Flob'
J'en ai sué pour la terminer à temps, mais la voilà ! Voilà la suite des aventures de l'estivant paresseux qui dans le dernier chapitre a poussé l'activité démentielle jusqu'à boire un café. Boire un café ! Je suis sûr que certains d'entre nous n'en feront pas autant de toute une vie.
Bref, la suite gagnante, avec trois votes (contre un pour chacune des deux autres) est le départ pour la mairie. Mais ne vous attendez à ce que tout se passe comme prévu, ce serait trop beau... En tout cas, merci de tout coeur à [info]behelith, [info]galilab, [info]keirawood, [info]kestrel755 et [info]pkmaster, dans l'ordre alphabétique, pour avoir voté et commenté, c'est grâce à vous que ce projet survit. D'ailleurs, c'est bien connu, sans la contrainte de temps que constituent des lecteurs qui attendent la suite, nous autres prépas sombrerions dans l'alcool, l'oisiveté, les dissertations et les plaisirs faciles.
Et pour ceux qu'intéressent ma santé, j'ai une angine aiguë et une gastroentérite qui se font de la concurrence pour savoir qui aura raison de moi en premier - je vous avertis du vainqueur dans mon testament, promis. Ah, on m'informe dans mon oreillette qu'en ce moment je suis en concours blanc ; m'en fous, peux pas aller aux épreuves pour le moment, quarante de fièvre. Comment je pwnz le système, moi, dis donc. Enfin, j'y retroune lundi, il ne s'agirait pas de rater trop d'épreuves non plus ; c'est plus pour le zèle, parce que de toute façon je ne serai pas classé. C'est bien parti pour la khûbe, les enfants, en fait - à moins de faire un vrai-concours époustouflant, bien sûr. Qui sait ? Jusqu'à l'incident viral, j'avais quand pas mal géré.

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Chapitre second : Où l'on fait des rencontres qui, faute d'être du troisième type, n'en sont pas moins étranges.

Le village où Agustin devait se rendre avait pour nom Folpense ; son nom était une déformation de « fol pansé » -le fou guéri- car une source voisine était censée guérir de la démence.
C’était un petit bourg fortifié construit sur une hauteur rocailleuse : il surplombait toute la vallée où se trouvait la pension de famille qu’Agustin s’apprêtait à quitter.
On ne pouvait y accéder que par une étroite sente qui serpentait vers les hauteurs, et que les villageois pouvaient facilement bombarder de projectiles lorsque des bandits rôdaient dans les environs ; en somme, c’était le refuge idéal pour tous les paysans du coin lorsque les choses tournaient mal. Et puisque c’était là que la seule rivière arrosant le val trouvait sa source, ils en contrôlaient aussi toute l’irrigation ; on ne pouvait les assiéger bien longtemps. Vous devez vous demander en quoi de telles considérations stratégiques les intéressaient dans leur petit coin de campagne estivale en apparence bucolique et paisible ; certes, les gens du pays n’avaient plus connu de conflit depuis la Guerre de Succession, dont nous serons hélas amenés à parler dans les chapitres qui vont suivre. Cependant, ils étaient par nature méfiants ; et il y avait en effet lieu d’être assez incrédule à l’égard des promesses de paix que ceux qui les gouvernaient avaient faites. De plus, on disait que certains demi-soldes démobilisés depuis la fin de la guerre s’étaient organisés en bandes et rançonnaient les voyageurs à quelques lieues au nord de Folpense...
Mais n’était-ce pas la silhouette atone de notre héros que l’on voyait soudain se dessiner, sombre, sur la pierre blanche du chemin rocailleux ?
Aucun doute, c’était bien là son pas héroïque quoiqu’un peu nonchalant qui crissait sur les pierres, son œil châtain qui regardait avec lassitude le village ceint d’une muraille brunâtre, de laquelle émergeaient le grand clocher et la tour ronde d’où ses habitants scrutaient les environs, sa voix de basse qui retentissait inopinément dans l’air lourd et brûlant, tandis qu’il passait les portes grandes ouvertes de la place forte.

« Il y a quelqu’un ? » mugissait-il à intervalles réguliers tel le cerf incontinent qui ne trouve plus la porte des cabinets. Un silence aussi opaque qu’hostile lui répondait.

D’un pas ample et régulier, Agustin parcourut dans toute sa longueur la rue principale, qui coupait le village de part en part sur un peu moins de six cent mètres. Il regarda attentivement toutes les maisons à colombages ou à pans de bois -elles s’élargissaient en montant jusqu’à se rejoindre presque à leur étage le plus haut, plongeant le village dans la pénombre-, jeta des coups d’œil rapides dans toutes les venelles étroites qui aboutissaient à la grand-rue, comme des rivières à leur affluent, scruta le moindre pavé pour tenter de découvrir un être vivant, mais en vain. Les habitants semblaient s’être purement et simplement évanouis en plein milieu de leurs activités quotidiennes : le linge séchait encore aux fenêtres, les volets étaient ouverts, on avait sorti de quoi laver à grande eau son palier, par les lucarnes on voyait des mets inachevés bouillir dans les marmites, et, comble d’étrangeté, aucun désordre, aucun bris, aucun renversement n’était discernable qui indiquât une fuite précipitée. C’était comme si toute la population avait décidé unanimement de se lever, et de sortir en même temps, sans précipitation, de la ville...
Agustin ne paniqua pas. Cet inquiétant phénomène avait forcément une explication logique et il allait la trouver ; en attendant, il avait quand même pas mal les pétoches. Il décida de se rendre à son rendez-vous à la mairie et de voir si Gabriel ou la famille d’expatriés ne s’y trouvait pas, auquel cas leurs esprits combinés trouveraient sans doute la solution de ce mystère... Oh et puis à quoi bon essayer de se raisonner, Oeste commençait de toute façon à vraiment s’inquiéter, un peu de marche lui calmerait les esprits ! En fait, sur la fin, c’était plutôt à de la course à pied que notre héros se livrait, guère rassuré comme cela se comprend. Enfin, après une bonne suée dans des ruelles étroites et pentues, il se retrouva devant une grande bâtisse de style roman qui tranchait avec les autres par la pierre noire dont elle était bâtie. On y accédait en passant dans un péristyle à colonnes doriques bien plus ancien que Folpense – tout y respirait l’antiquité. C’était la mairie.
Soudain, une silhouette s’agita dans la pénombre, à demi masquée par un pilier. Agustin, intrigué, fit deux pas dans sa direction, plissa les yeux, et s’apprêtait à l’appeler à haute voix lorsqu’il se sentit soudain une violente douleur à la poitrine. Il tomba à la renverse, porta ses mains à sa chemise lacérée, les souilla de sang chaud – on venait de l’attaquer. On ? C’est-à-dire la silhouette ? Où était-elle passée, d’ailleurs, cette indiscernable silhouette ? Notre héros poussa sur ses bras courbatus pour se remettre debout, chut à nouveau, puis parvint enfin à revenir sur son séant pour sentir à nouveau une douleur lancinante lui érafler le dos ; le choc fut bien plus violent. Il fut projeté la tête la première contre le marbre noir du péristyle sur lequel son sang se voyait à peine. L’odeur âcre de celui-ci décida l’estivant à ne pas se laisser faire : il allait attraper cette chose et lui demander des comptes, dût-il y passer la journée ! L’héroïsme extraordinaire dont Agustin faisait preuve lui fit presque verser une larme d’auto-admiration. Par un prompt rétablissement, il fut debout, et malgré ses blessures superficielles, sur le pied de guerre. Il y allait avoir du grabuge.
En fait, pas tant que ça – à partir de l’instant où Agustin se fut décidé à quitter le ras des pâquerettes et à scruter avec attention les environs, la créature ne l’attaqua plus.

« Ah ! murmura-t-il narquoisement, mon charisme incroyable l’a fait fuir... »

A la vérité, il n’était guère rassuré. Qu’une créature –il présumait qu’il s’agissait d’un grand fauve- aussi rapide et agressive se baladât dans les environs n’avait rien de très avenant, ni de très rassurant quand on considérait la disparition de tous les villageois. Il poussa les portes closes du bâtiment, et quitta la pénombre des colonnades pour le vif éclairage que de grandes fenêtres donnaient au hall circulaire. Celui-ci avait été récemment refait : les murs étaient recouverts de tapisseries anciennes dont les couleurs avaient été ravivées à la perfection, et qui représentaient les exploits d’anciens chevaliers légendaires. Le haut dôme qui servait de plafond à la pièce avait retrouvé ses peintures originelles, qui consistaient en une représentation d’un réalisme presque troublant d’un ciel d’été – tout brillait, tout rayonnait. Seuls manquaient ceux qui s’affairaient habituellement dans le grand hall en parlant à voix basse, et dont les pas résonnaient lorsqu’ils passaient sous cette coupole trop élevée. Le silence dans un tel endroit était plus oppressant qu’à aucun autre : il semblait contre nature.

« Salut, Agustin ! » cria soudain une voix issue de nulle part, mais teintée d’un fort accent rocailleux.

Agustin avait beau trouver le silence un peu effrayant, des cris inopinés dans ce genre là avaient tendance à lui filer autrement plus les jetons. Notre vaillant vacancier poussa donc comme il se doit un grand cri d’horreur et courut se jeter derrière une tapisserie antique de grande valeur pour prévenir ce qui ne pouvait manquer d’être un autre événement inexplicable et dangereux. En fait d’événement inexplicable et dangereux, c’est un fin jeune homme de même pas vingt ans qui sortit de l’obscurité et s’approcha avec un air interrogateur de la tapisserie et de celui qui était dissimulé derrière, lequel en sortit et toussota un peu pour reprendre contenance.

« Hum, bonjour, Aliocha, fit-il entre deux accès de toux gênée. Tu sais ce qu'il se passe dans ce foutoir ?

- Hé, c’était ma question ! »

A suivre !

(Diantre ! Il y a des lulz par ici.) Poll #1106599 Que va-t-il donc arriver à Agustin et à son petit camarade dans le prochain chapitre ?
Open to: All, detailed results viewable to: All, participants: 3

Agustin et Aliocha vont rencontrer...

View Answers

...l'un des responsables de tout ce "foutoir".
0 (0.0%)

...la créature qui a attaqué Agustin à son grand dam et à celui de son tailleur.
1 (33.3%)

...une autre de leur connaissance qui en sait plus qu'eux sur ce qui est arrivé.
2 (66.7%)

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