N°32: HULK SMASH PUNY ROMANTICISM

  • Jul. 23rd, 2009 at 2:18 PM
Tom Lehrer
"The first time that I wrote in verse
Was about the age of ten.
George said, "That's just like a real poem Miss,"
And Miss said, "That is a real poem, George"
And I've been a poet since then
."

John Hegley.


D'abord, petite mise au point sur mes études (car je sens que la saga de mes échecs universitaires vous passionne):
- Je suis pris à l'ESSEC ;
- J'ai obtenu un report d'année ;
- Je passe l'année prochaine en fac de philo à Paris I.

Ouais, c'est zarb, mais c'est ce que j'ai envie de faire.

Sur ce, place à notre programmation habituelle.

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J'avais promis des alexandrins, les voici.
Disclaimer: ceci est une parodie du romantisme baveux ; la prendre au second degré est obligatoire.

Un homme de cour pour un rien fut exilé

Du palais où tous ses pairs rampaient, diligents,

Et tandis qu'il en pleurait les fastueux argents

 

Le Mort incognito se plut à y aller ;

S'ensuivirent les faits que je vais vous conter

– Pour peu que vous vouliez seulement m'écouter.

 

Lugubrement le révolté se leva de sa couche

Et, fiévreux, regarda par la vitre obscurcie

Dont les carreaux, nombreux comme des yeux de mouche,

Laissaient voir et la ville, et la cour – et dit :

 

Désormais je vois au travers de vos mensonges

Des kohols écœurants de vos visqueux vizirs

De vos petits esprits pleins de vos petits songes

De vos vertus, de vos envies, de vos secrets désirs ;

 

Vous ministres, vous courtisans, vous noblesse nouvelle

Vous que bénit le sort, vous que l'amour renie

Vous conseillers, mentors, précepteurs, chiens fidèles

Qui pour ronger un os servez la tyrannie,

 

Vous qui placez l'honneur dans ce dont on se moque

Avec la liberté, la joie, l'humilité

Et toutes ces idées que forgea l'autre époque,

 

Je briserai le trône et vos rois sans pitié

Je vaincrai vos titans et tous leurs troubadours

Et tuant vos officiers crèverai leur tambour.

 

Mais la cour n'avait cure de ses anathèmes

Et tandis qu'il rêvait aux sombres chrysanthèmes

Les ducs et les marquis pavanaient bien vivants

À l'abri du besoin, de l'espoir et du vent.

 

 

 

Sous son grand chapeau blanc la Camarde attendait

La fin du menuet – son visage de lait

Et ses yeux nonchalants noirs et bleus comme un geai

N'étaient pas de la Mort – elle se déguisait.

 

Et on la désirait et l'on se demandait

Qui était celle-là que belle comme une larme

La reine même enviait – on voulait sous le dais

 

Examiner de près ses si livides charmes

Les danseurs suppliaient pour avoir une chance –

Non disait-elle votre instant n'est pas venu ;

Nous aurons bien assez tôt  la dernière danse.

 

Et sa bouche formait tout bas une chanson

Si simple et cependant épouvantable et nue

Et ceux qui l'entendaient frissonnaient à ce son :

 

Verte est la Lune – les nuages bleus

Cillent son œil profond

Sous son regard ton teint cireux

Se décompose et fond

 

Le fard du jour quitte le ciel

Et tes joues olivâtres

Moi je te trouve bien plus belle

Sans ce masque de plâtre

 

Mais j'aime aussi que toi et moi

Quand vient le soir indien

Découvrions qu'un vif émoi

Colore ton visage peint.

 

 

 

Or il advint que la Mort sentit la haine

Portée aux baladins par l'homme disgracié

Et levant ses yeux clairs vers les nuages d'acier

Se mit à abhorrer aussi l'odieuse cène.

 

Vint le désir d'anéantir cette tumeur

Et tandis que les grands se trémoussaient sur scène

Brusquement dégoûtée des courbettes obscènes

Elle voulut d'un coup que cette foule meure.

 

Mais le coin de son œil saisit une marquise

Qui par l'agitation ne semblait pas conquise

Et qui, à l'écart de tout, contemplait le ciel,

 

Chantant une romance alerte et douloureuse

Dont les mots, malgré les murmures de fiel

Et l'orchestre bruyant, atteignaient la Faucheuse :

 

Je connais désormais presque toute la Terre

Car j'ai tant fait de pas que j'en ai fait le tour

Et que l'humanité m'a livré ses mystères ;

Partout les mêmes gens dans différents atours.

 

J'ai lu tout le papier que l'homme a recouvert

Les mots d'amour jetés sur les missives blêmes

Les romans, les traités et les anciens emblèmes

Que les bardes jadis ornaient de quelques vers.

 

J'ai appris du Latin la version et le thème,

J'ai su des anciens Grecs le savoir idéal,

D'Erato et Rimbaud je devins le féal.

 

Mais on ne retient rien de ce que mal on sème

Et j'ai dû m'épurer dans de nombreux baptêmes

Pour apprendre de toi comment on dit « je t'aime. »

 

 

 

Comprenant que ce lai, dédié à son image,

La marquise l'avait par sentiment appris,

La Mort se vit soudain dépouillée de sa rage

 

Et la cour continua ses plaisirs et ses ris.

Ainsi l'humanité que condamne ses crimes

Se voit-elle épargner la déchéance ultime.

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Bonnes vacances, les copains.

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Flob'

Petit guide pour n’être point damné :

Sauf ceux qui l’ignorent parce qu’ils n’en savent rien et réciproquement, tout le monde est persuadé de nos jours que la nouvelle, avec le cheval, le chien, la sécurité sociale et quelques autres, est la plus belle conquête de l’homme. Or, comme beaucoup de cavaliers et de cotisateurs pourront vous le confirmer, ce genre de conquête tourne rapidement à la rosse entre des mains inexpertes. C’est pourquoi (en tant que lecteur assidu de publications sur Internet et non en tant qu’auteur) j’ai décidé de publier ce pandémonium des défauts d’écriture qui selon moi méritent la damnation éternelle dans les flammes de l’enfer.

Dans une large mesure, c’est du second degré : je ne suis pas moi-même exempt de ces péchés, et je n’ai aucun droit à juger mes petits camarades plumitifs. Mais bon, castigat ridendo mores, comme disait l’autre ; il y a vraiment des vices agaçants, dans les fan-fictions comme dans les travaux originaux, et ce ne serait pas du luxe d’en corriger certains.

(Et bon sang, n’allez me taxer ni ce catholicisme, ni de sacrilège ; c’est pour de rire.)


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Orgueil :

(Ou égocentrisme, Mary-Sue-isme, narcissisme, et toutes sortes de noms d’oiseaux.)

Parce que tout le monde sait que vous vous identifiez à mort avec ce personnage très beau, surpuissant et héroïque dont la mort chevaleresque est un exemple pour les deux-tiers de l’humanité. Conseil d’ami : à l’avenir, avant de créer un personnage, prenez une douche glacée et faites ce test.

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Gourmandise :

(Ou syndrome des yeux plus gros que le ventre.)

On a tous commencé nos travaux d’écriture par prévoir un projet monumental qui devait transcender la Recherche du Temps Perdu, la relativité restreinte et générale, les critiques de Kant et l’intégrale de San Antonio tout à la fois. Inutile de dire qu’il faut s’en tenir à des ambitions plus réalistes s’il l’on veut publier un jour.

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Paresse :

(Ou politique du moindre effort.)

La paresse est sans conteste le péché capital de l’auteur : qu’on se le dise, écrire, c’est du boulot, beaucoup de boulot. Alors si vous n’êtes pas prêt à vous défoncer un peu, c’est même pas la peine de commencer à publier quoi que ce soit !

(Jouez plutôt au démineur, c’est moins fatigant, quoique.)

En vrac, ce qui dénote un manque chronique de boulot à la lecture : pas ou peu de description des décors ; le héros anonyme, amnésique et mystérieux, qui, outre son caractère cool et stéréotypé (les deux vont souvent ensemble), est souvent bien pratique lorsqu’on flemmasse à lui trouver un passé ; des personnages définis uniquement par leur profession et leur âge, voire une vague mention de la couleur de leurs cheveux ; des protagonistes sournoisement piqués dans d’autres histoires et à peine retouchés (« mais non, ce Byrano de Cergerac est un personnage tout à fait original ») ; le manque d’ambition de l’intrigue (« ah, heureusement que nous ne sommes pas dehors à nous battre contre ces deux cent mille extraterrestres et tu veux un sucre ou deux dans ton thé Bernard ? ») ; l’histoire, improvisée au fur et à mesure ; un style sujet-verbe-complément qui ne déparerait pas la méthode Assimil ; les fautes de frappes, dont certaines échappent parfois à la relecture, mais qui, quand elles sont trop nombreuses, font franchement foutage de gueule ; les erreurs de continuité flagrantes ; les intrigues "cliché" ou rebattues (« je suis ton père ! » D:) ; les dialogues tirés de Dawson (« j’arrive pas à dormir ! » *battement de cils*) ; les transitions trop brutales (« pendant ce temps-là, à Veracruz... »), et en général tout ce qui fait que votre texte ressemble plus à un indicateur d’horaires de chemin de fer qu’à la Comédie Humaine.

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Luxure :

(Ou tendance à sombrer dans le libidineux.)

En soi, décrire des rapports sexuels dans une histoire n’est pas rédhibitoire ; c’est plus réaliste que de refuser obstinément des les considérer.

Mais ne sombrons pas non plus dans l’excès inverse, à savoir l’abondance de scènes gratuites de ce type : c’est invraisemblable, ça lasse le lecteur, et ça lui donne une idée assez douteuse de votre personne. Plus généralement, on préférera l’allusion sournoise qui laisse le lecteur libre d’imaginer ce qu’il veut selon ses propres désirs pervers ; ce sera plus satisfaisant et pour sa libido, et pour votre fierté si ce sont des connaissances à vous qui vous beta-readent.

(Et puis ça évite de devoir interdire ses écrits aux moins de 18 ans, auquel cas je n’aurais même pas le droit de me relire.)

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Avarice :

(Ou cupidité littéraire.)

Tout le monde déteste les auteurs qui larmoient après des commentaires, supplient le lecteur des mettre leurs histoires en favoris et se livrent à toutes sortes de manipulations en sous-main pour que le plus de gens possible tombent sur leur prose. Publier, ce n’est pas un concours de popularité ou de référencement dans les moteurs de recherche : si vous n’écrivez pas un peu pour vous-même, je ne suis pas sûr que vous arriverez à grand’chose.

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Colère :

(Ou ce qui résulte de la fierté mal placée.)

On voit de plus en plus d’auteurs qui répondent désagréablement à leurs commentateurs sous prétexte qu’ils s’attendaient à plus de louanges ou qu’on n’apprécie pas leur travail à sa juste valeur. Une fois pour toutes, comprenez bien que vous n’êtes pas votre texte, et qu’en aucun cas une critique constructive n’est une attaque personnelle. (Sauf si on vous y traite de con, mais dans ce cas ce n’est plus vraiment une critique constructive.)

Les gens qui commentent prennent le temps de lire votre prose et d’écrire un message juste pour que puissez vous améliorer ; la moindre des choses est de répondre poliment et de tenir compte des remarques qu’on vous a faites. Comme vous n’êtes pas infaillible et parfait, cela vous permettra aussi de progresser.

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Envie :

(Ou mauvaise foi jalouse.)

Que vous écriviez ne doit pas vous empêcher de considérer d’un œil froid et impartial les publications des autres ; si vous commentez des histoires, tâchez de ne pas vous demander systématiquement si c’est mieux ou moins bien que votre propre production, mais essayez plutôt d’apporter de l’eau constructive au moulin de l’auteur, si vous voyez ce que je veux dire. Si vous ne voyez pas, abandonnez la littérature et tournez-vous vers le bridge.

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Il va de soi que selon ces critères, je suis excommunié depuis déjà longtemps ; et vous, lecteurs, quels sont les vices d’écriture dont vous êtes coupables, que je m’abstienne de vous absoudre ? (Vous pouvez aussi ajouter vos résultats au test de Mary-Sue-isme si ça vous chante, ce serait marrant.)