N°30: "Vingt fois sur le métier..."

  • Jul. 10th, 2009 at 10:05 AM
Dirty Harry
Once I was waitin'
In fortune and fame
Everything that I dreamed for
To get a start in life's game

Then suddenly it happened
I lost every dime
But I'm richer by far
With a satisfied mind

Money can't buy back
Your youth when you're old
Or a friend when you're lonely
Or a love that's grown cold

The wealthiest person
Is a pauper at times
Compared to the man
With a satisfied mind.


Red Hayes & Jack Rhodes, A Satisfied Mind.

Enfin! Cela fait plusieurs mois que j'attends ce moment! Enfin, plus personne ne lit mon blog! Je vais pouvoir écrire des bêtises avec la certitude absolue que personne ne les lira. C'est... c'est presque émouvant.


Je tiens à remercier mon chien, le proprio de mon studio, la barmaid du Bateau Ivre et tous ceux qui ont rendu ce désastre possible.

Passons aux choses sérieuses. Au sujet du dernier chapitre d'Agustin Oeste, que j'avais promis à de nombreuses reprises: l'obstination n'étant point le moindre de mes vices, je compte bien le publier un jour. Donnez-moi juste le temps de le polir un peu et... ben, où est-ce que vous partez tous? Je vous jure que je vais le finir!

En attendant, pour vous montrer que l'écriture est toujours la deuxième mamelle de ce blog (je parle de nichons pour augmenter mon référencement, ne l'ébruitez pas), voici un petit texte impubliable sur les affres de l'édition. (Toute ressemblance avec Kurt Vonnegut serait vachement tirée par les cheveux.)

Vingt fois sur le métier


A tous ceux qui ont le courage d’insulter les textes (et leurs auteurs)

- Es una mierda.
Tels furent les premiers et les seuls mots que prononça Paolo en lisant mon recueil. Ses yeux noirs, las et cernés me fixèrent un instant. Puis, comme à regret, il me fit signe de sortir de son bureau.
Je ne protestai pas. Je ne m'indignai pas. Je ne restai pas pour défendre la qualité de mes vers. Je me contentai de me lever, de reprendre cette liasse où j'avais mis toute mon âme, et de sortir. Si Paolo pensait que ce recueil était une merde, c'était une merde – incontestablement, irrévocablement, sans qu'on pût rien y faire. Il fallait repartir de zéro.
Paolo était à la fois mon agent et la personne au monde qui m'insultait le plus. Parce qu'il était convaincu que j'avais un grand potentiel, il me rappelait en permanence à quel point ce que j'écrivais était nul, et à quel point j'étais nul pour l'avoir écrit. Il ne me disait même pas que je pouvais mieux faire ; c'était sous-entendu. Au lieu de cela, il remarquait chaque faiblesse, chaque lourdeur, chaque paresse, refusant d'envoyer à quiconque un texte qui ne serait pas parfait. Il était résolu à me faire devenir un grand écrivain, de gré ou de force.
Car Paolo ne supportait même pas que j'abandonne : quand j'étais quelques jours sans écrire, il me téléphonait aussitôt et m'exhortait à me consacrer à un ouvrage, fût-il destiné à être aussi médiocre que le précédent. Et bien que cet exercice incessant m'eût déjà permis de m'améliorer beaucoup, Paolo continuait sans se lasser à me montrer les défauts de ma production, dans l'espoir que je correspondrais un jour à ses invraisemblables standards.
Je retournai donc dans ma chambrette parisienne, armé de mon recueil et de ma déception. Privé de tout désir d'écrire, je me fis un café que je bus sans penser à rien, les yeux perdus dans les toitures parisiennes sur lesquelles donnait ma fenêtre. Ces quelques instants de méditation me calmèrent.
Mes yeux se posèrent alors sur un objet insolite : au centre d'une commode encombrée de papiers divers, ma vieille Remington trônait, abandonnée depuis que j'étais passé à l'informatique. À la voir ainsi prendre la rouille et la poussière, il me prit l'envie d'entendre une fois encore le martèlement sourd de ses touches et le bruit de clochette du retour à la ligne. Ces sons-là vous remplissent l'oreille jusque dans la tombe – quand ils ne vous rendent pas sourd.
Je m'apprêtais à la soulever pour la porter sur mon bureau lorsque je vis que j'y avais laissé, bien des années plus tôt, un texte en cours d'écriture. Tirant la feuille hors du mécanisme grippé de la machine, je m'aperçus non sans déception qu'elle ne comportait que les deux phrases suivantes.

« Le voyageur qui, longeant le littoral, prendrait le sentier dit 'des douaniers' jusqu'à Saint-Jean-le-Stylite s'étonnerait sans doute de voir échouée sur les rochers la carcasse rouillée d'un yacht du début du siècle. Son histoire, pourrait-on lui répondre, est singulière. »

Cela s'arrêtait là.
Je n'avais aucun souvenir de cette histoire, et, à ma connaissance, aucun brouillon. La curiosité m'aiguillonnait : pourquoi le début du siècle ? Était-ce le navire d'un contrebandier, d'un pirate ? Non, c’était un yacht... Dans ce cas, le naufrage pouvait bien être une affaire criminelle, un complot politique ou un crime d'amour, et le propriétaire du bateau, la victime d'un attentat anarchiste, un héritier gênant éliminé par sa famille ou encore un mafioso rattrapé par ses rivaux... De nombreuses histoires commençaient à se tisser autour du yacht et du sentier – toutes possibles encore, mais parmi lesquelles je savais qu'il faudrait choisir.
Dès que j'eus remis la Remington en état de marche, dès que j'eus senti contre mes doigts la résistance des touches et sur mes poignets le froid du métal, le récit de poursuivit de lui-même, comme si je l'avais laissé la veille au soir.
J'avais tout oublié des critiques de Paolo, de mon recueil rejeté et de ma déception. Tout était emporté par le mouvement irrésistible de l'écriture, qui débordait les digues de mon esprit, arrachait mes entraves et venait s'épancher sur la feuille. Les lieux, les héros, les intrigues prenaient une vie propre et se développaient à leur guise. Je n'en étais que le scribe.
Pris dans le rythme de l'histoire, je perdis toute notion du temps. Je marchai avec mes personnages, je souffris, je rêvai avec eux. Et quand je pus enfin taper, épuisé, le point final, c'est avec surprise que je vis que la nuit était depuis longtemps tombée. Mes mains étaient si courbatues que je n'eus pas le courage de remettre la machine en place où même d'en tirer la dernière feuille de mon texte. Je me laissai tomber tout habillé sur mon lit et dormis jusqu'au matin.
Le soleil était déjà haut dans le ciel quand je m'éveillai. Ses rayons traversaient les jalousies mi-closes et zébraient de lumière la Remington, toujours posée sur mon bureau. J'y trouvai, sur vingt et un feuillets dactylographiés, la meilleure histoire que j'avais jamais écrite.
Tout y était incomparablement supérieur à mes textes précédents : le style, l'action, les descriptions... J'avais peine à croire que c'était bien moi qui avais créé cela – que je n'avais pas été possédé pendant quelques heures par le spectre farceur d'un grand écrivain. Exalté par la découverte de ce talent inespéré, je m'habillai à toute vitesse, corrigeai au crayon les quelques fautes de frappe que je pus trouver et partis pour le bureau de Paolo.
Le trajet se passa comme dans un rêve. Ce n'est qu'en posant le pied sur la première marche de l'escalier qui me conduirait à Paolo que je me rendis compte de ce que j'allais faire. Il m'avait ordonné de ne jamais lui présenter, sous aucun prétexte, un premier jet, si je ne voulais pas avoir à trouver un nouvel agent. Et qu'étais-je en train de faire ? Je lui apportais un texte tout juste sorti de la machine, à peine relu, que j'avais écrit dans un état d'hébétude proche de l'ivresse. Autant lui tendre tout de suite le bâton pour me faire battre.
Et pourtant, je montais toujours, l'estomac de plus en plus serré, jusqu'à me retrouver face à la porte fatidique. J'eus alors l'intime certitude que ce que je tenais à la main était mon meilleur texte, peut-être depuis toujours – et je tournai la poignée.
Quand j'entrai, Paolo était assis sur le bord de son bureau, un cigare au bec. De sa main sèche et noueuse, il raturait violemment des épreuves. J'eus une pensée amicale pour les éditeurs et les imprimeurs qui auraient sous peu à subir son ire.
- Bonjour, Paolo, dis-je d'une voix qui se nouait.
- Bonjour, gamin, fit-il sans lever les yeux.
Sans un mot, je posai mes vingt et une pages à côté de lui et fis trois pas en arrière. Il n'eut qu'à laisser les épreuves et à prendre mon texte, qu'il lut avec la même babine boudeuse et le même froncement de ses sourcils broussailleux. Pendant ce qui parut une éternité, nous restâmes là, l'un en face de l'autre – lui qui lisait et moi qui m'angoissais. Le silence n'était troublé que par le léger froissement des feuilles entre elles.
Enfin, je le vis qui reposait la dernière page sur le bureau. Je fermai les yeux dans l'attente de l'inévitable insulte en espagnol. Rien ne vint. Quand je les rouvris, son visage austère était éclairé d'un mince sourire.
- Ce n'est pas mal, dit-il.

Le 11 juin 2009, à Paris.

Tchao, les aminches.

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N°26: Misère !

  • Jan. 11th, 2009 at 2:55 PM
Bob Dylan
Cliquez ici pour partager ma consternation )

Et mon travail ici est achevé. Je pars pour de nouvelles aventures... (À la semaine prochaine, les aminches.)

N°21: From New York with love

  • Aug. 15th, 2008 at 4:40 AM
Flob'


IN GLORIOUS MSPAINT !

Et je me suis déjà pris trois rateaux de ce côté de l'Atlantique. Loose-attitude ! (Je reviens dans cinq jours : si vous voulez vister mon nouveau home parisien, téléphonez-moi, mailez-moi ou envoyez-moi un pigeon voyageur et je vous répondrai dès que possible.)

Bises baveuses,


Grégoire.

N°20 bis: De l'art d'être laconique.

  • Jun. 1st, 2008 at 11:39 AM
Flob'
Désolé les zamis, mais mon pécé n'a marché que par intermittences ce ouikende, et du coup je n'ai rien de décent à publier.
Et puis j'en ai un peu marre d'Agustin Oeste... Pas vous ?
Enfin pas d'inquiétude, hein, je finirai l'histoire, ce n'est pas mon genre de laisser des trucs inachevés... Mais bon, je ferai ça vite, il ne faudrait pas non plus que ce qui a commencé comme une gentille parodie de roman-feuilleton finisse par se prendre au sérieux !
Portez-vous bien d'ici la semaine prochaine.

Affectueusement,


Le Masque des ronces.

N°19: Second entracte.

  • May. 17th, 2008 at 11:42 AM
Flob'
N°19: Second entracte

(Le premier était ici)

(La scène est dans un petit théâtre de campagne, quasiment vide à l’exception d’une poignée d’habitués. Le rideau est tombé, et, derrière lui, sur scène, un unique microphone est posé)

(Le rideau s’ouvre sur la scène vide. Entre Agustin, manifestement surpris de voir du monde dans la salle. Il tapote un instant le micro, se racle la gorge, et prend la parole)

 

Agustin : Vous êtes encore là, vous ? Qu’est-ce que vous ne comprenez pas dans le mot « entracte » ?

(Entre Aliocha, plus timidement. Il s’approche à son tour du micro)

 

Aliocha : (à Agustin) Ne leur parle pas comme ça ! Déjà qu’il n’y en a plus beaucoup...

 

Agustin : (désinvolte) Ben ouais, mais bon, c’est normal, c’est l’entracte.

 

Aliocha : Pourquoi, au fait ? Ca fait des lustres qu’on n’a pas publié de chapitre de nos mirifiques aventures.

 

Agustin : C’est de la faute de l’Auteur, de toute évidence.

 

Aliocha : (agacé) Qu’a-t-il encore, ce tire-au-flanc ?

 

Agustin : Un « concours », ou un truc dans le genre.

 

Aliocha : (naïvement) Un concours de quoi ?

 

Agustin : (narquois) Probablement pas de colliers de nouilles – son avenir en dépend, paraît-il.

 

Aliocha : Oh... Et quand reprenons-nous nos tribulations, dans tout ça ?

 

Agustin : (il hausse les épaules) Quand ce sera fini. Il lui reste quatre épreuves, si l’on en croit mes sources...

 

Aliocha : Ha ha, tes sources ? Quelles sources ?

 

Agustin : (à voix basse, d’un air mystérieux) ...des sources sûres...

 

Aliocha : (impatient) Qui donc ?

 

Agustin : Le site de l’E.N.S., sot.

(Des huées se font entendre dans la salle)

 

Agustin : (au public) Oh, c’est bon, hein ! Puisque c’est ça, je repars ! Je reviendrai quand on aura un nouveau chapitre.

(Il sort en tapant des pieds)

 

Aliocha : Hé, attends-moi !

(Il sort également, et l’Auteur rentre sur scène un instant plus tard)

 

l’Auteur : (d'une voix caverneuse) Je reviendrai !

(Il s’enfonce dans la nuit et l’écho sa voix se perd dans le lointain)

 

Rideau.

 

Epilogue :

Désolé, toujours pas de chapitre, pour des raisons assez évidentes. Mais j’ai beaucoup mieux... un LOLcat !

 

Cliquissi )

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N°17: Adieu, vive clarté...

  • May. 10th, 2008 at 11:58 AM
Flob'

Le concours approche à grands pas : vous comprendrez aisément que j’aie autre chose à écrire que des histoires de roux et de croquemitaines... Elles ne sauraient toutefois tarder à reprendre, d’ici deux semaines tout au plus. Cela ne m’empêchera pas de laisser ici un mot hebdomadaire, pour ne pas perdre le rythme : aujourd’hui, je vous parle de Portal, de la F.I.G.B., et de Cash.

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Condensé de bonne humeur (peut nuire gravement aux concours – à consommer avec modération) :

Quand on termine un jeu, on est parfois fier. On est parfois content que ce soit fini. On est parfois admiratif. On est parfois impatient de voir la suite. Il m’est même arrivé de vouloir recommencer à zéro à peine le jeu terminé ! Mais jamais devant un jeu je n’avais ressenti le sentiment que j’ai eu après Portal : je n’étais pas seulement content, non, c’était de la bonne humeur pure.

Je ne peux le comparer qu’au moment j’ai vu pour la première fois la fin de Dr. Strangelove (de l’immense Stanley Kubrick), avec la réplique culte de Peter Sellers et ces superbes explosions de bombes atomiques des toutes les formes, sur fond de We’ll Meet Again de Vera Lynn. Et aussi quand les chrétiens crucifiés chantent Always Look On The Bright Side Of Life sur le Golgotha, à la fin de La Vie de Brian. Ce sont plus que des scènes d’anthologies : ce sont des condensés de bonne humeur. Ben Portal, c’est pareil.

Bien sûr, Serious Sam était rigolo, Vice City m’a fait sourire assez souvent, et quelques mots d’esprit de Duke Nukem m’ont marqué ("Hail to the king, baby !", référence à Evil Dead 3). Mais Portal, c’est une autre paire de manches : c’est le genre de truc qui vous faire sourire avec extase rien que d’y repenser. C’est une drogue sans addiction. C’est un antidépresseur concentré. C’est le bien. Et non, le gâteau n’est pas un mensonge.

Et sinon, les mitrailleuses automatiques, elles sont trop mignonnes. Elles me font penser au chat de mon frère.

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¤

Pourquoi j’ai mangé Jean Dujardin :

Dans les sorties récentes, j’ai bien aimé Iron Man. Et la liste de ce que j’ai bien aimé ces derniers temps s’arrête là, attendu que le seul autre film que j’ai eu le temps de voir était Cash. Or, Cash était mauvais ! Mais n’anticipons pas.

D’abord, j’aurais dû écouter mon instinct cinéphile : il me chuchotait avec insistance qu’un film dont l’affiche évoquait une resucée fauchée et franchouillarde d’Ocean’s Eleven avait autant de chances d’être bon que Janclôde de gagner l’oscar de la meilleure interprétation masculine. Il avait raison, le bougre. Car c’est le même instinct qui me disait que "Brice de Nice" –de son vrai nom Dujardin– était un gage de qualité assez médiocre, et le même encore qui claironnait que Jean Reno n’avait pas tourné dans un bon film depuis le néolithique, c’est à dire depuis Léon. Que ne l’ai-je entendu ?

J’ai fait aveuglément confiance à Eric Besnard, voilà tout. À ma décharge, ce réalisateur (et scénariste) avait commis Le Nouveau protocole, qui était tout sauf un navet. Il faut croire qu’à l’heure de tourner Cash, il a eu un méchant coup de barre (ou un méchant besoin de régler ses dettes en Cash). En effet, Besnard s’est découvert un récent amour pour le fouillis hype... Ou, plus vraisemblablement, il a vu Arnaques, crimes et botanique, et s’est écrié : "moi aussi, je peux le faire !"

Non, Eric, tu ne peux pas ! Tu n’es ni Guy Ritchie, ni Tarentino, et ce que tu prends pour un film pétillant et trépidant pétille moyennement et oublie souvent de trépider. On pourrait croire qu’il suffit de mélanger dans une marmite à pellicule des transitions rapides, des écrans multiples et des arrêts sur image pour obtenir un film enlevé. Mais tout le monde ne peut pas réaliser Snatch ! Si, comme scénariste, Besnard vaut son pesant de cacahouètes, il est assez maladroit –inexpérimenté, en fait– quand il s’agit de tourner à proprement parler : on aboutit donc à une réalisation prétentieuse, confuse, qui fait ressortir tous les problèmes de rythme de l’intrigue au lieu de les atténuer. Ladite intrigue étant plutôt complexe, ce qui n’arrange rien : le film eût-il été passablement tourné, je l’aurais qualifiée de captivante, mais la confusion de la réalisation la rend simplement brouillonne... Dommage.

En ce qui concerne les acteurs, je vais essayer d’inhiber mes pulsions d’enfoncer un pic à glace entre les deux yeux de Jean Dujardin –que je n’aime pas trop–, et donner des arguments. Ou du moins faire semblant.

Valeria Golino, illustre inconnue au bataillon, ne joue ni bien ni mal. En fait, elle était tellement insignifiante ("potiche", me souffle-t-on) que j’ai bien du mal à me rappeler la façon dont elle jouait...
Quant aux autres rôles féminins, ils sont purement décoratifs : le scénario les considère comme des objets ("alors, je drague qui au juste ?" est sans rire un gros enjeu du film), et le critique féministe (si, si) s’en agace. Sinon, Jean Reno est manifestement plus intéressé par son cachet que par le déroulement de l’intrigue ; François Berléand plisse les yeux et prend l’air constipé les trois quarts du temps. Et puis il y a Jean Dujardin qui cabotine, surjoue, et se prend pour Belmondo, le charisme en moins : rien de bien nouveau. (La façon dont cet acteur au talent modeste et au sex-appeal de crustacé est adulé par la critique me laisse pantois, d’ailleurs.)

En somme, le film est un beau gâchis : il a une intrigue qui aurait pu être intéressante si elle avait été présentée plus habilement, une réalisation qui aurait pu faire l’affaire si elle avait été plus sobre, et une distribution qui aurait pu se révéler efficace si Jean Dujardin était mort.

Aurait pu. Alors sauvez Besnard : exilez Dujardin.

Bon ouiquende, les gens,


Le Masque des Ronces.

N°14: Intermède graphique.

  • Apr. 6th, 2008 at 8:42 PM
Flob'


D'ailleurs, moi, je retourne sous la couette... Brrr.
 
 ¤¤¤
 
P.S. du 7 avril à huit heures : il a neigé ! Il a neigé ! J'espère que ça va tenir...

P.S. du 7 avril à onze heures : ça n'a pas tenu, sauf sur les voitures et dans le parc de notre lycée. Par contre, la neige qui fond dans l'avenue de Paris et qui tombe par intermittence des arbres, par un tel temps, c'est superbe. <3
 

 

N°12: Mauvaises nouvelles des étoiles.

  • Mar. 16th, 2008 at 9:49 AM
Flob'
    Le premier qui trouve d'où vient le titre de ce post gagne un caramel mou. J'adore les caramels mous. <3

    Excusez-moi tout d'abord de l'irrespect flagrant de mon rythme de publication, mais je suis en concours blanc, et bientôt en concours tout court ; vous comprendrez donc que je sois un peu pris ces temps-ci. Toutefois, pour ne pas vous laisser trop longtemps sans les lueurs pâles de ma médiocre plume (sans compter que des expressions comme ça ne se trouvent pas sous les sabots d'un cheval), je vous propose un petit texte écrit avant-hier pour un concours de nouvelles fort informel ; oui, je sais que j'ai mieux à faire que d'écrire des idioties, mais le temps d'écrire est toujours du temps volé, comme disait l'autre.
Quoi qu'il en soit, la contrainte était la suivante : je devais illustrer en trois pages (au plus) une image faite de cases de bande-dessinée franco-belge nanarde, aléatoirement collées ensemble. Mon image avait quand même Astérix, Donjon, Jo, Zette et Jocko, un japonais tout droit tiré de Buck Danny et le très inexpressif Michel Vaillant tout à la fois ; ne vous étonnez pas que le résultat soit assez incohérent.
Pour le reste, tout est le fruit de mon imagination débridée...


Bon week-end/concours/partiel/dimanche à tous ! (:

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Flob'

A moins que vous ne soyez aveugle ou que vous n’ayez passé les cinq dernières années de votre existence à hiberner dans une grotte, il est fort improbable que vous n’ayez jamais entendu parler de « webcomic. » Qu’est-ce à dire ?

Faisons simple : un webcomic est une bande-dessinée lisible en ligne, qui se différencie surtout de la bande-dessinée classique par le fait qu’il n’y a aucune différence.

Bon, j’exagère un peu. Il faut dire que j’ai été passablement agacé, ces derniers mois, par l’effet de mode qui a les a entourés (au même titre que les blogs) ; on croirait, à lire les journaux ou à regarder les reportages (encore sporadiques) qui sont diffusés à ce sujet, que nos chers dessineux ont réinventé la poudre.

Sans vouloir en rien atténuer leur mérite, il n’en est rien ; moi, je vois toujours des cases, les bulles, et des personnages qui les occupent. Si j’étais mauvaise langue, je dirais qu’ils sont plutôt moins bien dessinés que dans le circuit habituel, mais force est de reconnaître qu’il a du bon, du moins bon, et du fort médiocre.

Pour en revenir à notre controverse, les journalistes (pour la plupart des pigistes, les professionnels ont manifestement autre chose à faire) qui ont bafouillé sur les webcomics -dans des publications aussi largement diffusées que le Figaro magazine ou le Monde- ont fichtrement l’air de considérer que c’est une toute nouvelle forme d’expression qui y a été créée.

Laissez-moi rire ! Ce sont des d’abord des pages de bande-dessinée sur internet, là-dessus, il n’y a point à pinailler. Tout ce qu’on ajoute à ce prédicat ressemble souvent à du bavardage journalistique, voire à du remplissage dans bien des cas.

Certes, on pourrait arguer que les restrictions formelles liées à la publication se trouvent suspendues dans les webcomics, permettant des explosions de créativité de la part des artistes (et des phrases pompeuses chez ceux qui en parlent.) Dans une certaine mesure, c’est vrai ; toutefois, les chiens ne font pas des chats. Les dessinateurs et scénaristes qui bossent sur des webcomics s’inspirent dans une large mesure de leurs aïeux adeptes du papier, tant en ce qui concerne les scénarios que les codes graphiques, ne serait-ce que pour attirer un lecteur élevé sous les augustes ombres de Lucky Luke, Tintin et Ken le survivant. De surcroît, le webcomic est une activité à temps complet, qui nécessite des quantités de travail énormes ; il est donc normal de voir des artistes publier leurs travaux sur papier après gagné une certaine popularité en ligne. Il faut bien faire bouillir la cht’marmite, comme on dit dans le Nord.

Enfin de compte, on se retrouve donc avec des contraintes à peine inférieures...

Et pourtant, la différence entre la bande-dessinée bassement terre-à-terre (enfin, encre-à-papier) et le webcomic saute aux yeux ; elle s’apelle photoshop. La colorisation, la retouche des traits ont une gueule vachement plus propre, et c’est plutôt un bien.

Dernier point, l’histoire. Le grand argument des défenseurs du webcomic comme art à part, c’est que la publication régulière et le constant état d’inachèvement de l’histoire qui en résulte, permettent plus de souplesse, et subséquemment plus d’inventivité. Passons sur l’équation simplette « souplesse du format = inventivité », sans quoi je risque de devenir désagréable. Il n’en reste pas moins que les meilleurs webcomics ne sont devenus ce qu’ils sont qu’à partir du moment où ils ont décidé soit d’avoir une intrigue planifiée, soit de s’en tenir à des gags de trois ou quatre cases... J’ignore royalement dans cette dernière phrase les blogs BD et l’autofiction, ce sont d’autres paires de gants vampiriques (ha ha, blague de geek) ; ils jouent dans une catégorie complètement différente.

Reste à voir la question des subdivisions au sein du genre même du webcomic. Fort grossièrement, je dirais qu’il y a deux types d’hommes, ceux qui ont un fusil et ceux qui creusent, et trois grands types de webcomics : les romans graphiques, dont d’aucuns affirment qu’ils sont les webcomics à proprement parler, avec des personnages, une histoire, et tout ça ; les blogs BD, où un auteur raconte sa vie à des lecteurs passionnés (ironie) ; et les webcomics comiques (jolie dérivation), enfin, dignes descendants des petits Mickeys en trois cases dans les journaux d’antan. Ces distinctions sont purement personnelles et issues de mon expérience de lecteur, elles sont de fait sujettes à débat. Comme pour tout ce qui précède, si vous n’êtes pas d’accord, faites-le moi savoir !

Mon propos n’est ici ni d’établir une typologie plus précise, ni une liste exhaustive. Face à la masse considérable des webcomics publiés à chaque minute qui passe, je tenais juste à vous faire part d’une liste de mes favoris personnels, pour que vous découvriez peut-être des œuvres que vous eussiez manquées. Mes critères d’évaluation sont les suivants : moche ou pas moche, bien ou mal écrit, publié dans de bonnes conditions ou non ; l’aspect du site web, le rythme de publication et l’attitude générale de l’auteur face à ses lecteurs rentrent dans les conditions de publication.

            Puisque tout est dit, que les Satrapes s’attrapent et que les Athéniens s’atteignent !

 

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Edit (2009): Oh my, most of these were terrible. Mind-numbingly, soul-crushingly, extremely terrible. Edited out!

 

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Je laisse [info]pkmaster présenter Mistakes Of Youth, comme toujours, et je vous invite à réparer dans les commentaires toutes les horribles injustices que j’aurais pu commettre en oubliant quelque chef d’œuvre dont vous êtes fanatique.

 

 

Bonne rentrée à tous !

N°8: Considérations intempestives.

  • Feb. 1st, 2008 at 9:00 PM
Flob'

Question existentielle :

Toute ma vie, je me suis demandé si Fatboy Slim, avec un nom pareil, était gros ou mince, et pareillement si Little Big Man était grand ou petit. Ma quête existentielle de ces deux réponses fondamentales touche à sa fin : j’ai découvert récemment que le premier est un geek maigrichon comme vous et moi (façon de parler...), de surcroît fort sympathique et un peu plus âgé que je ne l’aurais cru.
Quant au second, il est joué (talentueusement) par Dustin Hoffman qui fait une taille tout à fait normale.

La vie est décevante.

 

¤¤¤

 

Scène vécue :

(La scène est dans la rue. Des gens défilent avec des drapeaux et des banderoles. Au milieu, un étudiant en col roulé chante l’internationale en agitant un drapeau « Peace » fantaisiste)

 

L’étudiant (beuglant) : C’est la lu-utte finale~

 

Un camarade manifestant : Hé, t’as pas une nuigrave ?

 

L’étudiant (perplexe) : Pardon ?

 

Le camarade (patient) : Je disais : t’as pas une nuigrave ?

 

L’étudiant (ethnologique) : Une « nui-grave » ? Ca se mange ?

 

(Le camarade, rigolard, fouille dans sa poche et en sort un paquet de cigarettes vide et froissé. Il le montre à l’étudiant en indiquant du doigt la mention « Nuit gravement à la santé. »)

 

Le camarade (pédagogique) : Une clope, quoi.

 

L’étudiant : *tristesse et consternation*

 

(Rideau. Toute ressemblance avec une situation réelle est parfaitement intentionnelle et me fait bien marrer.)

 

¤¤¤

 

Citation du jour :

« Un cygne, c’est juste une oie qui flotte ! »

 

Un camarade qu’on interrogeait sur le signe en linguistique.

 

¤¤¤

 

Coup de gueule :

L’autre jour, je discutais avec l’étudiant en médecine (et stagiaire émérite) qui remplaçait quelques minutes l’infirmière de mon bahut, laquelle infirmière était partie sauver des vies au péril de la sienne sous une identité secrète et avec une grande cape rouge.

Le sujet tombant sur les médocs que ce charmant garçon avait le droit d’administrer aux étudiants souffreteux autant qu’agonisants dans mon genre, j’appris qu’il était question qu’il disposât d’antidépresseurs comme ceux avec lesquels les gothiques tentent de mettre fin à leur existence pleine de malheur et de chansons de Simple Plan.

Un conseil en passant, les gars : tranchez bien le long de la veine du poignet, pas en travers, sinon vous risquez de vous rater. Merci. Et non, ne me faites pas de procès, je n’incite aucun fan de Simple Plan au suicide ; les enfants, le suicide, c’est mal – faites la philo, pas la guerre, et tout ça.

Pour en revenir à notre propos, mon interlocuteur m’apprit alors à mon grand désarroi qu’on allait faire distribuer un questionnaire aux élèves de secondaire de certains lycées, où figureraient des questions sur la drogue, l’alcool, et la vie des adolescents (qui est, comme chacun sait, si terrible que c’en est une pitié, et qu’on n’a pas demandé à venir au monde, et que tout ça est bien triste ma bonne dame.)

L’opération viserait à déterminer quels élèves dépriment salement, sont au bord du gouffre depuis la dernière défaite de Sochaux contre Saint-Étienne, n’en peuvent plus, n’ont plus envie de rien ou vont cochonner la journée de centaines de laborieux travailleurs en se jetant sur les rails de la ligne B du RER. (Initiative louable, s’il en est.)

Cependant, dans le questionnaire officiel, il y avait aussi cette question : « Avez-vous déjà pensé à la mort ? », indiquée comme un symptôme précurseur de la dépression galopante à tendance mélancolique.


A ceux qui l’ont écrite, je dis merde.

Penser à la mort, c’est pour ainsi dire le fondement de notre humanité ; l’anormalité serait plutôt de n’y avoir jamais pensé.

Si l’on écoutait les tartuffes bien-pensants qui ont rédigé ce questionnaire, Montaigne serait un vieillard asocial au bord du suicide, Nietzsche un fou bourré d’antidépresseurs, Kant un complexé à allonger de toute urgence sur le divan d’un psychologue et Léonard de Vinci un refoulé chronique. Cessons cette psychologisation abusive, que diable! – et qu’on ne prétende pas nous empêcher d’examiner ce qu’il est légitime d’examiner ! Pensons à notre mort, considérons-la en face, et constatons la brièveté de l’existence humaine – rien ne nous éloignera davantage du suicide !

 

¤¤¤

 

Et maintenant, une page de publicité :

Allez donc voir Sweeney Todd, de Tim Burton, avec Johnny Depp et Helena Bonham Carter. C’est une comédie musicale, ça a déjà gagné les Golden Globes du meilleur film et du meilleur acteur principal, et c’est vraiment brillant ; c’est sombre, sanglant, inhabituel, vintage, plein d’humour noir, de rocambolesque et d’accents british. En V.O. impérativement !

Par contre, signalons que le dernier Pennac est tout à fait dispensable ; je l'avais admiré en tant que créateur de la géniale tribu Malaussène, j'avais apprécié Comme un roman et pris du plaisir à lire Le Dictateur et le hamac, mais force est de reconnaître que son dernier livre -essai, devrais-je dire- ne vaut rien. Entre larmoiement complaisant, poésie à la petite semaine et attendrissement sur soi-même (sous couvert d'une critique sociale déjà rebattue), Pennac nous livre là un chef-d'œuvre d'ennui absolu à n'utiliser qu'en cas d'insomnie grave ou pour allumer un feu de bois réticent. 
Veni, vidi, ennui, en somme.

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Epilogue :

Dans cette note est résumée l’activité intellectuelle de toute ma semaine, à l’exception de la dissertation habituelle : on mesurera ici la profondeur conjointe de certaines réflexions qui peuvent venir durant les cours, des questions existentielles qui se présentent sans cesse à l’esprit du khâgneux, et de son constant souci d’en faire le moins possible. En attendant, bien sûr, de retrouver Agustin Oeste là où nous l’avions laissé...

Flob'

Petit guide pour n’être point damné :

Sauf ceux qui l’ignorent parce qu’ils n’en savent rien et réciproquement, tout le monde est persuadé de nos jours que la nouvelle, avec le cheval, le chien, la sécurité sociale et quelques autres, est la plus belle conquête de l’homme. Or, comme beaucoup de cavaliers et de cotisateurs pourront vous le confirmer, ce genre de conquête tourne rapidement à la rosse entre des mains inexpertes. C’est pourquoi (en tant que lecteur assidu de publications sur Internet et non en tant qu’auteur) j’ai décidé de publier ce pandémonium des défauts d’écriture qui selon moi méritent la damnation éternelle dans les flammes de l’enfer.

Dans une large mesure, c’est du second degré : je ne suis pas moi-même exempt de ces péchés, et je n’ai aucun droit à juger mes petits camarades plumitifs. Mais bon, castigat ridendo mores, comme disait l’autre ; il y a vraiment des vices agaçants, dans les fan-fictions comme dans les travaux originaux, et ce ne serait pas du luxe d’en corriger certains.

(Et bon sang, n’allez me taxer ni ce catholicisme, ni de sacrilège ; c’est pour de rire.)


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Orgueil :

(Ou égocentrisme, Mary-Sue-isme, narcissisme, et toutes sortes de noms d’oiseaux.)

Parce que tout le monde sait que vous vous identifiez à mort avec ce personnage très beau, surpuissant et héroïque dont la mort chevaleresque est un exemple pour les deux-tiers de l’humanité. Conseil d’ami : à l’avenir, avant de créer un personnage, prenez une douche glacée et faites ce test.

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Gourmandise :

(Ou syndrome des yeux plus gros que le ventre.)

On a tous commencé nos travaux d’écriture par prévoir un projet monumental qui devait transcender la Recherche du Temps Perdu, la relativité restreinte et générale, les critiques de Kant et l’intégrale de San Antonio tout à la fois. Inutile de dire qu’il faut s’en tenir à des ambitions plus réalistes s’il l’on veut publier un jour.

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Paresse :

(Ou politique du moindre effort.)

La paresse est sans conteste le péché capital de l’auteur : qu’on se le dise, écrire, c’est du boulot, beaucoup de boulot. Alors si vous n’êtes pas prêt à vous défoncer un peu, c’est même pas la peine de commencer à publier quoi que ce soit !

(Jouez plutôt au démineur, c’est moins fatigant, quoique.)

En vrac, ce qui dénote un manque chronique de boulot à la lecture : pas ou peu de description des décors ; le héros anonyme, amnésique et mystérieux, qui, outre son caractère cool et stéréotypé (les deux vont souvent ensemble), est souvent bien pratique lorsqu’on flemmasse à lui trouver un passé ; des personnages définis uniquement par leur profession et leur âge, voire une vague mention de la couleur de leurs cheveux ; des protagonistes sournoisement piqués dans d’autres histoires et à peine retouchés (« mais non, ce Byrano de Cergerac est un personnage tout à fait original ») ; le manque d’ambition de l’intrigue (« ah, heureusement que nous ne sommes pas dehors à nous battre contre ces deux cent mille extraterrestres et tu veux un sucre ou deux dans ton thé Bernard ? ») ; l’histoire, improvisée au fur et à mesure ; un style sujet-verbe-complément qui ne déparerait pas la méthode Assimil ; les fautes de frappes, dont certaines échappent parfois à la relecture, mais qui, quand elles sont trop nombreuses, font franchement foutage de gueule ; les erreurs de continuité flagrantes ; les intrigues "cliché" ou rebattues (« je suis ton père ! » D:) ; les dialogues tirés de Dawson (« j’arrive pas à dormir ! » *battement de cils*) ; les transitions trop brutales (« pendant ce temps-là, à Veracruz... »), et en général tout ce qui fait que votre texte ressemble plus à un indicateur d’horaires de chemin de fer qu’à la Comédie Humaine.

---

Luxure :

(Ou tendance à sombrer dans le libidineux.)

En soi, décrire des rapports sexuels dans une histoire n’est pas rédhibitoire ; c’est plus réaliste que de refuser obstinément des les considérer.

Mais ne sombrons pas non plus dans l’excès inverse, à savoir l’abondance de scènes gratuites de ce type : c’est invraisemblable, ça lasse le lecteur, et ça lui donne une idée assez douteuse de votre personne. Plus généralement, on préférera l’allusion sournoise qui laisse le lecteur libre d’imaginer ce qu’il veut selon ses propres désirs pervers ; ce sera plus satisfaisant et pour sa libido, et pour votre fierté si ce sont des connaissances à vous qui vous beta-readent.

(Et puis ça évite de devoir interdire ses écrits aux moins de 18 ans, auquel cas je n’aurais même pas le droit de me relire.)

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Avarice :

(Ou cupidité littéraire.)

Tout le monde déteste les auteurs qui larmoient après des commentaires, supplient le lecteur des mettre leurs histoires en favoris et se livrent à toutes sortes de manipulations en sous-main pour que le plus de gens possible tombent sur leur prose. Publier, ce n’est pas un concours de popularité ou de référencement dans les moteurs de recherche : si vous n’écrivez pas un peu pour vous-même, je ne suis pas sûr que vous arriverez à grand’chose.

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Colère :

(Ou ce qui résulte de la fierté mal placée.)

On voit de plus en plus d’auteurs qui répondent désagréablement à leurs commentateurs sous prétexte qu’ils s’attendaient à plus de louanges ou qu’on n’apprécie pas leur travail à sa juste valeur. Une fois pour toutes, comprenez bien que vous n’êtes pas votre texte, et qu’en aucun cas une critique constructive n’est une attaque personnelle. (Sauf si on vous y traite de con, mais dans ce cas ce n’est plus vraiment une critique constructive.)

Les gens qui commentent prennent le temps de lire votre prose et d’écrire un message juste pour que puissez vous améliorer ; la moindre des choses est de répondre poliment et de tenir compte des remarques qu’on vous a faites. Comme vous n’êtes pas infaillible et parfait, cela vous permettra aussi de progresser.

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Envie :

(Ou mauvaise foi jalouse.)

Que vous écriviez ne doit pas vous empêcher de considérer d’un œil froid et impartial les publications des autres ; si vous commentez des histoires, tâchez de ne pas vous demander systématiquement si c’est mieux ou moins bien que votre propre production, mais essayez plutôt d’apporter de l’eau constructive au moulin de l’auteur, si vous voyez ce que je veux dire. Si vous ne voyez pas, abandonnez la littérature et tournez-vous vers le bridge.

---


Il va de soi que selon ces critères, je suis excommunié depuis déjà longtemps ; et vous, lecteurs, quels sont les vices d’écriture dont vous êtes coupables, que je m’abstienne de vous absoudre ? (Vous pouvez aussi ajouter vos résultats au test de Mary-Sue-isme si ça vous chante, ce serait marrant.)

N°4: Entracte.

  • Dec. 30th, 2007 at 8:57 PM
Flob'
N°4 : Entracte.

(La scène est dans le salon d'un studio exigu mais décoré avec goût, sobrement, dans un style moderne. Au centre de la pièce, une table basse, un sofa blanc et deux fauteuils.)

(Entre Agustin Oeste, un mug de café noir dans une main, un journal plié en quatre dans l’autre.)

 

Agustin : (distrait par sa lecture) Aliocha, tu n’aurais pas vu le chapitre d’aujourd’hui des nos aventures ?

 

Aliocha : (voix distante, qui vient d’une autre pièce) Le quoi ?

 

Agustin : (même jeu, un peu plus fort) Le chapitre !

 

Aliocha : (voix plus inquiète) Ah, mais c’était pas toi qui l’avais ?

 

(Agustin boit une gorgée de café, s’assied dans le sofa et pose le mug sur la table)

 

Agustin : (avec lassitude) Je te l’ai confié hier, quand tu m’as parié solennellement que tu resterais sobre toute la soirée.

 

(Aliocha rentre dans la pièce, en pyjama, les yeux cernés, les cheveux ébouriffés, l’air d’avoir une gueule de bois pas possible)

 

Aliocha : (avec effort) Le pari... Ah oui, le pari...

 

(Silence consterné)

 

Aliocha : (contrit) Je crois que je te dois dix balles, alors.

 

Agustin : (à part, sarcastique) J’avais cru le deviner. (à Aliocha) Donc, tu l’as perdu ?

 

Aliocha : Le pari ou le chapitre ?

 

Agustin : Les deux.

 

(Aliocha réfléchit un moment, regarde le plafond, compte sur ses doigts, puis semble trouver quelque chose)

 

Aliocha : Mais non ! ... Le chapitre est posé sur... sur... (un temps) ça alors, je l’ai sur le bout de la langue ! ...

 

Agustin : (patiemment) Sur la table de la cuisine ? Sur le toit de l’immeuble ? Sur Uranus ?

 

(Aliocha ne prête pas attention à l’énumération de son camarade et continue à marmonner des paroles cabalistiques et incompréhensibles)

 

Aliocha : (pensif) C’est dingue ça, plus moyen de m’en souvenir.

 

Agustin : Quiconque t’a vu hier danser la rumba avec ce portemanteau emploiera le mot « dingue » moins à la légère.

 

Aliocha : Mais comment va-t-on... Hé, j’ai fait quoi, hier ?

 

Agustin : (amusé) Non, je plaisante... Pour ton information, tu as « juste » vomi avec une abondance peu commune sur le costume violet -par ailleurs hideux- d’Ainsworth, lequel ne t’en tient pas rigueur. D’ailleurs, ledit costume était presque plus joli avant qu’après, mais nous nous égarons... Donc, tu n’as plus le chapitre ? Plus du tout ?

 

Aliocha :  Bah, non.

 

Agustin : Par conséquent, nous n’avons strictement rien à publier cette semaine.

 

Aliocha : Rien du tout.

 

(Agustin et Aliocha se regardent, indécis)

 

(Entre l’Auteur, dans un état similaire à celui d’Aliocha)

 

l’Auteur : (las, aux protagonistes) C’est bon, les gars, allez cuver votre alcool ! Je peux tout expliquer.

 

Agustin : (à part, incrédule) Voilà une affirmation intéressante.

 

l’Auteur : (aux spectateurs) Vous l’avez sans doute compris, ce furent des fêtes éprouvantes. J’ai bien tenté d’écrire deux-trois lignes entre deux coupes de champagne, mais elles n’étaient guères reluisantes. Or, le chapitre quatre contient des éléments indispensables à l’intrigue – j’ai préféré ne pas le sauter, et justifier ce manquement à la routine par une pitoyable saynète...

 

Aliocha : (indigné) Pitoyable toi-même !

 

Agustin : (même jeu) Mais pour qui se prend-il, avec sa majuscule ?

 

l’Auteur : (imperturbable) Nous vous quittons donc en vous souhaitant...

 

Agustin : ...de joyeuses fêtes...

 

Tous : (en chœur, avec candeur)... et une bonne année !


(Rideau.)


l’Auteur : (soulève un coin du rideau) Et allez donc jeter un coup d'oeil à ma dernière vidéo ! (le rideau retombe lourdement)

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