N°4: Entracte.

  • Dec. 30th, 2007 at 8:57 PM
Flob'
N°4 : Entracte.

(La scène est dans le salon d'un studio exigu mais décoré avec goût, sobrement, dans un style moderne. Au centre de la pièce, une table basse, un sofa blanc et deux fauteuils.)

(Entre Agustin Oeste, un mug de café noir dans une main, un journal plié en quatre dans l’autre.)

 

Agustin : (distrait par sa lecture) Aliocha, tu n’aurais pas vu le chapitre d’aujourd’hui des nos aventures ?

 

Aliocha : (voix distante, qui vient d’une autre pièce) Le quoi ?

 

Agustin : (même jeu, un peu plus fort) Le chapitre !

 

Aliocha : (voix plus inquiète) Ah, mais c’était pas toi qui l’avais ?

 

(Agustin boit une gorgée de café, s’assied dans le sofa et pose le mug sur la table)

 

Agustin : (avec lassitude) Je te l’ai confié hier, quand tu m’as parié solennellement que tu resterais sobre toute la soirée.

 

(Aliocha rentre dans la pièce, en pyjama, les yeux cernés, les cheveux ébouriffés, l’air d’avoir une gueule de bois pas possible)

 

Aliocha : (avec effort) Le pari... Ah oui, le pari...

 

(Silence consterné)

 

Aliocha : (contrit) Je crois que je te dois dix balles, alors.

 

Agustin : (à part, sarcastique) J’avais cru le deviner. (à Aliocha) Donc, tu l’as perdu ?

 

Aliocha : Le pari ou le chapitre ?

 

Agustin : Les deux.

 

(Aliocha réfléchit un moment, regarde le plafond, compte sur ses doigts, puis semble trouver quelque chose)

 

Aliocha : Mais non ! ... Le chapitre est posé sur... sur... (un temps) ça alors, je l’ai sur le bout de la langue ! ...

 

Agustin : (patiemment) Sur la table de la cuisine ? Sur le toit de l’immeuble ? Sur Uranus ?

 

(Aliocha ne prête pas attention à l’énumération de son camarade et continue à marmonner des paroles cabalistiques et incompréhensibles)

 

Aliocha : (pensif) C’est dingue ça, plus moyen de m’en souvenir.

 

Agustin : Quiconque t’a vu hier danser la rumba avec ce portemanteau emploiera le mot « dingue » moins à la légère.

 

Aliocha : Mais comment va-t-on... Hé, j’ai fait quoi, hier ?

 

Agustin : (amusé) Non, je plaisante... Pour ton information, tu as « juste » vomi avec une abondance peu commune sur le costume violet -par ailleurs hideux- d’Ainsworth, lequel ne t’en tient pas rigueur. D’ailleurs, ledit costume était presque plus joli avant qu’après, mais nous nous égarons... Donc, tu n’as plus le chapitre ? Plus du tout ?

 

Aliocha :  Bah, non.

 

Agustin : Par conséquent, nous n’avons strictement rien à publier cette semaine.

 

Aliocha : Rien du tout.

 

(Agustin et Aliocha se regardent, indécis)

 

(Entre l’Auteur, dans un état similaire à celui d’Aliocha)

 

l’Auteur : (las, aux protagonistes) C’est bon, les gars, allez cuver votre alcool ! Je peux tout expliquer.

 

Agustin : (à part, incrédule) Voilà une affirmation intéressante.

 

l’Auteur : (aux spectateurs) Vous l’avez sans doute compris, ce furent des fêtes éprouvantes. J’ai bien tenté d’écrire deux-trois lignes entre deux coupes de champagne, mais elles n’étaient guères reluisantes. Or, le chapitre quatre contient des éléments indispensables à l’intrigue – j’ai préféré ne pas le sauter, et justifier ce manquement à la routine par une pitoyable saynète...

 

Aliocha : (indigné) Pitoyable toi-même !

 

Agustin : (même jeu) Mais pour qui se prend-il, avec sa majuscule ?

 

l’Auteur : (imperturbable) Nous vous quittons donc en vous souhaitant...

 

Agustin : ...de joyeuses fêtes...

 

Tous : (en chœur, avec candeur)... et une bonne année !


(Rideau.)


l’Auteur : (soulève un coin du rideau) Et allez donc jeter un coup d'oeil à ma dernière vidéo ! (le rideau retombe lourdement)

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