon frère.
- Qu'est-ce qu'Agustin vient faire là-dedans ?
- Je ne sais pas... je ne sais vraiment pas. Je sais juste qu'il pourrait y avoir là-dessous quelque chose que nous ne soupçonnons pas, et ça m'inquiète un peu. »
Et sur ces paroles prophétiques, les jeunes gens reprirent leur silence pensif.
Pendant ce temps-là, devant la maison d'hôtes, une femme mystérieuse se retournait, sans surprise apparente, vers l'Oeste affamé.
Celui-ci, en la voyant de face, marqua un temps d'arrêt : ses cheveux noirs, coiffés à la garçonne –c'est-à-dire si démodés qu'ils en devenaient très modernes–, son long visage fin, un peu austère, qui paraissait à peine trente ans, et ses grands yeux bruns lui disaient quelque chose. Tandis qu'elle cherchait flegmatiquement dans la poche intérieure de son imperméable le briquet sollicité, Agustin se permit de l'interroger.
« Excusez-moi mais... nous connaissons-nous ?
- Peut-être, fit-elle d'une voix profonde. Dans les milieux que je fréquente, on m'appelle Tara, esq.
- Esquire ? Je croyais que seuls les hommes pouvaient être chevaliers en Grande-Bretagne.
- C’est que je suis avocate américaine, et non noble britannique (2). »
Et Tara de lui tendre un briquet d'argent où était gravée en français une étrange devise, Tant la quiert qu'on y parvient.
« Je vous ai donné mon nom, ajouta-t-elle. Puis-je connaître le vôtre ?
- Agustin Oeste, simple estivant.
- Ah ! Peut-être pourrez-vous m'aider !
- J'en serais ravi.
- Pouvez-vous m'indiquer la route de Folpense ? »
Agustin ouvrit la bouche, prêt à répondre, quand une pensée l'arrêta : Tara esq., ça ressemblait beaucoup à un mot qu'il avait entendu répéter récemment... Sans qu'il sût pourquoi, le sentiment diffus d'un danger s'empara de lui.
Ses pensées peinèrent un instant ; Tara, esquire... Tara-esq... – Tarasque !
Soudain, tout lui revint – avec une telle force que ses facultés intellectuelles s'en trouvèrent engourdies.
Avant qu'il pût y réfléchir, son corps réagit et lança un grand crochet du droit dans la direction de son interlocutrice ; celle-ci l'esquiva sans le moindre effort, de même que le second coup de poing qu'il lui décocha. En revanche, son coup de genou à elle trouva bien sa cible, l'estomac de l'Espagnol, que la douleur plia en deux. Avec une grâce irréelle, elle répéta son coup, et acheva son adversaire d'une manchette précise dans la nuque. Perdant l'équilibre, Agustin chut en avant et se retrouva le nez dans la poussière, à quelques centimètres d'un haut talon noir – lequel se permit, en guise de conclusion, de lui taper légèrement le front.
« Ce n'était pas ma meilleure idée », commenta-t-il intérieurement.
À suivre...
(1) « Agathos » = bon, en grec ancien (pour les handicapés des langues mortes qui nous lisent).
(2) Voir cet article.
Poll #1345490 Que va faire Agustin ?
Open to: All, detailed results viewable to: All, participants: 2
Dans le prochain chapitre, Agustin va...
...continuer à se battre bêtement.![]()
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0 (0.0%)
...se demander si un malentendu ne s'est pas produit.![]()
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2 (100.0%)
...s'enfuir à toutes jambes.![]()
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0 (0.0%)
- Location:"I feel like I live in a world made of... cardboard."
- Mood:
Blah. - Music:Chicago OST, "We Both Reached For The Gun"
To the games that we lost,
We shall claim that we won them some day.
To the girls young and sweet,
To the spacious back seat
Of our roommate's beat up Chevrolet.
To the beer and benzedrine,
To the way that the dean
Tried so hard to be pals with us all.
To excuses we fibbed,
To the papers we cribbed
From the genius who lived down the hall.
To the tables down at Mory's (wherever that may be)
Let us drink a toast to all we love the best.
We will sleep through all the lectures,
And cheat on the exams,
And we'll pass, and be forgotten with the rest."
Tom Lehrer, Bright College Days. (An Evening Wasted With Tom Lehrer, 1959)
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D’abord, je voudrais produire un erratum : quand j’écrivais dans ma note précédente « à la semaine prochaine », je voulais bien entendu dire « à dans un mois ». Ha ha ha, quel étourdi je fais...
Bon, sérieusement, cette année, le concours est en avril ; et d’ici-là j’ai au moins deux devoirs dans chaque matière, donc je risque fort de sauter pas mal de mises à jour dans les prochains mois. Encore une fois, je terminerai Agustin Oeste à tête reposée (si tant est que ce... truc puisse s’écrire sans quelques centilitres d’alcool dans le sang) et je compte bien lâcher aussi quelques alexandrins – voire un ou deux croquis, puisque de nos jours la génération Internet (je me hais pour avoir écrit ça) n’a plus le courage de lire vingt lignes d’affilée si elles ne sont pas entrecoupées de jolies images.
Pour ne pas tout à fait vous laisser en plan, j'ai griffonné un avis peu informé (je ne suis pas le Docteur Orlof ou que sais-je) sur les quelques films que j'ai eu les temps de regarder ces temps-ci, au cinéma ou en DVD – ou même sur l'antique lecteur de VHS familial, qui survit tant bien que mal par perfusion régulière de coups de pieds et d'huile anti-rouille.
The Hitchiker's Guide to the Galaxy (Le Guide du voyageur intergalactique) (2005) :
Je veux bien sûr parler de l'adaptation de Garth Jenning du fameux roman de Douglas Adams (lui-même transcrit de la série radiodiffusée du même nom), contre laquelle les nerds partout dans le monde ont levé un poing rageur.
J'ai été, à vrai dire, agréablement surpris : pour un film tout public, il retenait une bonne partie de l'humour désabusé du bouquin, et les éléments outrageusement Hollywoodiens étaient relativement discrets (la romance inepte avec Trillian... beurk). L'esthétique du film était également très sympa, avec des Vogons vraiment répugnants, et un Marvin dont l'énorme crâne dépressif était assez bien vu ; et les passages qui citaient le guide lui-même étaient hilarants.
En fait, les deux aspects qui ont déplu à la presse sont en gros ceux qui m'ont le plus séduit : l'impression de regarder une suite de sketchs reliés entre eux par une intrigue générale assez lâche, qui me semblait plus une référence à l'humour anglais à la façon des Monty Pythons qu'un signe d'inachèvement ; et l'accent plus volontiers mis sur le sourire que sur le rire. Je l'admets, je n'étais pas plié en deux pendant les cent vingt minutes ; pourtant, le film m'a mis durablement de bonne humeur, et c'est déjà un résultat appréciable.
Quant au casting, il était dans l'ensemble plutôt bon : les faiblesses de la prestation de Zooey Deschanel étaient largement éclipsées par celle, étonnamment convaincante, de Mos Def.
Ah, et la bande-son est super.
Sleuth (Le Limier) (1972) :
Si je racontais l'intrigue, ne serait-ce qu'un peu, je gâcherais sans doute la surprise que chaque seconde du film représente pour le spectateur ; je dirai donc simplement que c'est un excellent huis clos, et un très bon policier – bien joué, bien écrit, bien tourné : en somme, sans défaut. (Et leur accent britannique est absolument délectable.)
Passons aux sorties récentes :
Twilight (Oh je ne vais pas m'emmerder avec les complications de la traduction du titre en français soyez-en sûrs) (2008) :
Mes aïeux que ce film est mauvais. Je déteste avoir à le dire aussi brutalement, mais il n'y a absolument rien à y sauver, du jeu constipé à la réalisation prétentieuse, en passant par l'éclairage ridicule (quand le mec scintille j'ai honte pour le studio d'effets spéciaux), et même le maquillage qui trouve le moyen d'être désastreux. Et l'intrigue, ha ha, quelle intrigue ?
Sérieusement, les copains du héros ne se montrent que la nuit (ou par temps couvert ? Ughhh), ils ont des cernes sous les yeux comme moi le dimanche matin, ils traînent toujours ensemble et parlent comme s'ils sortaient d'un roman d'Emily Brontë ; il ne leur manque littéralement qu'une casquette "je suis un vampire" – et pourtant aucun des péquenots du film n'est fichu d'avoir le moindre soupçon sur leur identité. Et ne parlons pas des scènes "dramatiques" où, sans le moindre embryon d'expression (ces gosses ont été formés à l'école du "whoa" de Keanu Reeves), deux adolescents dont je n'ai rien à faire parce qu'ils n'ont aucune personnalité bien définie se regardent longuement dans les yeux – pendant plusieurs dizaines de minutes. Ah et le personnage principal lit dans les pensées, je crois, ou un truc du genre, mais le point est à peine évoqué qu'il disparaît dans les limbes du film pour ne plus jamais resservir.
Le problème profond est le même que celui du roman (si l'original est passablement écrit, la traduction française, elle, est franchement illisible) : le thème des vampires est tout à fait gratuit. Il pourrait aussi bien s'agir de mafiosi, ou de loups-garous, ou d'extraterrestres caoutchouteux ; S. Meyer s'est contentée de plaquer des clichés de fantasy sur une histoire d'amour impossible qui s'en serait aussi bien passée, et que cela ne rend guère plus originale. Les vampires sont juste là pour faire cool, et ça, en termes d'écriture, c'est un péché mortel – d'ailleurs plutôt caractéristique des fan-fictions que des romans publiés. Enfin, quand on voit ce qui se vend le plus en France... mais assez divagué.
(Un vampire végétarien ?... Ce film se fout de ma gueule. Et tous les thèmes abordés sont presque dérangeants tellement ils sont freudiens...)
Australia (2008) :
Enfin un film qui nie de façon obscène les programmes de purification ethnique et les déportations d'aborigènes, en montrant une Australie irréaliste et condescendante ! Bravo de tout cœur aux officiels qui l'ont sponsorisé.
Je voudrais aussi produire deux théories :
Sur la bohême
C'est amusant de constater que les vieux mots d'esprits des socialistes sur les radicaux ("le cœur à gauche, le portefeuille à droite", "les radicaux sont comme les radis, rouges à l'extérieur, blancs à l'intérieur", et le merveilleux "restaurant socialiste, cuisine bourgeoise") s'appliquent avec une telle perfection à cette plaie parisienne que sont les bourgeois-bohême.
Mettons les choses au clair : je n'ai rien contre la gauche (c'est une litote), je n'ai rien contre la droite (modérée), mais ces opinions politiques à la mode, qu'on adopte pour avoir l'air fin et justifier son joli keffieh, je serai sincère, elles me hérissent.
Or, être un bobo, dans l'immense majorité des cas, c'est avoir son cul hypocrite entre le fauteuil confortable des intérêts bourgeois et le tabouret revendicatif made in Blum et compagnie – ce qui se justifie par une connaissance approximative d'un ou deux passages de Marx, tout comme ils croient tout savoir au reggae pour avoir écouté deux morceaux de Marley (quelle merveilleuse ouverture d'esprit).
D'où mon mauvais esprit : s'inquiéter du cours de son portefeuille d'actions est de mauvais aloi quand on se revendique d'un poème de Rimbaud.
Du reste, si ces gens-là s'étaient révélés à la hauteur de leurs convictions revendiquées, peut-être qu'en tant d'années de Cinquième République (avec plein de majuscules) on aurait eu plus d'un malheureux président socialiste, qui d'ailleurs ne l'était pas tant que ça. (Cela dit, je ne suis pas analyste politique, et je dis sûrement des absurdités. Le cœur du message persiste : je déteste les bobos.)
Merci de votre attention (je devrais ressortir cette tirade comme toast à la fin d'un dîner).
I went to prepa and all I got was this lousy shirt
Plus j'y réfléchis, et plus je pense que la prépa littéraire n'est pas une affaire sérieuse, quelque chose qui nous préparerait efficacement aux concours (le seul que nous briguions officiellement a moins de cinq pour cent de réussite !), mais plutôt une sorte de Purgatoire où la providence fait échouer les élèves qui ont commis des crimes affreux dans des vies antérieures. Je ne sais pas très bien ce que j'ai fait de si horrible dans ma précédente existence ; mais en tout cas, au bout de trois ans, je peux vous dire que je l'ai expié !
En effet, au fil des dissertations et des nuits blanches, des versions à la chaîne (qui n'ont hélas que peu pallié mon incapacité chronique à aimer le latin), des devoirs grattés au dernier moment – à force de passer six ou sept heures d'affilée devant un sujet laconique ("comment peut-on gouverner des hommes ?" – mais encore ?) ou de s'emmêler les époques devant un examinateur sans indulgence, le khâgneux développe une sorte de sentiment de la fatalité : tout cela était écrit, et ce n'est qu'après en avoir bien bavé qu'on lui permettra de recouvrer sa liberté.
Mais cette liberté (passez-moi cette rudesse), putain, qu'est-ce qu'elle nous manque ! On a à mon âge (mais vous, lecteur, vous êtes sans doute bien plus vieux) un atavisme de faire la fête qu'un commentaire en anglais à rendre pour le lendemain contredit douloureusement. Dans quelques années, vétérans burinés, nous regarderons sans nostalgie cette époque studieuse, et, le regard fier, de nos lèvres viriles (ou féminines, pardon à mes lectrices éventuelles) nous lâcherons : "pendant ces années, nous avons souffert."
La prépa, c'est un peu notre Vietnam.
Et sinon, vous, les faculteux, ça va ?
PS : Je plaisante, bien entendu.
PPS : Tout le monde sait que la prépa a été inventée par Hitler et Staline.
PPPS : Quand ils discutaient aux Enfers.
PPPPS : Avec Mussolini.
PPPPPS : Et Pol Pot.
...
- Location:"Dans un coin pourri du pauvre Paris..."
- Mood:
Nerdy. - Music:Dimitri Chostakovitch, Prélude op 34 n°10 - Moderato
Et mon travail ici est achevé. Je pars pour de nouvelles aventures... (À la semaine prochaine, les aminches.)
- Location:"I'm in the kitchen with the tombstone blues"
- Mood:
Agacé. - Music:Bob Dylan, "The Lonesome Death of Hattie Carrol"
Bon, je vous préviens d’entrée de jeu, ce qui va suivre est une sorte de stream of consciousness foireux et plein de considérations personnelles vaguement navrantes. Si vous n’aimez pas ça, que vous avez eu une journée éprouvante, que vous aimez crier « cheer up emo kid ! » ou que vous venez d’un chan, passez votre chemin. Sinon, abandonnez ici tout espoir, prenez une clope et un café, mettez un disque de jazz et attachez vos ceintures.
Kansas is going bye-bye.
¤
Je prise peu la fréquentation de ceux de mes contemporains que le monde tient pour des artistes, des originaux ou des excentriques, à cause de leur grande banalité d'esprit.
La mondanité en effet est en tout fort mauvais juge ; son idée bien pauvre de l'originalité se résume aisément : une façon inhabituelle de se vêtir, accompagnée de la capacité de proférer des sottises sur commande. Sous ce portrait se devine en filigrane celui d'un bouffon ou d'un saltimbanque ; et la République des Lettres n'est jamais loin d'être celle des bateleurs.
- Que trouve le naturaliste derrière ces élytres brillantes ?
Les idées les plus ordinaires qui soient, car on n'a pas besoin de se distinguer par son apparence si on le fait déjà par son esprit.
Quant aux artistes, ils n'ont qu'à affecter l'air tourmenté du poète maudit, et, pour peu qu'ils aient un physique avantageux, ont les jugera bientôt les plus profonds du monde.
- Voilà où règne en maîtresse l'apparence, à n'en pas douter.
Gardez-vous de la dénoncer, imprudent ! On vous traitera au mieux de jaloux, au pire d'esprit négatif, voué à l'opprobre de tous. Il faut se courber, louer ce que tous louent, ou s'en aller. C'est ainsi que les excentriques encouragent au plus haut point le conformisme.
¤
Listez entre 5 et 10 plaisirs que vous vous faites quand vous êtes seuls. (Taggé il y a une éternité, recopié de mémoire.)
1. Lire.
Parce que lire, c’est lire – c’est tout. Je n’essaierai même pas d’expliquer pourquoi je lis ; c’est plutôt ceux qui ne lisent pas qui devraient s’expliquer. Oui, vous les geeks, dans le fond, c’est vous que je regarde.
2. Boire du café.
Quoique je sois (un peu) hyperactif, je suis amoureux du café dans tous ses avatars : long, expresso, moulu, soluble, cappuccino, fort, léger, avec ou sans sucre, mais avec une préférence évidente pour le café très noir qu’on consomme vers cinq heures par un après-midi nuageux. Un peu d’Ella Fitzgerald par-dessus est une touche appréciable.
3. Lire.
Parce quand je suis seul j’y passe deux fois plus de temps que d’habitude.
4. Ecrire, bien sûr.
Avec le temps, ma propension déjà affirmée à noircir des pages est devenue une vraie graphomanie, avec en période de cours des dizaines de pages par jour sur des sujets passionnants allant de la métaphysique des tartines beurrées à des récriminations mal ponctuées sur mes contemporains (voir ci-dessus et ci-dessous, et encore, c’est assez présentable).
5. Lire.
Parce que parfois quand j’ai fini de lire je me remets à lire.
6. Regarder.
Ce qui est marrant quand on a pris l’habitude de s’intéresser aux détails autour de soi, c’est qu’aucun décor ne paraît plus ni ennuyeux ni générique : sur un chantier, les guirlandes de Noël accrochées sur la grue paraissent touchantes, on s’amuse à suivre les nœuds dans le bois des solives du plafond, les pampres (glorieux) des salles de cours d’H.IV (le lycée, pas la MST) peuvent vous distraire pendant des heures. Pour quelqu’un de plus talentueux que moi, il y aurait des recueils entiers à écrire sur la couleur d’un grille-pain ou les aboiements d’un chien tôt le matin. (Seigneur ! Que cette phrase sonne prétentieux !)
7. Lire.
Parce qu’on ne lit jamais assez.
8. Déprimer.
Mon dieu ! Où sont tous les gens ? Revenez ! (Ouais, je bien suis trop superficiel pour méditer dans la tranquillité ascétique de mon esprit ; quand je reste deux heures sans parler à quelqu’un, je sombre dans la déprime et l’hypochondrie. Animal politique toi-même, d’abord !)
¤
Lettre ouverte à Madame Gauloise de la Claupe
Chère Madame,
Nous devons vivre une époque peu glorieuse car j'apprends à l'instant que noyer son chagrin dans l'alcool, le café et la nicotine est devenu incorrect : on doit leur substituer semble-t-il pour plaire à son lectorat juvénile le jus d'orange, les chewing-gums et la camomille ; pas étonnant que le rock’n’roll soit mort. De telles toxines qui de tout temps ont fait la grandeur des poètes insomniaques seraient dit-on peu édifiantes pour la jeunesse et nuiraient gravement à la santé, avertissement qui sonne plus comme une menace du Parrain que comme un avis médical. (« C'est un beau poumon que vous avez là... Ce serait dommage s'il lui arrivait un accident... » Et ne parlons pas du fort comminatoire « Fumer tue. »)
Du reste il est entendu que nous voulons tous mener une vie sinon heureuse du moins longue et productive afin de ne pas laisser égoïstement la société faire les frais de notre enterrement d'alcoolique/fumeur compulsif/caféinomane : qu'importe le plaisir pourvu qu'on ait la santé, après tout. Enfin, moi je dis ça mais je ne fume même pas, par une pétoche irraisonnée de la trachéotomie qui est peut-être le résultat des sinistres campagnes de sensibilisation de mon enfance ; et aussi parce que ça coûte diablement cher, ces horreurs-là. Mais rien que pour contrarier l'opinion on se mettrait à cloper, ce qui est je suppose une logique individualiste typique de nos sociétés en pleine débandade, ma bonne dame, si ce n'est pas malheureux. (Débandade est le mot, parlant des ravages de la cigarette ; et voilà une autre bonne raison de ne pas m'y mettre.)
On aura compris en tout cas que la morale-d'anniversaire-à-fraise-tagadas (et encore l'innocente confiserie gélifiée est-elle soupçonnée d'encourager l'obésité) a de quoi agacer les esprits libres, qu'ils apprécient ou non les plaisirs divins du tabac et de l'éthanol ; nous savons bien que manger rend gros, boire du café nerveux, et fumer américain (ou capitaliste, beurk) : point n'est besoin de nous le marteler comme Stakhanov son filon. Quant à la modération elle sent trop son radical-cassoulet (lequel du reste abusait des bonnes choses à commencer par la charcuterie champêtre) pour charmer nos jeunes esprits.
Terminons dignement ce plaidoyer : demander à quelqu'un(e) s'il a du feu reste même en ces temps prudes un bon moyen de briser la glace.
Mes amitiés à mademoiselle Nicorette,
G.
¤
« Je préfère qu'on reste amis. »
Vous illustrerez et discuterez à l'aide d'exemples précis ce propos de la fille qui vient de vous plaquer comme une vieille chaussette.
Si je vous disais combien j'ai pu haïr ces six mots (ou cinq pour ne pas vexer les handicapés du calcul mental qui nous lisent) vous vous feriez une idée sans doute peu flatteuse de ma vie sentimentale. Or comme vous avez déjà selon toute apparence une opinion déplorable de cette dernière, rien ne m'empêche d'exprimer toute ma détestation (courtoise et raisonnée) pour cet abominable morceau de phrase. Pour cela je procéderai en trois temps : la thèse, la thèse, et la thèse parce que s'il y a bien un truc que je déteste plus que la phrase susdite c'est être contredit. Quant à notre problématique, elle sera la plus claire du monde : pourquoi ne doit-on jamais dire ça, et quels châtiments corporels atroces devraient encourir celles et ceux qui le font.
Dans un premier temps, je devrais en toute logique estudiantine essayer de définir les termes du sujet ; cependant je crains que l'esprit de l'énonciatrice ne soit pas si clair (ou est-il justement trop clair ?) qu'on puisse leur donner un sens autre que « tu es laid et tu m'ennuies » ce qui je vous l'accorde honorables membres du jury ne fait pour ainsi dire pas avancer le bousin.
Essayons tout de même et, sur le modèle des paroles du sage (« le con, quand il part on a l'impression qu'il revient ») donnons un résumé synthétique de la notion : l'amitié dont on nous parle est de toute évidence une amitié profonde, très profonde - tellement profonde qu'on la voit plus. Je sais c'est la vieillesse qui est un naufrage mais apparemment la jeunesse aussi ; parce que quand elle vous dit ça, c'est qu'elle a l'intention de vous accueillir la prochaine fois avec des choses horribles comme des tapes dans le dos, des paroles réconfortantes et du spray lacrymogène.
Et alors quand on en a besoin ! Pas la peine d'essayer de la repêcher ! Sous prétexte que vous avez vécu des moments merveilleux tous les deux (comme la fois où vous êtes tombé du quai et cette contravention qu'elle avait eue avec votre voiture) elle estimera que vous lui devez tout et qu'en revanche elle n'a pas de comptes à vous rendre, au point de ne pas même payer sa part du déjeuner dans un grand restaurant que vous aviez proposé en comptant bien dans votre for intérieur que vous n'auriez pas à assumer la totalité de cette note qui vous mettra sur la paille et vous obligera à vous prostituer pour payer vos études.
A ce niveau là, c'est même plus profond, c'est abyssal ; ce sont les endroits où vivent ces poissons bizarres avec des mâchoires énormes et des tas de petites lumières sur les écailles. D'ailleurs parlons-en de vos poissons que vous avez retrouvés dans son appartement flottant sur le dos au milieu d'un aquarium qu'elle n'avait pas lavé depuis quatorze mois et où les amibes et les bactéries avaient bâti une microscopique civilisation avec de petits temples et des statues en son honneur, comme dans ce bocal de pickles que vous aviez oublié à côté du radiateur mais nous nous égarons.
Bref (contrairement à Casimir le dinosaure et à la vodka) elle ne veut pas vraiment être votre amie et si vous tenez à votre santé mentale vous non plus.
Mais il y a des remèdes ! Les amitiés de remplacement incluent les gens qui boivent, les gens qui dansent et les gens qui vous invitent à aller voir des nanars au cinoche surtout qu’en ce moment il y en a un bon paquet (« alors c’est l’histoire de Keanu Reeves et c’est un extraterrestre et il combat un robot qui se transforme en un nuage de moustiques – génial ! ») ; une réserve : de l’avis général outre-atlantique évitez le festival d’angoisse adolescente et d’yeux cernés qu’est Twilight (Fascination ? qu’est-ce que les traducteurs avaient encore pris ?) sauf si vous êtes une collégienne et/ou un fanatique de Bridget Jones (que les deux puissent être compatibles me donne des frissons).
Solution alternative : le monachisme.
¤
C'est un idéal bien étrange dont procèdent les usages des gens de mon époque. Un idéal du droit, à n'en pas douter - mais n'allez pas imaginer qu'ils méditent sur la loi. Il s'agit plutôt pour chacun de son droit à faire ceci ou cela, lequel provoque quand on l'estime bafoué des indignations semblables à des caprices d'enfant.
En vertu de la sacro-sainte relativité des mœurs et des idées, le plus humble citoyen revendique son droit inaliénable à penser de travers, à fourrer dans les lieux publics son doigt dans tous les orifices que possède son malheureux visage et à s'abrutir le samedi soir devant sa télévision. Critiquez ses us, et il vous répondra que « des goûts et des couleurs on ne discute pas. »
- Cela passe encore, il ne faut point être trop intolérant.
Hélas, je n'en ai pas fini ! La familiarité de notre ami avec les deux ou trois premiers articles de la Constitution (il est très improbable qu'il soit allé plus loin) le rend tout à fait incorrigible ; on ne peut l'enjoindre de cesser de se conduire en rustre sans se heurter à un courroux sacré.
Les libertés individuelles ! mugit-il - et le pauvre homme n'a pas la moindre idée de ce que cela signifie.
De là également l'impossibilité de porter le moindre jugement sur quiconque en public : les prudes civiques vous objecteraient cette éthique pour simples d'esprit qu'est le politiquement correct - lors même qu'elles ne respectent plus ni courtoisie ni élégance.
C'est là la plus terrible des défaites ; il n'est rien qu'on puisse objecter à la bêtise.
¤
L'amour paraît-il n'est rien qu'une sorte de réaction chimique dans nos méninges ; une agitation électrique, des synapses qui court-circuitent ou des molécules facétieuses qui s'entendent à nous donner scientifiquement le tournis. À vrai dire (n'en déplaise à Mignard) ce n'est ni plus beau, ni plus poétique, ni plus touchant de voir partout des anges joufflus et rougeauds décochant d'arcs en plastique des flèches en toc et se drapant dans des pampres Second Empire au lieu de s'inquiéter de leur cholestérol. Un tel matérialisme aide même à relativiser vos petits problèmes : hier on s'aimait, c'était superbe, on se gorgeait de tout une batterie de substances euphorisantes qui rendaient incapable (hélas) de voir la coiffure ou le goût vestimentaire fâcheux de l'être aimé comme si nous étions sous une perfusion permanente de champagne. Maintenant c'est la gueule de bois : le cerveau s'affole de ne plus avoir sa dose d'endorphine et commence à avoir des tremblements d'alcoolique anonyme qui vous donnent l'impression que votre petit cœur se brise ou quelque métaphore d'un réalisme physiologique semblable. Le cœur c'est une pompe, pas le merveilleux royaume de Sissi impératrice ; et cette envie persistante de se mettre en position fétale n'est que l'effet d'un sevrage. Non, il n'y a pas d'idée du Beau qui vient de disparaître au ciel éternel des Clichés, oui, vous pourrez aimer à nouveau, plutôt trop tôt que trop tard – et bien sûr je trouve vos idées de suicide ridicules.
Alors de grâce, renoncez à me parler de vos problèmes – et prenez une putain de barre chocolatée.
¤
Et sur ce message optimiste, nous rendons l’antenne.
- Location:"Where boys fear to tread"
- Mood:
Apathique. - Music:B.O. de "Sleuth"
Le voilà, ton meme,
galilab, avec de vrais morceaux de réponse dedans.
(Edité quarante-deux-mille fois parce que je ne sais plus écrire.)
Plus de trucs à lire après Noël.
- Location:Maintenant, Paris, à nous deux, etc.
- Mood:
Boarf. - Music:Bob Dylan, "Ballad Of A Thin Man"
Quelqu'un qui considèrerait bêtement le calendrier sournois à droite* de ce blog se dirait (comme l'être à l'esprit étroit qu'il est) que je le néglige, et, s'il est vraiment aussi mesquin que je le pense, irait déterrer mes promesses formelles de ne le point faire.
Mais toi, cher lecteur attentif, oui, toi, mon ami, mon frère, mon copain, mon siamois, bref, mon autre moi-même, toi, tu n'irais jamais faire ce genre de remarques. Toi, tous les jours que
Non, lecteur, pas la peine de t'étonner que je lise si bien dans tes pensées - je suis moi, après tout.
Bon, assez ri. Je suis de retour, les enfants, et des fesses vont être bottées.
Commençons par les évidences : j'ai changé le thème de ce journal, parce que la bannière disparaissait sans cesse, qu'elle mettait trois demi-vies d'uranium 238 à charger et que tout ça ressemblait trop à un général argentin ou à un skyblog, ce qui est dans le fond à peu près la même chose (les poèmes gothiques mis à part). Oui, le nouveau layout est marron ; c'est parce que le réel est marron. Et non, il n'y a plus d'anime dessus, parce que les fans d'anime commencent à me faire peur.
Je ne vais pas promettre de poster plus régulièrement ; je sais bien que boulot-prépa-concours-arg-plein de travail et tout le reste, vous devez en avoir marre que je le répète. Et oui, je finirai Agustin Oeste, le prochain chapitre est déjà à moitié fait.
Où l'on parle des choses de l'esprit.
Max Payne est un navet (comme toutes les adaptations de jeux vidéo, oui, c'est toi que je regarde, Mortal Kombat), Quantum of Solace est décent malgré son scénario idiot (pourquoi font-ils sauter cet hôtel au milieu du désert, au juste ?), RocknRolla est très... Guy Ritchie, ce qui n'est pas une mauvaise chose, et Mesrine est juste... long. Sérieusement, je ne sais pas où sont passés les réalisateurs français qui savaient faire des polars, s'ils ont jamais existé ; et cette affiche "christique" est parfaitement ridicule.
Sinon, je ne peux que vous engager à jeter un coup d'oeil à notre romancier nobellisé national, non que je sois particulièrement patriotard, mais bon, moi aussi, j'aime bien. (Quel horrible conformisme !)
Ah oui, et la réforme du concours de Normale sup, c'est absolument n'importe quoi. Comme on dit dans les pays de l'Est : nous étions au bord du gouffre, mais nous avons fait un grand pas en avant. Ha ha ha, je n'ai absolument aucun avenir. Comme c'est drôle. *sanglot*
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Bon, hé bien, ici se termine ma contribution du mois à la culture mondiale, attendu que mon concours blanc commence dans six jours. À vous les studios ! (Je sais, j'ai été taggé deux fois par
- Location:À l'est d'Eden, et à l'ouest de Paris.
- Mood:
Ngnh. - Music:Franz Ferdinand, 'Lucid Dreams'
C'est avec une certaine honte que je prends la plume, car j'avais promis de vous donner des nouvelles... Seulement voilà, je n'ai pas internet chez moi et mes nouvelles commencent à être un peu anciennes.
"Que devenez -vous ? Devenez-vous ? Devenir. Avenir. Avez-vous vu Calcutta ?" m'écrit Marguerite D., une lectrice fidèle. (India Song, c'était nul.)
Hé bien, chère Marguerite, je n'ai jamais vu Calcutta, mais je peux vous dire ce que je fais ces temps-ci.
Dans l'ordre chronologique : je vais à Henri IV (adieu Versailles), je me suis installé dans un studio juste à côté du bahut (dans le coin du Panthéon, je crois, mais je m'y perds sans cesse), et je me suis fait couper les cheveux (pas trop). Fascinant, hein ?
D'autre part, comme je bosse beaucoup (Normale au bout du chemin, l'aventure au coin de la rue, l'amour sur mon palier, l'extase dans mes céréales matinales, si vous voyez ce que je veux dire... enfin, sans doute pas), je n'aurai pas trop de temps à consacrer à ce blog.
Toujours est-il que je terminerai les dix chapitres d'Agustin Oeste, c'est une certitude. Après viendront sans doute les premiers bouts d'un projet plus ambitieux dont je ne peux encore vous rien dire (la vache, c'est beau, ce que je cause, on dirait du Molaire.)
Et pour l'instant, silence radio, le temps que je m'habitue à ma nouvelle condition de Parisien. Et c'est à peu près tout.
J'espère que vous vous porterez bien, et vous souhaite un bel automne.
Amicalement,
Le Masque des Ronces
- Location:“Aux grands hommes, la patrie reconnaissante”
- Mood:
Bosseur. - Music:Marcy Playground, "The Vampires of New York"
IN GLORIOUS MSPAINT !
Et je me suis déjà pris trois rateaux de ce côté de l'Atlantique. Loose-attitude ! (Je reviens dans cinq jours : si vous voulez vister mon nouveau home parisien, téléphonez-moi, mailez-moi ou envoyez-moi un pigeon voyageur et je vous répondrai dès que possible.)
Bises baveuses,
Grégoire.
- Location:Nouillorque-sur-Hudson.
- Mood:
Port'nawak. - Music:Le bruit de l'air conditionné. :(
Et puis j'en ai un peu marre d'Agustin Oeste... Pas vous ? Enfin pas d'inquiétude, hein, je finirai l'histoire, ce n'est pas mon genre de laisser des trucs inachevés... Mais bon, je ferai ça vite, il ne faudrait pas non plus que ce qui a commencé comme une gentille parodie de roman-feuilleton finisse par se prendre au sérieux !
Portez-vous bien d'ici la semaine prochaine.
Affectueusement,
Le Masque des ronces.
- Location:Where the streets have no name.
- Mood:
Bizarre. - Music:Stefen Lynch, 'What If That Guy from Smashing Pumpkins Lost His Car Keys'.
Un jour dans la vie d’un Khâgneux, chapitre IV : Le Khôncours (ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la dissertation).
(Les trois premiers chapitres sont dans les marais d’internet, c’est-à-dire ici).
C’est le grand jour : vous avez laissé à votre notaire un testament où vous indiquez qu’on doit jouer Chasing Cars à votre enterrement, à votre famille une lettre Guy Moquet-esque, à votre chien double ration de croquettes diététiques. Vous bouclez votre ceinture « US Army », resserrez les sangles de votre sac, enfilez des rangeos cloutées : ce matin vous partez au casse-pipe. Dehors, c’est l’aube. Les oiseaux chantent, mais vous n’en avez cure. Vous mangez la dernière tartine beurrée du condamné, accompagnée d’un café serré, votre dix-septième depuis le réveil. La fleur au stylo, les poches bourrées de cartouches (d’encre), la plume affûtée comme un rasoir, vous êtes fin prêt. Vous écoutez une dernière fois Ainsi parlait Zarathoustra de Strauss dans l’espoir kubrickien que vous aurez soudainement la science infuse – cela ne vous a pas réussi jusqu’ici, pas plus que les révisions sur fond de musique de Rocky... Mais comme disait votre prof de français, vous êtes un warrior. Les gagnants sont des winners, vous répétez-vous. D’ailleurs, ensemble, on est plus nombreux !
Tous, autant que vous êtes, n’êtes pas grand chose d’autre, d’ailleurs : arrivé au centre des examens, c’est plutôt chacun pour soi et Proust pour tous. Radeaux médusés dans le petit matin, les bancs accueillent une foule d’élèves naufragés, ensablés dans les Balkans ou battus par un ressac balzacien. Le Lys dans la vallée et ses chastes souffrances (« le Groenlandais mourrait en Italie ! », s’y exclame mystérieusement madame de Mortsauf) fait concurrence aux disputes byzantines (enfin, athéniennes, mais je me comprends) d’un Aristote blafard.
À travers vos yeux embrumés de sommeil, les groupes d’étudiants qui traînassent sur le béton sont des morses hagards pleurant la banquise qui fond. Mais pas d’Al Gore pour dénoncer le réchauffement de l’ambiance lorsqu’arrivent les surveillants, sujets dûment scellés au poing. La petite foule de littéraires courbatus, ployant sous le poids de leurs cernes, les suit mollement vers la porte. Là, l’enthousiasme qui montait retombe tel le soufflé au fromage lâchement lardé de coups de fourchette par un gastronome imprudent ; sept étages d’escaliers à la Pirandello nous séparent de la gloire. En entonnant Stairway to heaven, vous entamez l’ascension. Premier de cordée, vous cherchez des prises sur les marches étroites. Le linoléum, c’est plus traître que les glaciers, les crevasses et les seracs ! On tombe à côté de vous, un sac choit dans votre dos, trois étudiants s’effondrent. Si près du but... mais vous ne pouvez plus rien pour eux. Le blizzard de l’air conditionné souffle sur votre visage buriné par les polys d’histoire, alors que vous versez une larme virile sur vos camarades démolis par ce maudit escalier. Enfin, vous vous accrochez à la rampe de salut et vous distinguez dans la brume des hauteurs le chiffre « sept ». Vous y êtes arrivé !
Sur le pont de la salle d’examen, les féroces pirates que sont devenus vos condisciples s’agitent sauvagement à la recherche le leur place. Le vent matinal souffle dans les voiles de vos copies en papier-toilette qui se feront un plaisir de rendre l’encre de votre stylo habituel parfaitement illisible. Le claquement de la jambe de bois de quelque Long John Silver khâgneux retentit dans votre dos ; haletant, vous vous retournez pour vous apercevoir que c’est juste votre voisine de souffrance qui porte des talons hauts. (Oui, c’est cette même voisine qui ira cinq fois aux toilettes au cours de l’épreuve, pour que vous puissez profiter le plus longtemps possible de la douce mélodie de ses godasses frappant le sol en cadence.) La lente mélopée des consignes toutes plus inutiles les unes que les autres (aucune ne vous indique comment décoder les cryptogrammes lovecraftiens imprimés sur les en-têtes de vos copies) se tarit soudain. Le maître de cérémonie (plus « gentil surveillant en fin de carrière » que « prêtre dévoyé scarifiant des chatons dans un temple à Chtulu ») lève les bras. Le silence se fait, religieux. Les servants s’affairent pour vous remettre votre sujet quotidien, afin que vous sacrifiiez sur l’autel des grandes écoles. Puis, un chant rituel retentit dans le mutisme recueilli : « fermeture des portes ! »
Des rires parcourent la noble assemblée. Contre toute attente, les portes auxquelles le Vieux de la Montagne tourne le dos ne se ferment pas toutes seules dans une gerbe de fumée, mais restent grandes ouvertes ; la situation est un peu surréaliste. Vos sourires narquois s’effacent lorsqu’en retournant le sujet, vous lisez à quelle sauce l’ENS va nous dévorer.
La calculatrice n’est pas autorisée.
Pardon ?... L’espace d’un instant, votre cerveau a des ratés : c’est ça, le sujet ?
Hé non, vous réalisez à temps qu’un normalien facétieux a décidé qu’il serait en bas de page et non au milieu ; comme ça, pour se marrer. (Quels rigolos, ces agrégés !) Alors, voyons voir, le sujet...
L’égalité.
La page blanche à côté de vous vous nargue cruellement. Vous préfériez encore la calculatrice.
¤
La vérité vraie :
En vrai, ça s’est bien passé. Enfin, relativement bien passé (surtout dans la mesure où j’ai survécu).
L’égalité, c’était super bateau, comme sujet. Sinon, en histoire on a eu « le facteur religieux dans l’évolution du monde contemporain » (formulation à la con), et en littérature l’utilité de la parole théâtrale ; plus un bouquin de Fitzgerald en anglais, du Tibulle larmoyant en latin, et un passage sur l’infini pour le commentaire de texte philosophique (qui portait sur Aristote, comme prévu).
La seule impression qui m’en est restée, c’est que c’est allé vraiment vite : j’avais à peine commencé que c’était déjà fini... Et croyez moi, six heures, c’est toujours trop court. (Ce qui ne m’empêche pas d’avoir soixante-douze heures de dette de sommeil !)
Et puis là, je commence mollement à me préparer pour les oraux (éventuels), sans trop d’espoir.
On verra bien.
(Ça devrait être ma devise.)
¤
Petit cabinet de curiosités :
Tout arrive ! J’ai trouvé ces temps-ci sur internet des auteurs de webcomics talentueux, une blogueuse normalienne (si !), et un objet parfaitement inutile, mais parfaitement indispensable.
Sur ces liens qui vous feront perdre un temps fantabuleux (non, ça n'existe pas : j'emmerde l'Académie française), je vous quitte et vous souhaite de bonnes vacances (pour ceux qui sont en vacances !)
- Location:Chez Borges.
- Mood:
Humeur idiote. - Music:The Flobots, Stand Up.
(Le premier était ici)
(La scène est dans un petit théâtre de campagne, quasiment vide à l’exception d’une poignée d’habitués. Le rideau est tombé, et, derrière lui, sur scène, un unique microphone est posé)
(Le rideau s’ouvre sur la scène vide. Entre Agustin, manifestement surpris de voir du monde dans la salle. Il tapote un instant le micro, se racle la gorge, et prend la parole)
Agustin : Vous êtes encore là, vous ? Qu’est-ce que vous ne comprenez pas dans le mot « entracte » ?
(Entre Aliocha, plus timidement. Il s’approche à son tour du micro)
Aliocha : (à Agustin) Ne leur parle pas comme ça ! Déjà qu’il n’y en a plus beaucoup...
Agustin : (désinvolte) Ben ouais, mais bon, c’est normal, c’est l’entracte.
Aliocha : Pourquoi, au fait ? Ca fait des lustres qu’on n’a pas publié de chapitre de nos mirifiques aventures.
Agustin : C’est de la faute de l’Auteur, de toute évidence.
Aliocha : (agacé) Qu’a-t-il encore, ce tire-au-flanc ?
Agustin : Un « concours », ou un truc dans le genre.
Aliocha : (naïvement) Un concours de quoi ?
Agustin : (narquois) Probablement pas de colliers de nouilles – son avenir en dépend, paraît-il.
Aliocha : Oh... Et quand reprenons-nous nos tribulations, dans tout ça ?
Agustin : (il hausse les épaules) Quand ce sera fini. Il lui reste quatre épreuves, si l’on en croit mes sources...
Aliocha : Ha ha, tes sources ? Quelles sources ?
Agustin : (à voix basse, d’un air mystérieux) ...des sources sûres...
Aliocha : (impatient) Qui donc ?
Agustin : Le site de l’E.N.S., sot.
(Des huées se font entendre dans la salle)
Agustin : (au public) Oh, c’est bon, hein ! Puisque c’est ça, je repars ! Je reviendrai quand on aura un nouveau chapitre.
(Il sort en tapant des pieds)
Aliocha : Hé, attends-moi !
(Il sort également, et l’Auteur rentre sur scène un instant plus tard)
l’Auteur : (d'une voix caverneuse) Je reviendrai !
(Il s’enfonce dans la nuit et l’écho sa voix se perd dans le lointain)
Rideau.
Epilogue :
Désolé, toujours pas de chapitre, pour des raisons assez évidentes. Mais j’ai beaucoup mieux... un LOLcat !
- Location:"In the the green fields of France."
- Mood:
Studieux et las. - Music:Led Zeppelin, Stairway To Heaven
J'ai beaucoup écrit pendant les révisions du concours. Histoire d'ambiance, j'imagine : quand on a passé cinq heures sur Proust, on a peut-être plus envie de se consacrer à une nouvelle qu'à atomiser des extraterrestres... Enfin, l'un n'empêche pas l'autre, surtout quand on ne dort pas la nuit à cause du stress, de la caféine et des voisins bruyants. Bref, je disais que j'avais beaucoup écrit : il y a du bon et du moins bon, du plus ou moins travaillé, et probablement pas mal de lignes que je trouverai complètement ridicules dans quelques mois.
Avant que ce ne soit le cas, je vais faire un truc que je ne fais jamais, pour diverses raisons (dont l'impression d'être violé mentalement) : publier un texte un peu personnel... Non attendez, ne partez pas ! Je vous promets que ça ne raconte pas ma vie ! Non, c'est juste un bout de prose plus... intime que mes publications habituelles. Et pas "intime" dans le sens où certains d'entre vous à l'esprit fort mal tourné pourraient l'entendre : c'est... comment dire... représentatif d'un certain état d'âme que j'ai eu ces derniers temps, c'est tout.
Et voilà, je le savais ! Ce que je dis est déjà risible. J'ai l'air d'un adolescent skyblogueur en train de parler de son malaise existentiel, les émoticônes multicolores en moins. L'introspection, il faut vraiment être Montaigne pour que ça rende bien : quand on a pas son talent, ça finit toujours par du larmoiement aussi lassant pour les lecteurs qu'humiliant pour l'auteur. Mais abrégeons, si vous le voulez bien ! Le texte qui suit est intitulé "Aube", il est court et ennuyeux.
Vale, les copains.
PS : le titre de cet article est une citation d'Audiard, et cette vidéo est très sympa.
- Location:Très loin de Calcutta.
- Mood:
Agité. - Music:Monty Python - Always Look on the Bright Side of Life.
Le concours approche à grands pas : vous comprendrez aisément que j’aie autre chose à écrire que des histoires de roux et de croquemitaines... Elles ne sauraient toutefois tarder à reprendre, d’ici deux semaines tout au plus. Cela ne m’empêchera pas de laisser ici un mot hebdomadaire, pour ne pas perdre le rythme : aujourd’hui, je vous parle de Portal, de la F.I.G.B., et de Cash.
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Condensé de bonne humeur (peut nuire gravement aux concours – à consommer avec modération) :
Quand on termine un jeu, on est parfois fier. On est parfois content que ce soit fini. On est parfois admiratif. On est parfois impatient de voir la suite. Il m’est même arrivé de vouloir recommencer à zéro à peine le jeu terminé ! Mais jamais devant un jeu je n’avais ressenti le sentiment que j’ai eu après Portal : je n’étais pas seulement content, non, c’était de la bonne humeur pure.
Je ne peux le comparer qu’au moment j’ai vu pour la première fois la fin de Dr. Strangelove (de l’immense Stanley Kubrick), avec la réplique culte de Peter Sellers et ces superbes explosions de bombes atomiques des toutes les formes, sur fond de We’ll Meet Again de Vera Lynn. Et aussi quand les chrétiens crucifiés chantent Always Look On The Bright Side Of Life sur le Golgotha, à la fin de La Vie de Brian. Ce sont plus que des scènes d’anthologies : ce sont des condensés de bonne humeur. Ben Portal, c’est pareil.
Bien sûr, Serious Sam était rigolo, Vice City m’a fait sourire assez souvent, et quelques mots d’esprit de Duke Nukem m’ont marqué ("Hail to the king, baby !", référence à Evil Dead 3). Mais Portal, c’est une autre paire de manches : c’est le genre de truc qui vous faire sourire avec extase rien que d’y repenser. C’est une drogue sans addiction. C’est un antidépresseur concentré. C’est le bien. Et non, le gâteau n’est pas un mensonge.
Et sinon, les mitrailleuses automatiques, elles sont trop mignonnes. Elles me font penser au chat de mon frère.
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Pourquoi j’ai mangé Jean Dujardin :
Dans les sorties récentes, j’ai bien aimé Iron Man. Et la liste de ce que j’ai bien aimé ces derniers temps s’arrête là, attendu que le seul autre film que j’ai eu le temps de voir était Cash. Or, Cash était mauvais ! Mais n’anticipons pas.
D’abord, j’aurais dû écouter mon instinct cinéphile : il me chuchotait avec insistance qu’un film dont l’affiche évoquait une resucée fauchée et franchouillarde d’Ocean’s Eleven avait autant de chances d’être bon que Janclôde de gagner l’oscar de la meilleure interprétation masculine. Il avait raison, le bougre. Car c’est le même instinct qui me disait que "Brice de Nice" –de son vrai nom Dujardin– était un gage de qualité assez médiocre, et le même encore qui claironnait que Jean Reno n’avait pas tourné dans un bon film depuis le néolithique, c’est à dire depuis Léon. Que ne l’ai-je entendu ?
J’ai fait aveuglément confiance à Eric Besnard, voilà tout. À ma décharge, ce réalisateur (et scénariste) avait commis Le Nouveau protocole, qui était tout sauf un navet. Il faut croire qu’à l’heure de tourner Cash, il a eu un méchant coup de barre (ou un méchant besoin de régler ses dettes en Cash). En effet, Besnard s’est découvert un récent amour pour le fouillis hype... Ou, plus vraisemblablement, il a vu Arnaques, crimes et botanique, et s’est écrié : "moi aussi, je peux le faire !"
Non, Eric, tu ne peux pas ! Tu n’es ni Guy Ritchie, ni Tarentino, et ce que tu prends pour un film pétillant et trépidant pétille moyennement et oublie souvent de trépider. On pourrait croire qu’il suffit de mélanger dans une marmite à pellicule des transitions rapides, des écrans multiples et des arrêts sur image pour obtenir un film enlevé. Mais tout le monde ne peut pas réaliser Snatch ! Si, comme scénariste, Besnard vaut son pesant de cacahouètes, il est assez maladroit –inexpérimenté, en fait– quand il s’agit de tourner à proprement parler : on aboutit donc à une réalisation prétentieuse, confuse, qui fait ressortir tous les problèmes de rythme de l’intrigue au lieu de les atténuer. Ladite intrigue étant plutôt complexe, ce qui n’arrange rien : le film eût-il été passablement tourné, je l’aurais qualifiée de captivante, mais la confusion de la réalisation la rend simplement brouillonne... Dommage.
En ce qui concerne les acteurs, je vais essayer d’inhiber mes pulsions d’enfoncer un pic à glace entre les deux yeux de Jean Dujardin –que je n’aime pas trop–, et donner des arguments. Ou du moins faire semblant.
Valeria Golino, illustre inconnue au bataillon, ne joue ni bien ni mal. En fait, elle était tellement insignifiante ("potiche", me souffle-t-on) que j’ai bien du mal à me rappeler la façon dont elle jouait...
Quant aux autres rôles féminins, ils sont purement décoratifs : le scénario les considère comme des objets ("alors, je drague qui au juste ?" est sans rire un gros enjeu du film), et le critique féministe (si, si) s’en agace. Sinon, Jean Reno est manifestement plus intéressé par son cachet que par le déroulement de l’intrigue ; François Berléand plisse les yeux et prend l’air constipé les trois quarts du temps. Et puis il y a Jean Dujardin qui cabotine, surjoue, et se prend pour Belmondo, le charisme en moins : rien de bien nouveau. (La façon dont cet acteur au talent modeste et au sex-appeal de crustacé est adulé par la critique me laisse pantois, d’ailleurs.)
En somme, le film est un beau gâchis : il a une intrigue qui aurait pu être intéressante si elle avait été présentée plus habilement, une réalisation qui aurait pu faire l’affaire si elle avait été plus sobre, et une distribution qui aurait pu se révéler efficace si Jean Dujardin était mort.
Aurait pu. Alors sauvez Besnard : exilez Dujardin.
Bon ouiquende, les gens,
Le Masque des Ronces.
- Location:Entre les Balkans et la guerre du Golfe.
- Mood:
Amusé. - Music:AC/DC - It's A Long Way To The Top.
Electre : Demande au mendiant. Il le sait.
Le mendiant : Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s'appelle l'aurore. »
(Jean Giraudoux, Electre, Acte II, scène 10.)
Non, vous n'avez pas rêvé, c'est bien un nouveau chapitre des Mirifiques Aventures que je vous offre aujourd'hui, avec 50% de dialogue ennuyeux supplémentaire ! et des vrais morceaux d'explication dedans. Mais avant, partageons un petit moment de misère humaine que j'ai vécu dans le métro.
(La scène est dans le métro parisien. Deux jeunes filles discutent du baccalauréat qui s'approche, à deux pas d'un étudiant assis sur un strapontin et qui lit un épais roman.)
Cruche n°1 : Mais Hitler, il était pas communiste ?
L'étudiant : (facepalm)
(Toute ressemblance avec une situation réelle me fait bien marrer.)
Chapitre septième : Où l’on s’explique enfin !
Abigail Azad était de ces personnes qu’une intense vie intérieure ne dispensait pas de se tourner vers autrui, bien au contraire ; elle tenait à faire partager ses illuminations au reste du monde, qu’il le veuille ou non. Aussi, et bien qu’Aliocha fût intimidé par les airs mystiques que la sœur d’Agustin se donnait, les deux jeunes gens engagèrent-ils une discussion amicale à leur réveil. Qu’on ne s’étonne pas de l’aspect décalé d’une telle conduite en un tel lieu ! Entre gens du meilleur monde comme l’étaient nos héros, entretenir la conversation est un devoir prioritaire, bien plus que de s’étonner des mystères et autres deus ex machina vulgaires qui pouvaient se produire.
Contrairement à Agustin, ils s’éveillèrent là où ils s’étaient assoupis. C’était un confort qu’ils n’appréciaient guère, dans leur insouciance... La fin de leur sieste ne fut pas pourtant exempte de surprises : en premier lieu, il était naturel qu’ils se demandassent quelle force les avait poussés à s’assoupir si brusquement, et à s’éveiller de même. Ils trouvèrent aussi un sujet d’inquiétude (assez modeste, il est vrai) dans l’absence d’Agustin.
Inquiétude modeste, car cet homme –qui leur apparaissait à tous deux comme un frère et un mentor– était à leur avis amplement capable de se débrouiller seul. De surcroît, ils ne savaient s’il avait succombé à la même torpeur qu’eux, ou s’il était parti en chercher la cause ; auquel cas ils n’avaient qu’à se tourner les pouces en l’attendant. Ce qu’ils commencèrent à faire sans délai.
« C’est quand même bizarre, toute cette histoire, fit Aliocha d’un air mystérieux.
- Tu as une idée là-dessus ?
- Ah, euh, non, pas vraiment... Je disais juste ça histoire de discuter. De toute façon Agustin va régler le problème, comme d’habitude !
- Comme d’habitude, murmura Abigail avec une pointe de lassitude.
- Ça t’ennuie, on dirait.
- Non, non, se justifia-t-elle. J’ai juste un mauvais pressentiment. Et puis les cartes...
- Ne me sors pas le tarot, protesta le jeune homme en ricanant, il y a un truc qui t’ennuie et c’est pas les astres.
- Ce ne sont pas, corrigea-t-elle automatiquement. Et puis qu’est-ce que tu en sais, au juste ?
- Tu m’as dit avant-hier que le tarot, c’était des conneries.
- Bon, c’est vrai que... Enfin... T’en n’as pas marre, toi, de laisser mon frangin faire tout le boulot ?
- C’est plutôt reposant.
- Ennuyeux, reprit-elle.
- Qu’est-ce que tu veux y faire ?
- Je n’sais pas, moi, enquêter, agir, faire quelque chose !
- Monter jusqu’au lac, ça te dirait ? proposa-t-il après un long silence concentré. C’est pas l’aventure, mais ça va nous occuper.
- Ça me va. »
Et les voilà partis vers le sommet du volcan, pour des péripéties modérément utiles et raisonnablement mystérieuses. Qu’arrivait-il à Agustin pendant ces palabres ?
Agustin regardait l’épouvantail, et réciproquement. Celui-ci s’était arrêté en plein milieu d’une phrase et avait penché sa tête de paille, comme s’il entendait un bruit suspect. Or Agustin n’entendait rien que le vent qui soufflait dans sa tignasse rousse...
Mais soudain, il y eut derrière notre héros comme un grognement sourd, qui s’amplifia et se gonfla bientôt pour devenir un miaulement gigantesque. Le vaillant Espagnol resta pétrifié quelques secondes. Puis, il commença à se retourner, lentement et sans gestes brusques –c’est-à-dire sans autre geste brusque que le sursaut de surprise qu’il eut en découvrant ce qui venait d’atterrir derrière lui.
C’était... une espèce de félin géant, noir, échevelé, qui devait faire près de deux mètres au garrot. Sa tête était trop grosse, d’une rondeur étonnante, et recouverte comme une pelote d’épingles d’une constellation de moustaches rigides ; dans cette masse sombre et hirsute se dégageaient deux yeux verts, ronds, et deux rangées de dents acérées si blanches qu’elles semblaient briller de leur propre éclat. Ajoutez à cela de longues oreilles saillantes, semblables aux cornes d’un diable, et des pattes griffues, et vous aurez une idée de l’effroi que ressentit alors Oeste.
Çà et là, des morceaux de tissu semblaient avoir été cousus sur sa fourrure ébouriffée, et lui donnaient l’air d’une peluche rapiécée ; mais son sourire inquiétant n’avait rien d’agressif. Agustin se souvint alors que ce n’était qu’un rêve –du moins le croyait-il– et reprit ses esprits.
« Et vous, demanda-il calmement à la créature, qu’êtes-vous, au juste ? Et pouvez-vous me dire ce que je fais ici ? »
Et à sa grande surprise, le félin répondit, d’une voix sifflante :
« Pas d’impatience, petit homme. Vous aurez toutes les réponses en temps voulu.
- Vous me fatiguez avec vos charades. Venez-en au fait !
- Pour commencer, mon nom est Orco, et je suis un croquemitaine.
- Admettons – où suis-je, et pourquoi y suis-je ?
- Vous êtes dans notre monde, les Limbes : c’est Scarecrows qui vous y a fait venir, parce que nous avions besoin de vous.
- Merveilleux, commenta le jeune homme avec agacement. Cela n’aurait-il pas un rapport avec Folpense, par hasard ?
- Si, bien entendu... Mais je vous sens incrédule. Laissez-moi vous expliquer. »
Agustin se contenta de hocher la tête d’un air défiant, prêt à se réveiller d’un moment à l’autre de ce songe étrange. Le croquemitaine reprit, d’une voix de conteur.
« Notre monde existe depuis que vous avez commencé à vous inventer des Dieux pour peupler le ciel... C’est une sorte d’inconscient collectif, un imaginaire universel qui s’est mis à exister de lui-même... Un lieu où se réfugient les victimes du scepticisme moder...
- Epargnez-moi la métaphysique de comptoir, de grâce ! coupa Agustin. J’ai lu suffisamment de romans fantastiques pour savoir au mot près ce que vous allez me dire.
- Parfait, parfait, cela me simplifie la tâche ! » répliqua Orco, pas le moins vexé du monde.
« Nous autres créatures des Limbes, » continua-t-il sur un ton plus neutre « avons en général le pouvoir d’agir sur les humains par la pensée – et par la pensée seulement ! Nous pratiquons habituellement la non-ingérence : pour vivre heureux, nous vivons cachés. Mais il y a peu, nous avons laissé échapper dans la nature –celle de votre monde– un camarade fort dangereux, que nous tenions prisonnier depuis plusieurs siècles, la Tarasque.
« Mais je m’embrouille... Il faut d’abord que vous sachiez que les habitants d’ici n’ont pas habituellement le pouvoir de se rendre sur Terre : ils sont des esprits sans corps – et votre esprit à vous est trop attaché à votre corps pour que vous puissiez nous rejoindre. Seuls de rares élus, les hiérophantes, possèdent la malformation nécessaire pour visiter les deux mondes : une âme mal fixée à leur corps, qu’on peut arracher et transporter temporairement dans l’autre monde. La contrepartie ? En général, ils meurent jeunes ; leur esprit est fragile. Ce n’était pas le cas de la Tarasque ; en revanche, c’est le vôtre.
« Bref, nous avons conclu que c’était un autre hiérophante, comme vous, qui était venu dans les Limbes et avait prêté son corps à la Tarasque, dans un but inconnu. La Tarasque est une bête constamment affamée ; en son cœur est un gouffre sans fond où elle peut tout engloutir, matière et esprit. Elle a déjà dévoré Folpense, et nous n’avons pu sauver ses habitants que de justesse – lorsqu’ils rêvent, les humains sont plus vulnérables à notre influence, et nous pouvons les contrôler comme des marionnettes ; nous les avons donc évacués pendant la nuit vers une ville voisine.
- Pourquoi ne pas avoir utilisé une de ces « marionnettes » pour empêcher la Tarasque de nuire, alors ?
- Trop de différence de force entre un humain normal et un possédé – et puis nous n’aimons pas utiliser les gens contre leur gré.
- Donc l’illusion d’Ainsworth, c’était vous aussi, conclut Agustin sur un ton étrangement apathique. Et c’est vous qui nous avez endormis.
- Oui. La Tarasque allait avaler Folpense d’un instant à l’autre, c’était la seule solution pour vous sortir de ce guêpier ! intervint Scarecrows. Et si nous avons endormi vos deux camarades, c’est bien sûr pour préserver le secret des Limbes. S’ils vous avaient vu vous volatiliser, ils auraient conçu des soupçons... Mais cela ne règle pas le problème de la Tarasque.
- Et vous proposez quoi, pour régler ce problème ? » s’enquit son interlocuteur avec un air de s’en foutre.
Scarecrows et Orco hésitèrent un instant, visiblement gênés. Le croquemitaine chercha ses mots un instant, bredouilla, puis se lança :
« Comme vous êtes un hiérophante... vous pourriez, comment dire... vous laisser posséder par moi ; je me servirais de votre corps pour aller sur Terre et vaincre la Tarasque, et je vous laisserais tranquille ensuite. Ce serait l’affaire de quelques heures... Qu’en pensez-vous ?
- Il n’en est pas question.
- Pardon ?
- Vous n’aimez pas « utiliser les gens contre leur gré » ? Ça tombe bien, je refuse.
- Mais vous ne comprenez pas, la Tarasque est terriblement dangereuse ! Des vies sont en jeu !
- Je ne me suis jamais laissé commander par les produits de mon inconscient, et ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer. Votre histoire est si invraisemblable que j’ai honte de l’avoir rêvée... Adieu, messieurs, je vais chercher une issue à ce songe idiot ! »
Ce disant, il tourna les talons avec un mécontentement visible.
Mais son pied buta sur quelque chose ; il se baissa : une racine le retenait. Avec terreur, il la vit se recourber autour de sa jambe et la serrer, de plus en plus fort. Soudain, une autre jaillit à sa droite et lui saisit le bras ; à gauche, une troisième s’enroulait déjà sur son épaule. Derrière lui, une branche tortueuse se saisit de son cou ; des ronces remontèrent le long de ses jambes, l’enserrant dans un filet sinistre et douloureux. Les jambes, les bras entravés par cette prison végétale, il sentait l’étreinte se resserrer toujours plus, déchirer ses vêtements, sa peau. Le corps entier contracté par des spasmes de panique, il attendait de se réveiller de ce cauchemar atroce. Mais le réveil ne vint pas. Se pouvait-il que les Limbes existassent vraiment ? pensa-t-il, tandis qu’Orco lui bondissait dessus.
« Désolé, petit homme, murmura le Croquemitaine. Ta sottise ne nous donne pas le choix. »
Et il disparut dans une bouffée de fumée grise au contact d’Agustin.
« Il l’a absorbé... Il ne reste plus qu’à vaincre la Tarasque » commenta Scarecrows à voix basse.
Un instant plus tard, Agustin se réveilla dans la bruyère près de Folpense, la tête pleine des échos d’un rêve insolite. Il se frotta un peu l’occiput, eut froid ; par un temps si beau, c’était étrange. Plus le temps passait, plus le souvenir de sa vision devenait confus... Il lui semblait de toute façon qu’il avait des choses autrement plus importantes à penser. Il se releva d’un bond, bailla, s’étira bruyamment.
« Hé, Abi, tu ne devineras jamais de quoi j’ai rêvé ! » annonça-t-il d’une voix forte.
Le vent dans les montagnes lui répondit.
Il se rendit alors compte que les deux gosses s’étaient subrepticement barrés. Où diable étaient-ils allés se fourrer ?
À suivre...
Poll #1181841 Que va faire Agustin dans le prochain chapitre ?
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Agustin va...
Monter jusqu'au lac.![]()
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Retourner à la pension pour se nourrir, parce que dans tout ça il n'a toujours pas déjeuné.![]()
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Retourner examiner les ruines de Folpense.![]()
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- Location:Under the sea, in an octopus's garden in the shade~
- Mood:
Caféïné. - Music:The Beatles - I Want You (She's So Heavy)
Je sors de ma caverne à révisions un instant, pour répondre à un vieux meme que les trois quarts d'Internet ont déjà rempli. Ouais, toujours à la dernière mode, j'suis comme ça, moi.
Salut les poteaux.
- Location:En pleine brasse coulée dans le Styx.
- Mood:
Zombifié. - Music:AC/DC - Back in Black.