Il est de retour ! Encore plus grand ! Encore plus roux ! Encore plus banal !
Dans ce chapitre, tremblez face à la gueule du volcan éteint !... Contemplez, éberlués, le « siège du Diable », avec Abigail et Aliocha !... Mangez du pop-corn avec indifférence pendant que notre héros ne résout rien du tout !
(Les sept premiers chapitres sont ici. Plus que deux...)
(Edit : Je hais la neige.
Chapitre 8 : De l'importance d'une alimentation équilibrée.
Agustin, faute de savoir quoi faire pour prévenir toutes des disparitions spontanées (ou pour remédier à celles qui s'étaient déjà produites), fit ce que tous les héros de romans d'aventure négligent quand ils sont confrontés à des circonstances étranges et inquiétantes : il décida de partir déjeuner.
Car il se souvenait encore des enseignements de l'école militaire : confronté à un blessé, il fallait toujours, lui semblait-il, s'assurer d'abord que sa propre position était sans danger avant de le secourir – sans quoi il se fût agi d'efforts vains. L'analogie était un peu tirée par les cheveux ; avant de porter secours à son honneur blessé, le grand roux décréta pourtant qu'il devait assurer sa propre conservation – et celle-ci passait par une collation copieuse, et éventuellement une sieste. Puisque les habitants du village avaient été évacués d'une façon ou d'une autre, rien ne pressait dans la résolution de l'énigme... Il pouvait bien s'extraire un instant de cette histoire insensée.
Avec un dernier regard pour le cratère qui, deux heures plus tôt, était un charmant village médiéval, notre vaillant héros s'engagea donc de nouveau sur les chemins vicinaux au coin desquels, comme chacun sait, l'aventure attend les aventureux (et les victuailles les affamés).
Et, comme cela arrive souvent, son esprit vaqua tandis qu'il marchait, et tâcha de démêler le bizarre nœud gordien qui venait de lui échoir, lui qui n'avait jamais demandé à personne de dominer quoi que ce soit. Il sentait bien que la solution résidait quelque part dans son esprit – qu'il l'avait pour ainsi dire sur le bout des synapses ; mais celle-ci ne lui revenait pas plus que le rêve étrange qu'il venait de faire, lequel ne lui évoquait guère que la vague silhouette d'un épouvantail vêtu –détail étrange– d'un uniforme de la Royal Navy.
Tarasque, Tarasque... Ce mot également avait en lui il ne savait quel écho profond – l'idée d'un devoir, comme si on lui avait confié une mission importante longtemps auparavant. Il sentait bien que c'était la seule façon de donner un sens à cet imbroglio dantesque, mais malgré ses efforts de réflexion il ne parvenait pas à poser le neurone dessus.
Plus il tâchait de se souvenir, moins il y parvenait ; la situation devint rapidement frustrante, d'autant qu'il avait le ventre creux. Quand il descendit dans le chemin (creux lui aussi !) qui menait à la pension, il décida pour se détendre de s'accorder une cigarette ; toutefois, ce jour-là, tout était ligué contre lui, car, la clope aux lèvres, il ne parvint plus à retrouver son briquet.
Il leva alors les yeux : devant l'hacienda blanche, à sa surprise modérée (il venait de vivre des évènements autrement plus étonnants) se détachait nettement une fine silhouette féminine dans un imperméable beige seyant mal à la saison, qui lui tournait le dos. Tous ces ennuis l'avaient échaudé : aussi s'approcha-t-il avec une furtivité féline, et, quand il fut arrivé derrière elle, se contenta-t-il de lui tapoter légèrement l'épaule.
« Excusez-moi, madame, fit-il sur le ton le plus urbain du monde. Auriez-vous du feu ? »
Au moment exact où notre héros proférait cette absurdité, Abigail et Aliocha parvenaient, à travers le maquis, jusqu'au sommet du volcan, et débouchaient sur les bords du lac.
Mais avant de poursuivre, permettez-moi de digresser sur un sujet qui va nous occuper sous peu : il s'agit de choses évidentes pour nos protagonistes – mais prenons garde qu'elles le soient aussi pour le lecteur.
Aussi loin qu'on pût se souvenir, la Société des Agathes (1) avait existé, et, quoiqu'elle n'eût guère assumé au fil des siècles de rôle politique fameux, sa présence était abondamment documentée par les travaux des historiens présents et anciens. Sa devise, « Tant la quiert qu'on y parvient », était un ajout tardif : son origine était sans doute à chercher dans un poème de François Villon, dont on ignorait s'il avait ou non été membre de la Société. Quant à son nom, traduit de façon semblable dans de nombreuses langues, il permettait seulement de supposer que le créateur était helléniste – ou peut-être même un grec ancien. Nul ne le savait, et nul ne saurait : les membres insistaient pour détruire entièrement leurs archives tous les ans, à l'exception d'une charte traduite et transcrite en de nombreux exemplaires, et dont l'original avait été depuis longtemps perdu. On adhérait en étant parrainé par douze membres sans lien de parenté avec soi, une condition excessivement difficile qui n'empêchait pas les effectifs de ne pas désemplir.
Du reste, le secret n'était de mise que sur certains aspects, tandis que d'autres faisaient l'objet d'une publicité ouverte : leur but –rechercher le bonheur sur cette Terre en l'incertitude de celui qu'on promettait dans l'au-delà– était partout proclamé.
En revanche, personne ne savait comment, sans carte ni tatouage, les membres pouvaient infailliblement se reconnaître les uns les autres, ni quelle force avait garanti qu'aucun traître n'eût jamais vendu la clé de ce mystère au monde extérieur – lequel était, comme on l'imagine, avide de la connaître. La liste exacte des membres qui, du fait de l'incinération annuelle des archives, ne pouvait sans doute être tenue ou conservée, était un autre objet de curiosité. Il semblait que quiconque voulait entrer sincèrement trouvait comme par hasard sur son chemin les douze parrains nécessaires, et qu'au contraire les espions potentiels ne parvenaient pas à rencontrer un seul membre. La plupart de ceux qui parvenaient à adhérer cessaient tout à fait d'en parler aux profanes, bien qu'ils poursuivissent par ailleurs une vie parfaitement normale.
Enfin, la nature des activités auxquelles, dans des demeures isolées, ils se livraient pour atteindre le bonheur restait nébuleuse. Certains prétendaient qu'ils s'adonnaient à des rites sataniques, d'autres, en général avec un sourire égrillard, à des orgies, et les plus raisonnables enfin, qu'ils lisaient leur journal au coin du feu en devisant gaiement. En effet, les quelques hommes qui se revendiquaient publiquement de leur appartenance à la Société –en général des scientifiques, des écrivains ou des artistes– n'étaient guère sulfureux, et l'on pouvait déduire de leurs propos que les Agathes avaient plutôt l'air d'un club britannique que du culte de Baal. Les paranoïaques qui y voyaient un complot mondial étaient donc peu nombreux, d'autant, nous l'avons dit, qu'elle avait existé depuis l'aube de l'Occident et qu'on avait bien fini par s'habituer à sa présence.
Cela précisé, reprenons.
Ceux qui dans notre récit représentaient la folle jeunesse (ou l'épithète homérique que vous voudrez) arrivèrent donc au bord du lac en demi-lune qui surplombait le village (ou plutôt le trou fumant qui en tenait désormais lieu) – et qui était éloquemment nommé « Lac de Folpense ».
Là, ils s'arrêtèrent un instant, parce que c'était beau.
Les eaux, réputées les plus pures de la région, étaient du turquoise clair des plages tropicales, quoiqu'elles fussent bordées d'un épais bois de pins et de chênes, dont les racines enserraient d'énormes rochers noirs jadis vomis par la gueule du volcan. L'un en particulier, plus gigantesque encore que les autres, s'élevait au-dessus de la canopée : comme sa forme évoquait vaguement un trône, on l'avait surnommé « le siège du Diable », parce que Cthulhu seul sait à quel point les paysans aiment nommer des choses d'après le Diable – particulièrement quand elles sont noires et biscornues. En vérité, il y avait quelque chose d'étrange dans la façon dont il émergeait du sol et des arbres pour s'avancer au-dessus des eaux, presque au centre exact de la cuvette circulaire que formait le cratère volcanique ; mais le nom inquiétant avait sûrement aussi à voir avec cette impression.
Les bords du lac étaient tout à fait vides, et assez propres à la méditation romantique ; nos héros s'assirent.
« Les bords du lac sont tout à fait vides, remarqua Aliocha.
- Et même assez propres à méditer de façon romantique ! renchérit son interlocutrice. »
Puis le vent qui se levait agita les mèches (romanesques) des gosses, et ils se regardèrent en silence.
« Tu sais, Aliocha, reprit Abigail, toute cette histoire est bizarre... Les disparitions que tu m'as racontées, on dirait vraiment le genre de suggestions que feraient des médiums.
- Ça existe vraiment, ces trucs-là ?
- Bien sûr ! Ce n'est pas parce que la science sèche là-dessus que ça n'existe pas !... Enfin, je dois t'avouer que notre situation est un peu particulière. Et le pire, c'est que... Non, oublie ça.
- Comment ça, « oublie ça » ? Qu'est-ce que tu voulais dire ?
- Je... je crois que tout ça un rapport avec toi.
- Plaît-il ? »
Aliocha prit ce bel air abasourdi qui lui allait si bien.
« Depuis le début, expliqua la jeune fille, j'ai senti que tu étais –comment dire ?– spécial.
- Dans... euh... le sens que j'imagine ? fit le russe blanc qui virait au rouge vif.
- Mais non, idiot ! Je veux dire qu'il y a une tache obscure dans ton esprit, quelque chose de caché – un peu comme dans celui mon frère.
- Qu'est-ce qu'Agustin vient faire là-dedans ?
- Je ne sais pas... je ne sais vraiment pas. Je sais juste qu'il pourrait y avoir là-dessous quelque chose que nous ne soupçonnons pas, et ça m'inquiète un peu. »
Et sur ces paroles prophétiques, les jeunes gens reprirent leur silence pensif.
Pendant ce temps-là, devant la maison d'hôtes, une femme mystérieuse se retournait, sans surprise apparente, vers l'Oeste affamé.
Celui-ci, en la voyant de face, marqua un temps d'arrêt : ses cheveux noirs, coiffés à la garçonne –c'est-à-dire si démodés qu'ils en devenaient très modernes–, son long visage fin, un peu austère, qui paraissait à peine trente ans, et ses grands yeux bruns lui disaient quelque chose. Tandis qu'elle cherchait flegmatiquement dans la poche intérieure de son imperméable le briquet sollicité, Agustin se permit de l'interroger.
« Excusez-moi mais... nous connaissons-nous ?
- Peut-être, fit-elle d'une voix profonde. Dans les milieux que je fréquente, on m'appelle Tara, esq.
- Esquire ? Je croyais que seuls les hommes pouvaient être chevaliers en Grande-Bretagne.
- C’est que je suis avocate américaine, et non noble britannique (2). »
Et Tara de lui tendre un briquet d'argent où était gravée en français une étrange devise, Tant la quiert qu'on y parvient.
« Je vous ai donné mon nom, ajouta-t-elle. Puis-je connaître le vôtre ?
- Agustin Oeste, simple estivant.
- Ah ! Peut-être pourrez-vous m'aider !
- J'en serais ravi.
- Pouvez-vous m'indiquer la route de Folpense ? »
Agustin ouvrit la bouche, prêt à répondre, quand une pensée l'arrêta : Tara esq., ça ressemblait beaucoup à un mot qu'il avait entendu répéter récemment... Sans qu'il sût pourquoi, le sentiment diffus d'un danger s'empara de lui.
Ses pensées peinèrent un instant ; Tara, esquire... Tara-esq... – Tarasque !
Soudain, tout lui revint – avec une telle force que ses facultés intellectuelles s'en trouvèrent engourdies.
Avant qu'il pût y réfléchir, son corps réagit et lança un grand crochet du droit dans la direction de son interlocutrice ; celle-ci l'esquiva sans le moindre effort, de même que le second coup de poing qu'il lui décocha. En revanche, son coup de genou à elle trouva bien sa cible, l'estomac de l'Espagnol, que la douleur plia en deux. Avec une grâce irréelle, elle répéta son coup, et acheva son adversaire d'une manchette précise dans la nuque. Perdant l'équilibre, Agustin chut en avant et se retrouva le nez dans la poussière, à quelques centimètres d'un haut talon noir – lequel se permit, en guise de conclusion, de lui taper légèrement le front.
« Ce n'était pas ma meilleure idée », commenta-t-il intérieurement.
À suivre...
(1) « Agathos » = bon, en grec ancien (pour les handicapés des langues mortes qui nous lisent).
(2) Voir cet article.
Poll #1345490 Que va faire Agustin ?
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Dans le prochain chapitre, Agustin va...
...continuer à se battre bêtement.![]()
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...se demander si un malentendu ne s'est pas produit.![]()
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...s'enfuir à toutes jambes.![]()
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- Location:"I feel like I live in a world made of... cardboard."
- Mood:
Blah. - Music:Chicago OST, "We Both Reached For The Gun"
Electre : Demande au mendiant. Il le sait.
Le mendiant : Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s'appelle l'aurore. »
(Jean Giraudoux, Electre, Acte II, scène 10.)
Non, vous n'avez pas rêvé, c'est bien un nouveau chapitre des Mirifiques Aventures que je vous offre aujourd'hui, avec 50% de dialogue ennuyeux supplémentaire ! et des vrais morceaux d'explication dedans. Mais avant, partageons un petit moment de misère humaine que j'ai vécu dans le métro.
(La scène est dans le métro parisien. Deux jeunes filles discutent du baccalauréat qui s'approche, à deux pas d'un étudiant assis sur un strapontin et qui lit un épais roman.)
Cruche n°1 : Mais Hitler, il était pas communiste ?
L'étudiant : (facepalm)
(Toute ressemblance avec une situation réelle me fait bien marrer.)
Chapitre septième : Où l’on s’explique enfin !
Abigail Azad était de ces personnes qu’une intense vie intérieure ne dispensait pas de se tourner vers autrui, bien au contraire ; elle tenait à faire partager ses illuminations au reste du monde, qu’il le veuille ou non. Aussi, et bien qu’Aliocha fût intimidé par les airs mystiques que la sœur d’Agustin se donnait, les deux jeunes gens engagèrent-ils une discussion amicale à leur réveil. Qu’on ne s’étonne pas de l’aspect décalé d’une telle conduite en un tel lieu ! Entre gens du meilleur monde comme l’étaient nos héros, entretenir la conversation est un devoir prioritaire, bien plus que de s’étonner des mystères et autres deus ex machina vulgaires qui pouvaient se produire.
Contrairement à Agustin, ils s’éveillèrent là où ils s’étaient assoupis. C’était un confort qu’ils n’appréciaient guère, dans leur insouciance... La fin de leur sieste ne fut pas pourtant exempte de surprises : en premier lieu, il était naturel qu’ils se demandassent quelle force les avait poussés à s’assoupir si brusquement, et à s’éveiller de même. Ils trouvèrent aussi un sujet d’inquiétude (assez modeste, il est vrai) dans l’absence d’Agustin.
Inquiétude modeste, car cet homme –qui leur apparaissait à tous deux comme un frère et un mentor– était à leur avis amplement capable de se débrouiller seul. De surcroît, ils ne savaient s’il avait succombé à la même torpeur qu’eux, ou s’il était parti en chercher la cause ; auquel cas ils n’avaient qu’à se tourner les pouces en l’attendant. Ce qu’ils commencèrent à faire sans délai.
« C’est quand même bizarre, toute cette histoire, fit Aliocha d’un air mystérieux.
- Tu as une idée là-dessus ?
- Ah, euh, non, pas vraiment... Je disais juste ça histoire de discuter. De toute façon Agustin va régler le problème, comme d’habitude !
- Comme d’habitude, murmura Abigail avec une pointe de lassitude.
- Ça t’ennuie, on dirait.
- Non, non, se justifia-t-elle. J’ai juste un mauvais pressentiment. Et puis les cartes...
- Ne me sors pas le tarot, protesta le jeune homme en ricanant, il y a un truc qui t’ennuie et c’est pas les astres.
- Ce ne sont pas, corrigea-t-elle automatiquement. Et puis qu’est-ce que tu en sais, au juste ?
- Tu m’as dit avant-hier que le tarot, c’était des conneries.
- Bon, c’est vrai que... Enfin... T’en n’as pas marre, toi, de laisser mon frangin faire tout le boulot ?
- C’est plutôt reposant.
- Ennuyeux, reprit-elle.
- Qu’est-ce que tu veux y faire ?
- Je n’sais pas, moi, enquêter, agir, faire quelque chose !
- Monter jusqu’au lac, ça te dirait ? proposa-t-il après un long silence concentré. C’est pas l’aventure, mais ça va nous occuper.
- Ça me va. »
Et les voilà partis vers le sommet du volcan, pour des péripéties modérément utiles et raisonnablement mystérieuses. Qu’arrivait-il à Agustin pendant ces palabres ?
Agustin regardait l’épouvantail, et réciproquement. Celui-ci s’était arrêté en plein milieu d’une phrase et avait penché sa tête de paille, comme s’il entendait un bruit suspect. Or Agustin n’entendait rien que le vent qui soufflait dans sa tignasse rousse...
Mais soudain, il y eut derrière notre héros comme un grognement sourd, qui s’amplifia et se gonfla bientôt pour devenir un miaulement gigantesque. Le vaillant Espagnol resta pétrifié quelques secondes. Puis, il commença à se retourner, lentement et sans gestes brusques –c’est-à-dire sans autre geste brusque que le sursaut de surprise qu’il eut en découvrant ce qui venait d’atterrir derrière lui.
C’était... une espèce de félin géant, noir, échevelé, qui devait faire près de deux mètres au garrot. Sa tête était trop grosse, d’une rondeur étonnante, et recouverte comme une pelote d’épingles d’une constellation de moustaches rigides ; dans cette masse sombre et hirsute se dégageaient deux yeux verts, ronds, et deux rangées de dents acérées si blanches qu’elles semblaient briller de leur propre éclat. Ajoutez à cela de longues oreilles saillantes, semblables aux cornes d’un diable, et des pattes griffues, et vous aurez une idée de l’effroi que ressentit alors Oeste.
Çà et là, des morceaux de tissu semblaient avoir été cousus sur sa fourrure ébouriffée, et lui donnaient l’air d’une peluche rapiécée ; mais son sourire inquiétant n’avait rien d’agressif. Agustin se souvint alors que ce n’était qu’un rêve –du moins le croyait-il– et reprit ses esprits.
« Et vous, demanda-il calmement à la créature, qu’êtes-vous, au juste ? Et pouvez-vous me dire ce que je fais ici ? »
Et à sa grande surprise, le félin répondit, d’une voix sifflante :
« Pas d’impatience, petit homme. Vous aurez toutes les réponses en temps voulu.
- Vous me fatiguez avec vos charades. Venez-en au fait !
- Pour commencer, mon nom est Orco, et je suis un croquemitaine.
- Admettons – où suis-je, et pourquoi y suis-je ?
- Vous êtes dans notre monde, les Limbes : c’est Scarecrows qui vous y a fait venir, parce que nous avions besoin de vous.
- Merveilleux, commenta le jeune homme avec agacement. Cela n’aurait-il pas un rapport avec Folpense, par hasard ?
- Si, bien entendu... Mais je vous sens incrédule. Laissez-moi vous expliquer. »
Agustin se contenta de hocher la tête d’un air défiant, prêt à se réveiller d’un moment à l’autre de ce songe étrange. Le croquemitaine reprit, d’une voix de conteur.
« Notre monde existe depuis que vous avez commencé à vous inventer des Dieux pour peupler le ciel... C’est une sorte d’inconscient collectif, un imaginaire universel qui s’est mis à exister de lui-même... Un lieu où se réfugient les victimes du scepticisme moder...
- Epargnez-moi la métaphysique de comptoir, de grâce ! coupa Agustin. J’ai lu suffisamment de romans fantastiques pour savoir au mot près ce que vous allez me dire.
- Parfait, parfait, cela me simplifie la tâche ! » répliqua Orco, pas le moins vexé du monde.
« Nous autres créatures des Limbes, » continua-t-il sur un ton plus neutre « avons en général le pouvoir d’agir sur les humains par la pensée – et par la pensée seulement ! Nous pratiquons habituellement la non-ingérence : pour vivre heureux, nous vivons cachés. Mais il y a peu, nous avons laissé échapper dans la nature –celle de votre monde– un camarade fort dangereux, que nous tenions prisonnier depuis plusieurs siècles, la Tarasque.
« Mais je m’embrouille... Il faut d’abord que vous sachiez que les habitants d’ici n’ont pas habituellement le pouvoir de se rendre sur Terre : ils sont des esprits sans corps – et votre esprit à vous est trop attaché à votre corps pour que vous puissiez nous rejoindre. Seuls de rares élus, les hiérophantes, possèdent la malformation nécessaire pour visiter les deux mondes : une âme mal fixée à leur corps, qu’on peut arracher et transporter temporairement dans l’autre monde. La contrepartie ? En général, ils meurent jeunes ; leur esprit est fragile. Ce n’était pas le cas de la Tarasque ; en revanche, c’est le vôtre.
« Bref, nous avons conclu que c’était un autre hiérophante, comme vous, qui était venu dans les Limbes et avait prêté son corps à la Tarasque, dans un but inconnu. La Tarasque est une bête constamment affamée ; en son cœur est un gouffre sans fond où elle peut tout engloutir, matière et esprit. Elle a déjà dévoré Folpense, et nous n’avons pu sauver ses habitants que de justesse – lorsqu’ils rêvent, les humains sont plus vulnérables à notre influence, et nous pouvons les contrôler comme des marionnettes ; nous les avons donc évacués pendant la nuit vers une ville voisine.
- Pourquoi ne pas avoir utilisé une de ces « marionnettes » pour empêcher la Tarasque de nuire, alors ?
- Trop de différence de force entre un humain normal et un possédé – et puis nous n’aimons pas utiliser les gens contre leur gré.
- Donc l’illusion d’Ainsworth, c’était vous aussi, conclut Agustin sur un ton étrangement apathique. Et c’est vous qui nous avez endormis.
- Oui. La Tarasque allait avaler Folpense d’un instant à l’autre, c’était la seule solution pour vous sortir de ce guêpier ! intervint Scarecrows. Et si nous avons endormi vos deux camarades, c’est bien sûr pour préserver le secret des Limbes. S’ils vous avaient vu vous volatiliser, ils auraient conçu des soupçons... Mais cela ne règle pas le problème de la Tarasque.
- Et vous proposez quoi, pour régler ce problème ? » s’enquit son interlocuteur avec un air de s’en foutre.
Scarecrows et Orco hésitèrent un instant, visiblement gênés. Le croquemitaine chercha ses mots un instant, bredouilla, puis se lança :
« Comme vous êtes un hiérophante... vous pourriez, comment dire... vous laisser posséder par moi ; je me servirais de votre corps pour aller sur Terre et vaincre la Tarasque, et je vous laisserais tranquille ensuite. Ce serait l’affaire de quelques heures... Qu’en pensez-vous ?
- Il n’en est pas question.
- Pardon ?
- Vous n’aimez pas « utiliser les gens contre leur gré » ? Ça tombe bien, je refuse.
- Mais vous ne comprenez pas, la Tarasque est terriblement dangereuse ! Des vies sont en jeu !
- Je ne me suis jamais laissé commander par les produits de mon inconscient, et ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer. Votre histoire est si invraisemblable que j’ai honte de l’avoir rêvée... Adieu, messieurs, je vais chercher une issue à ce songe idiot ! »
Ce disant, il tourna les talons avec un mécontentement visible.
Mais son pied buta sur quelque chose ; il se baissa : une racine le retenait. Avec terreur, il la vit se recourber autour de sa jambe et la serrer, de plus en plus fort. Soudain, une autre jaillit à sa droite et lui saisit le bras ; à gauche, une troisième s’enroulait déjà sur son épaule. Derrière lui, une branche tortueuse se saisit de son cou ; des ronces remontèrent le long de ses jambes, l’enserrant dans un filet sinistre et douloureux. Les jambes, les bras entravés par cette prison végétale, il sentait l’étreinte se resserrer toujours plus, déchirer ses vêtements, sa peau. Le corps entier contracté par des spasmes de panique, il attendait de se réveiller de ce cauchemar atroce. Mais le réveil ne vint pas. Se pouvait-il que les Limbes existassent vraiment ? pensa-t-il, tandis qu’Orco lui bondissait dessus.
« Désolé, petit homme, murmura le Croquemitaine. Ta sottise ne nous donne pas le choix. »
Et il disparut dans une bouffée de fumée grise au contact d’Agustin.
« Il l’a absorbé... Il ne reste plus qu’à vaincre la Tarasque » commenta Scarecrows à voix basse.
Un instant plus tard, Agustin se réveilla dans la bruyère près de Folpense, la tête pleine des échos d’un rêve insolite. Il se frotta un peu l’occiput, eut froid ; par un temps si beau, c’était étrange. Plus le temps passait, plus le souvenir de sa vision devenait confus... Il lui semblait de toute façon qu’il avait des choses autrement plus importantes à penser. Il se releva d’un bond, bailla, s’étira bruyamment.
« Hé, Abi, tu ne devineras jamais de quoi j’ai rêvé ! » annonça-t-il d’une voix forte.
Le vent dans les montagnes lui répondit.
Il se rendit alors compte que les deux gosses s’étaient subrepticement barrés. Où diable étaient-ils allés se fourrer ?
À suivre...
Poll #1181841 Que va faire Agustin dans le prochain chapitre ?
Open to: All, detailed results viewable to: All, participants: 2
Agustin va...
Monter jusqu'au lac.![]()
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0 (0.0%)
Retourner à la pension pour se nourrir, parce que dans tout ça il n'a toujours pas déjeuné.![]()
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2 (100.0%)
Retourner examiner les ruines de Folpense.![]()
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0 (0.0%)
- Location:Under the sea, in an octopus's garden in the shade~
- Mood:
Caféïné. - Music:The Beatles - I Want You (She's So Heavy)
Oui, je sais, c'est plus mystérieux (et incompréhensible) que jamais, mais des explications ne sauraient tarder à arriver, à commencer par celles qui concernent cet inexplicable changement de scène... Ne vous inquiétez pas, tout est prévu. En attendant, votez ! (Et n'hésitez pas à me faire remarquer, comme toujours, les fautes de frappe/de grammaire qui se sont immanquablement glissées dans le texte. J'ai relu soigneusement, mais je ne suis pas infaillible...)
Bonne lecture !
Chapitre sixième : Comment Agustin Oeste se retrouva dans une sombre forêt, et ce qui s’ensuivit.
Il sembla à Agustin Oeste qu’il ouvrait les yeux.
Toutefois, après les événements baroques et patibulaires qui venaient de survenir dans ses paisibles vacances, le jeune homme ne pouvait être sûr de rien : si des villages disparaissaient pendant qu’on avait le dos tourné, si des créatures pour le moins agressives arpentaient la campagne méditerranéenne, et si l’on laissait, cerise consternée sur le gâteau de la confusion, des moutards de nationalité mal définie se promener dans tout ce foutoir, comment être sûr qu’on était bien éveillé ? C’est donc avec incrédulité, que dis-je, avec scepticisme, que l’Espagnol souleva les paupières, prêt à se trouver face à un nouveau changement rocambolesque de l’ordre pantouflard des choses.
Il ne fut pas déçu.
Tandis qu’il était sûr de s’être endormi quelque part entre une montagne et un cratère fumant, à côté de deux turbulents gamins, ses pupilles embrumées contemplaient maintenant ce qui ressemblait fort à un chemin creux. Diable ! se dit-il, car il n’avait pas peur des mots, diable ! donc, on m’aura trouvé et ramené à l’abri. Hélas, cette hypothèse résistait mal à l’analyse : d’abord, l’endroit avait l’air enneigé, ce qui est inhabituel pour la Méditerranée en plein été. Et puis qui était-ce, « on » ?
Agustin se releva avec embarras, frotta un instant ses articulations endolories, et jeta un coup d’œil circulaire au patelin où il se réveillait –à peine moins gracieusement que l’escargot qui vient de naître. Le première chose qu’il remarqua (avec sagacité, accordons-le-lui) était qu’il faisait diablement froid. Outre cela, il se trouvait dans un chemin encaissé, bordé d’arbres patibulaires et décharnés dont les branches s’étiraient vers lui comme les doigts crochus d’un ogre rhumatisant ; pas une feuille à l’horizon, que de la neige boueuse, presque liquide, qui s’accumulait par endroits dans le sous-bois environnant ou fondait en une gadoue brunâtre là où notre vaillant héros était assis un instant auparavant.
A sa droite, le chemin remontait vers une colline peu glorieuse mais fort fangeuse où se dressaient, ainsi que des cheveux sur le crâne d’un quinquagénaire, quelques arbres hirsutes. De l’autre côté, il devenait plus profond encore, et descendait sous une voûte de branches rachitiques vers un bois de conifères plutôt compact. Et c’était à peu près tout ce qu’Agustin pouvait voir, attendu que le bois moribond où il se trouvait lui masquait la vue, et que la bassesse de sa position au fin fond d’un chemin creux –dans ce qui présentait toutes les caractéristiques du postérieur du monde– l’empêchait de contempler les horizons infinis.
Contrairement à nous, Agustin n’était pas d’humeur à faire des phrases : toutes ces péripéties improbables par lesquelles on tenait à le faire passer commençaient à lui agiter les badigoinces. Il existe en effet de ces héros anonymes et amnésiques qu’il est facile de trimbaler dans tous les sens, tant est pathétique la docilité avec laquelle ils acceptent tous les malheurs arbitraires qui s’abattent sur leur figure neurasthénique. La littérature compte tant de ces victimes-nées qui semblent créées pour souffrir sous la plume malicieuse d’un auteur sadique ! On ne connaît rien de leur passé, on sait de leur futur qu’il sera tragique, et on sait surtout que derrière tout ça un écrivain perfide s’amuse de leur souffrance ; le problème est juste qu’il est le seul à se distraire. Le pantin énigmatique qui lui tient lieu de personnage passe trop de temps à s'exciter en vain pour voir l’ironie de la situation, et le lecteur cynique à qui il est profondément indifférent (et réciproquement) s’enquiquine comme un rat crevé.
Néanmoins, Agustin était loin d’être l’un d’entre eux. Lui, il avait du caractère, et trop de dignité pour se laisser mener en bateau dans les délires de son junkie d’auteur ! Pas question d’admettre ces changements de scène inintelligibles, ces explosions douteuses et ces personnages qui tombaient inexplicablement à pic ; il était bien décidé à s’en sortir, et à trouver des explications à peu près rationnelles à tout ce qui lui tomberait sous la main. Mais le destin (c’est à dire, en toute modestie, le rédacteur de cet humble fafiot) avait aussi sa petite idée à ce sujet...
Revenons-en pour l’instant à notre chemin creux, où Oeste se secouait avec agacement pour chasser de son épaisse tignasse rousse la boue et la neige. La désagréable surprise d’être mené en bateau par un destin inconséquent avait fait place à celle, plus concrète, d’avoir le fond de pantalon trempé, le chandail souillé de vase gluante, et les semelles décollées par trop d’humidité.
Qui dira le tragique extrême des vêtements mouillés qui vous démangent perfidement, alourdissent vos mouvements et vous exposent, trahison suprême, au moindre courant d’air ? pensa-t-il dans un élan lyrique. L’élan retombant (sur ses pattes, ce qui est plutôt rare pour un mammifère aussi lourd), Agustin découvrit un détail inhabituel qui le rendit perplexe ; à vrai dire, c’est plutôt la façon dont il ne l’avait pas remarqué auparavant qui l’inquiéta.
Planté entre les arbres difformes, un épouvantail rapiécé mais vaguement angoissant paraissait le regarder avec insistance. Quelque chose heurtait sans cesse l’esprit cartésien de notre ami, quelque chose dont l'illogisme était à la fois grotesque et menaçant ; il ne voyait pas pourquoi on était allé planter un épouvantail dans cette forêt à l’abandon, au lieu de lui faire surveiller un champ comme c’était le cas habituellement. L’inutilité, l’absurdité de la vigilance de ce garde d’étoffe et de foin faisait courir un frisson dans l’échine, comme souvent lorsqu’un outil a perdu son sens originel.
On dirait un jouet excessif et inutile, abandonné là par le caprice d’un génie cruel, pensa Agustin.
Cette inutilité était d’ailleurs d’autant plus flagrante –et troublante– qu’il n’y avait pas le moindre oiseau dans le ciel grisâtre, pas non plus d’animaux dans le sous-bois, bref, pas de vie aux alentours : les orbites creuses de l’homme de paille n’avaient apparemment d’autre objet que de fixer, en fronçant ses sourcils de chaume, le chandail maculé de notre protagoniste éponyme, et celui qui était dedans.
Sa position de crucifié saugrenu était étrangement forcée, comme si on l’avait planté de force dans la terre humide ; son bras droit pendait, désarticulé, et ne tenait plus que par un fil à la poutre transversale qui constituait ses épaules ; l’autre était rigide, perpendiculaire au corps, mais la façon dont sa manche était froissée semblait indiquer une sourde résistance. On avait aussi pris la peine de lui faire des jambes, en bourrant de paille un pantalon bleu élimé, mais elles étaient croisées et fixées à la lambourde qui le raidissait par un unique clou rouillé, comme un autre clin d’œil insolent et sinistre au Calvaire. Agustin Oeste n’était pas une grenouille de bénitier, ni même chrétien tout court, mais il devait avouer que ces parentés avec Golgotha lui flanquaient les jetons.
En bon iconoclaste, il se rapprocha à grands pas du pantin, non sans une certaine angoisse au creux de l’estomac. Il se força, d’une main à peine tremblante, à le débarrasser de la neige qui le recouvrait par endroits et s’accumulait tant sur son couvre-chef qu’on n’en distinguait plus que la visière ; se confronter à son objet d'appréhension l’aiderait à moins avoir les foies, raisonna-t-il. Quand ce fut fait, il fit quelques pas en arrière et ne put manquer de sourire.
L’épouvantail portait un uniforme de lieutenant de vaisseau de la Royal Navy ! Le mystérieux couvre-chef n’était autre qu’une casquette à visière défraîchie, et les bras si crispés étaient rattachées au corps de paille par des épaulettes portant deux galons ; la familiarité d’un tel attifement pour qui avait un peu navigué en Méditerranée fit retomber d’un coup le désarroi d’Agustin. Restait l’étonnement : pourquoi planter un épouvantail en pleine forêt, et pourquoi diable aller lui coller un uniforme ?
C’est alors qu’une voix gutturale qui semblait émaner de cet objet incongru le fit sursauter.
« Merci bien, noble sire, fit avec un fort accent anglais la voix mystérieuse. Je commençais à avoir froid là-dessous. »
Quiconque eût décampé en courant ; Agustin fit un bond sur place, mais ne s’enfuit pas. Les évènements des cinq dernières heures l’avaient endurci aux retournements de situation les plus excentriques ; et puis, il avait encore sa fierté. De surcroît, le sentiment d’irréalité qui se dégageait, malgré l’aspect tangible de son fond de pantalon mouillé, de toute cette situation, l’incitait à penser qu’il se trouvait dans un rêve particulièrement convaincant.
« Agustin Oeste, se présenta-t-il avec chaleur. À qui ai-je l’honneur ?
- Je suis le lieutenant de vaisseau Scarecrows, répondit poliment le pantin. Je vous attendais.
- Puisque vous semblez si bien informé, pouvez-vous me dire où nous sommes, et ce que je fais ici, au juste ? »
À suivre...
PS : Most amazing music video ever. :D
Poll #1162477 Que diable va-t-il se produire dans le prochain chapitre?
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Scarecrows va...
...expliquer à Agustin ce qu'il fait ici.![]()
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1 (25.0%)
...être interrompu par une créature patibulaire.![]()
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2 (50.0%)
...s'animer et attaquer subitement Agustin.![]()
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1 (25.0%)
- Location:Ni au début de la fin, ni même à la fin du commencement.
- Mood:
*baaaaîlle* - Music:Dionysos - L'homme sans trucage
Pour information : Folpense est une ville imaginaire qui se trouve à Ianchello, une île volcanique tout aussi imaginaire au milieu de la Méditerranée, et a une histoire assez mouvementée qui sera racontée en détail dans un chapitre ultérieur ; les Mirifiques Aventures se passent en 1951 ; la guerre du Rif à laquelle il est fait référence a bel et bien eu lieu au Maroc en 1921 - voyez l’article de Wikipédia à ce sujet ; ‘Azad’ veut dire ‘espoir’ en mauresque ; une analepse, c’est la même chose qu’un flash-back ; oui, oui, je ferai une chronologie générale pour clarifier tout ça.
Chapitre cinquième : Où l’on analepse et où l’on s’endort.
Agustin Oeste eut une étrange impression devant le village détruit ; il lui semblait n’avoir jamais existé, tant son anéantissement avait été complet. Ajoutez à cela la visite surréaliste de ses rues dépeuplées un instant auparavant et vous aurez une idée du sentiment de malaise et d'étrangeté qui s’empara alors du jeune homme. Pourtant, il en était sûr, il avait déjà vécu cette situation il y a bien des années de cela : la noirceur des ruines fumantes que rehaussaient par endroits les petites marbrures vertes de la végétation intacte trouvait des échos précis dans sa mémoire, et l’odeur même, âcre, lourde et entêtante, que dégageait le lieu de l’explosion, lui était familière. Avant que le souvenir ne remontât tout à fait, il n’eut qu’une impression diffuse de déjà vu, de celles qu’un goût ou un arôme perçus des années auparavant et répété inopinément évoquent, imprécises. Puis, sans qu’il eût à faire le moindre effort de mémoire, le temps où il avait déjà ressenti de telles impressions lui revint de lui-même, presque éblouissant dans sa précision.
A l’époque de la guerre de Succession, Agustin Oeste était officier dans l’armée légitimiste ; il commandait un petit corps de volontaires auxquels on faisait une confiance toute relative et qu’on avait décidé d’envoyer à la mort, lorsqu’ils étaient devenus gênants à force de scrupules et d’insubordination. On les avait chargés d’une mission fort délicate, au cours de laquelle ils devaient s’introduire de nuit dans un bunker adverse, à la faveur d’un changement de garnison, et le faire sauter proprement (selon une stratégie qui, si elle n’était pas originale, ne manquait pas d’une certaine efficacité.) Ce qu’on ne leur avait pas dit, c’est que la bombe qu’ils emportaient avec eux était un modèle nouveau, particulier et instable dont on cherchait à tester l’efficacité en situation réelle. L’état-major n’avait guère à y perdre : s’ils en revenaient, tant mieux, c’était que la bombe n’était pas trop dangereuse ; si ce n’était pas le cas, tant pis, on n’avait perdu qu’un groupe d’idiots encombrants. A travers une brèche dans le rocher sur lequel le bunker était construit, les camarades d’Oeste s’étaient introduits, le laissant monter la garde et surveiller leurs arrières. Alors, tout avait basculé.
Agustin se souviendrait longtemps de ces quelques images : une immense lumière se levant sur le bloc de béton armé ; le paysage englouti par un gigantesque globe étincelant ; l’obscurité nocturne déchirée en même temps que les nuages noirs qui la surplombaient ; un ciel soudain bleui et entièrement tapissé d’étoiles ; une chaleur insupportable ; puis, plus rien. L’obscurité était alors redevenue totale, plus opaque encore qu’auparavant : rien n’indiquait plus que le bâtiment ni qu’aucun de ses occupants n’eussent jamais existé.
Agustin venait de voir ses camarades rayés de l’existence, d’un seul trait, avec une facilité si déconcertante qu’on peinait à y croire.
Comment avait-il pu, ne serait-ce qu’un instant, oublier ce coup de gomme dans le registre de la vie, qui avait effacé tous ceux avec qui il avait combattu ? Et comment permettait-on encore qu’on ôtât tout simplement des villes de la carte, comme on venait de le faire pour Folpense ? L’ancien officier eut un sourire amer à la pensée qu’on avait cette fois pris la peine de s’assurer que la bombe n’engloutirait aucun être humain, par un moyen qui restait encore mystérieux. Les bouchers de ce temps avaient les mains propres.
Il était d’ailleurs évident que l’Ainsworth qu’il avait rencontré avec Aliocha n’était pas le véritable touriste en chair, en os et en plastique, mais une sorte d’illusion dont la fable zombiesque ne visait qu’à leur faire quitter le village avant la détonation. Maintenant que c’était éclairci pour Agustin, il fallait encore expliquer tout ça à Aliocha chez qui la perplexité avait succédé à la loquacité, et qui se taisait donc.
Agustin allait prendre la parole lorsqu’une voix haut-perchée tombée de nulle part l’interrompit brusquement pour crier des paroles assez hermétiques.
« Ah, vous voilà ! Ma connexion spirituelle avec mon avatar mystique m’avait prévenu que vous seriez à Folpense.
- Ta "connexion spirituelle" avec ton "avatar mystique" doit chier dans la colle, chère amie, parce que Folpense, c’est plus trop d’actualité » répondit avec vulgarité Agustin, qui était vexé de n’avoir pu commencer sa tirade émue.
À ces mots, une jeune femme sortit des buissons et dévala le chemin pierreux qu’Aliocha avait eu tant de mal à gravir, pour se rendre compte par elle-même des dégâts.
« Je ramassais des herbes médicinales, et... » commença-t-elle à expliquer.
Mais la suite ne vint pas : elle venait de se rendre compte qu’en lieu et place de son village natal, un cratère des plus fumants fumait, accomplissant par lesdites fumerolles son beau métier de cratère fumant.
Pour vous, chers lecteurs, l’information commence à manquer de sensationnel ; je vous propose donc de regarder à quoi ressemble notre nouvelle arrivante pendant qu’elle s’esbaudit.
Abigail Azad, dont les deux noms, l’un biblique, l’autre mauresque, semblaient sans cesse se défier, avait tout du félin ; du fauve échaudé, ajouterions-nous même si nous voulions faire de la concurrence aux pages roses du petit Larousse.
Elle n’était pas bien grande, et d’une finesse peu commune, quoiqu’elle ne fût pas maigre ; on devinait, dans sa démarche, dans la façon qu’elle avait de balancer les bras et de relever la tête, une souplesse de chat ou de dandy, où n’entrait aucune affectation. Cette démarche féline trouvait son équilibre et son harmonie dans le balancement d’une longue tresse noire qui touchait presque le sol, et laissait retomber sur son étroit visage mat d’épais accroche-cœurs ; celui-ci était acuminé comme un fer de lance, serti d’une paire de charbons en guise d’yeux et complété d’un (gracieux) nez aquilin. Une mince cicatrice barrait son visage dans le sens de la largeur, tout le long de ses pommettes saillantes ; elle semblait l’ébauche de la robe d’une tigresse. Tout cela la dotait un air d’extrême jeunesse : vous lui eussiez difficilement donné plus de seize ou dix-sept ans ; à cela contribuait aussi un habillement dont le tricot noir était l’ingrédient principal et le bas de laine rayé le condiment, comme l’eût pu dire le sulfureux Jean-Pierre Koff.
Pour vous expliquer les relations qu’elle entretenait avec Agustin, qui reste, malgré cette débauche de personnages, l’acteur principal de notre histoire, il faut remonter bien avant la Guerre de Succession ; il faut évoquer la Guerre du Rif où Samuel Oeste, père de notre héros et colonel émérite de l’armée espagnole, avait servi. C’était l’époque où Abd-el Krim remportait victoire sur victoire sur les colonisateurs, lesquels n’étaient pas sans en concevoir une certaine amertume ; les tribus rifaines, même pacifiques, qui leur tombaient sous la main durant leur temps libre ressentaient les conséquences de cette animosité, comme souvent en temps de guerre. Dans ces conditions, il n’était guère étonnant que Samuel Oeste fût tombé sur la jeune veuve d’un chef rifain après l’attaque d’un camp ; en revanche, il fut plus inhabituel de le voir la ramener dans son pays, malgré l’hostilité à peu près générale de tout le monde, berbères et espagnols confondus, et l’épouser -cela faisait deux ans que sa première femme était morte en couches en mettant Agustin au monde- ; de même qu’on trouva fort bizarre qu’il donnât au fruit de cette union (qui naquit sept ans plus tard) non pas son propre patronyme, mais celui du chef dont la veuve était devenue sa femme, discret hommage à ce guerrier malchanceux qu’il ne cessa jamais d’estimer.
Bref, de cette histoire d’amour interdit qui, contrairement à tous les poncifs du genre, se termina bien, résulta une bizarre fratrie ; bizarre, mais assez pacifique, puisqu’Agustin se complaisait dans le rôle du grand frère protecteur, et Abigail dans celui de la sœur illuminée qu’on devait sans cesse ramener sur terre. La suite de sa biographie n’est pas difficile à deviner : pendant qu’un Agustin aventurier filait à Ianchello où se déroulait la Guerre de Succession -il était attiré par le bruit des combats et enviait la gloire du père désormais mort et enterré-, elle resta en Espagne avec sa mère, laquelle lui enseigna les arcanes obscures et enfumées de la divination dont elle se fit un métier. Puis, quand celle-ci décéda, elle émigra à son tour à Ianchello, ce qui nous ramène à notre récit.
Et ce récit nous apprend que le mutisme soudain d’Aliocha, puis d’Abigail n’était pas dû qu’à l’étonnement : en s’approchant de leur silhouette silencieuse, Agustin s’aperçut que, pris d’une torpeur soudaine, ils avaient fermé les yeux.
Bientôt, leurs corps inertes churent dans la bruyère, tandis qu’à son tour l’Espagnol sentit ses paupières s’alourdir, ses jambes faiblir, une sourde hébétude poindre dans son esprit... Il tenta de résister, mais en vain : bientôt, ce furent les dépouilles assoupies de trois jeunes gens qu’on vit reposer doucement dans la garrigue immense, tandis que le chant des grillons reprenait peu à peu.
Fin de la première partie.
Point d’à suivre cette fois-ci : la première partie est terminée, et je tiens à maintenir un certain suspense sur ce qui va arriver dans la seconde... ^^
- Location:Digging a hole to pierce the Heavens!
- Mood:
Perplexe. - Music:Elliott Smith - Color Bars.
Tout était ligué contre moi : Grand Theft Auto: Vice City, alias le meilleur jeu des dix dernières années, que j'ai seulement parcouru à 10 fucking pourcents en deux semaines, Appleseed, de Masamune Shirow (oui oui, le Shirow de Ghost in the Shell) dans une superbe intégrale cartonnée avec des pages de commentaires et de fan-sārvisuuu~, les intégrales d'Adéle-Blanc Sec et Corto Maltese, Proust, Proust encore, Proust toujours, Team Fortress II, le chat de mon frère, tous les gens (dont
Mais j'ai survécu ! Et j'ai même un nouveau chapitre à vous proposer.
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Chapitre quatrième : De l’art de l’explosion et de celui du gargouillis d’estomac.
Nous l’avons déjà remarqué, Folpense était bâtie à flanc de montagne. Par conséquent, pour avoir une vision claire des choses, point n’était besoin de chercher midi à quatorze heures ; grimper le long de la pente douce qui menait à son sommet suffisait. Un petit chemin y montait, qui serpentait entre les rochers blancs et les arbustes du maquis. La végétation basse devenait de plus en plus rare et mal portante au fur et à mesure que l’on s’élevait, de même que l’herbe qui jaunissait et se raréfiait, avant de disparaître tout à fait sur la cime pelée du mont. Pourtant, il n’était pas bien haut, huit cent mètres tout au plus ; c’était en fait un cratère refroidi qui témoignait de l'ancienne activité volcanique de la région. A son sommet, on trouvait un beau lac aux eaux turquoise qu’on disait habité par des esprits bienveillants – l’eau avait une grande importance dans les légendes locales.
Agustin, suivi de près par le jeune slave, prit donc le petit chemin bordé d’arbousiers et de chèvrefeuilles. La marche était ardue, et le chemin pentu ; tandis que sur ses longues jambes, Oeste n’avait aucun mal à se hisser sur les pierres de la sente, Aliocha peinait, se plaignait et rechignait. Souvent il perdait pied et devait s’arrêter un instant ; il ne voyait plus que la tignasse rousse de son ami s’agiter de plus en plus loin entre les épines des genévriers. Il pressait alors le pas et parvenait à grand-peine, tout essoufflé, à le rattraper.
Enfin, au détour d’un chemin, ils trouvèrent un grand rocher qui émergeait des broussailles, semblable à la proue d’un bateau qui aurait sombré dans la terre ; un poste d’observation parfait.
Notons au passage que tous ces détails botaniques, géologiques et stratégiques n’intéressaient guère Aliocha : il se demandait surtout pourquoi Oeste restait silencieux. Il était clair que l’estivant avait une idée grave en tête, mais le blondinet n’avait pas le moindre don pour deviner les pensées des gens ; de toute façon, il faisait une entière confiance à son guide.
Ils escaladèrent donc le roc et s’installèrent à son sommet, seuls au milieu du silence immense et brûlant de la campagne méridionale.
En contrebas, grise, repliée sur elle-même dans un pli des rochers blancs à la façon d’une perle dans une huître, Folpense gisait, inerte. Les fumées qui en montaient semblaient devoir se tarir faute de combustible ; aussi loin que l’œil portât, on n’y voyait pas une âme. Malgré l’échec évident de son idée, Agustin ne se décourageait pas : il avait bien rencontré Ainsworth et Aliocha alors qu’il croyait être seul, il n’était pas impossible que d’autres rescapés de l’incident se trouvassent encore dans les parages.
Il fut interrompu dans ses recherches par ce qui semblait au début le grognement profond d’un monstre et se terminait en une sorte de bruit aqueux de plomberie vieillissante. Après un moment d’alerte bien légitime, il lui apparut qu’un tel tumulte ne pouvait être que le fait de l’estomac de son jeune compagnon.
Midi approche, en déduisit-il.
« J’ai faim, fit piteusement l’intéressé.
- Je sais.
- Et alors ?
- Alors rien. Tu attends que j’aie terminé.
- Mais j’ai faim !
- Sale gosse.
- Grand con ! »
L’échange promettait d’être stérile ; Agustin détourna habilement la conversation.
« Tu n’as pas remarqué un truc bizarre avec Ainsworth tout à l’heure ? s’enquit-il. Hormis sa disparition soudaine et surnaturelle, bien sûr.
- Hmm... Son habillement ?
- Je cherchais un détail plus inhabituel.
- Pourquoi ?
- Oh, pour rien. Juste un doute... »
Plusieurs longues secondes de mutisme attentif s’ensuivirent. Ce n’est qu’alors que les deux jeunes gens remarquèrent l’absence de tout grillon dans la garrigue ; il y avait vraiment dans l’air quelque chose de bizarre, de contre-nature, ce jour-là – ils le sentaient bien, sans pouvoir encore bien identifier la cause de leur malaise.
Et effectivement, sans vouloir abuser de ma position de narrateur omniscient, c’était précisément à ce moment que tout allait sombrer dans le rocambolesque. Mais ne nous laissons pas aller à du nostradamisme à la petite semaine et poursuivons notre récit.
« Il y a quand même une chose qui me tracasse, pensa tout haut Agustin. Ainsworth aurait dû cuire dans son jus, vu sa corpulence et le temps qu’il faisait ; or, sur son hideux oripeau, il n’y avait pas une goutte de sueur. Et puis, tu as vu comment il a abrégé la conversation pour tout de suite nous raconter sa petite histoire ? C’était comme s’il n’était venu vers nous que pour nous la dire. D’ailleurs, l’avoir rencontré au retour et pas à l’aller, ça aussi, c’est pas mal chelou, dans le genre.
- Mais tu veux en venir où, exactement ? »
Agustin garda le silence. Il attendait qu’Aliocha poursuive et déduise de lui-même ce qu’il y avait à déduire.
Toutefois, Aliocha ne put poursuivre, attendu que tout devint soudain blanc autour de lui ; une intense douleur lui ravit ses yeux comme s’ils avaient trop longtemps regardé le soleil en face. Une chaleur violente s'abattit sur son visage et ses bras. Autour de lui, la lumière devint si intense qu’elle traversait ses paupières closes et semblait vouloir lui crever les yeux : il pensa crier, mais aucun son ne sortit de sa bouche ouverte ; il crut lever les bras, mais aucun muscle de son corps ne bougea ; il tenta de se relever, mais il ne réussit qu’à choir, foudroyé, dans le vide, le vide blanc et aveuglant qui l’entourait de toutes parts.
Puis, il sombra dans l’obscurité apaisante de l’inconscience, encore tout endolori. Dans ses songes agités, il entendit rouler le tonnerre et souffler un vent violent. Le rêve se poursuivit ; un grand cercle de feu flottait dans le ciel, un anneau gigantesque qui s'étendait au-dessus de Folpense. Puis, une masse de nuages blancs se formait au centre de l'anneau et se mettait à grossir rapidement, se déployant toujours davantage dans le cercle incandescent. En même temps, un long nuage noir apparaissait qui recouvrait toute la surface du village, puis se répandait sur le versant de la colline, s'élevait au-dessus de la vallée vers le village voisin et submergeait tout, les bois, les bocages, les terrasses, les vignes, les maisons, les fermes.
Ce qu’avait rêvé Aliocha était à peu de choses près ce qui s’était passé ; sans doute sa vision avait-elle été influencée par on ne sait quel ultime coup d’œil avant qu’il ne tombât dans les vapes.
Il se réveilla en sentant à travers sa chemise les épines d’un genévrier.
Première surprise : le rocher avait disparu : déséquilibré par le souffle de l’explosion, il avait basculé et roulé au bas de la côte. Il se releva avec peine, tituba un instant, et vit qu’une épaisse fumée blanche s'élevait des murailles de pierre et de torchis du village. Elles avaient été entièrement détruites par le feu ; les pierres semblaient fondues en une masse noire, uniforme et brûlante, coulant vers la vallée. Le vent entretenait des foyers et soufflait sur les petites flammes qui sortaient des amas de décombres carbonisés. Au-delà, il n'y avait plus de ville, il n'y avait plus que les restes d'un immense brasier - la ville entière avait été réduite en cendres en quelques minutes. Les silhouettes familières de la tour et de l’église avaient disparu. Etrangement, les pelouses n'avaient pas brûlé : la vue de ces étendues vertes cernées par les décombres firent sourdre en Aliocha tristesse et accablement. Seule la pensée qu’il n’y avait pas eu de victimes le calma un peu. Mais en était-il seulement sûr ? Agustin n’était visible nulle part.
L’estomac oppressé par une sombre inquiétude, le jeune homme commença à arpenter des buissons arrachés et les arbustes brisés pour retrouver son ami. Soudain, une voix rauque jaillit d’un buisson de calycotome épineux à quelques mètres de lui.
Elle s’exprima en ces termes :
« Bordel de merde de putasserie de plante de mes deux ! »
Après quoi un Agustin Oeste contusionné et recouvert d’épines jaillit du buisson, sain et sauf quoiqu’un peu agacé.
« C’est reparti comme en quarante, ajouta-t-il. Une bonne petite guerre des familles ! »
A quoi diable faisait-il allusion ? Vous le saurez dans un chapitre ultérieur de cette histoire.
À suivre...
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Que va-t-il arriver à notre héros déjà tout esquinté ?
Le retour d'Ainsworth.![]()
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0 (0.0%)
Le retour de la créature.![]()
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1 (33.3%)
L'introduction du Personnage Principal Féminin (tm).![]()
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2 (66.7%)
- Location:Somewhere Over The Rainbow~
- Mood:
Créatif. - Music:The White Stripes - The Denial Twist
Ca y est, je suis en vacances... Joie ! Détente ! Dissertations à faire impérativement pour la rentrée !
Et pour les inaugurer dignement, j'ai regardé tout Gurren Lagann.
Et waou, quoi. °_°
La dernière fois que j'ai vu un OVNI pareil, c'était FLCL ; et, de ma part, ce n'est pas un mince compliment.
Ce truc est une des claques visuelles les plus fortes que mon oeil blasé de téléspectateur du Club Dorothée ait jamais reçues (cohérence des métaphores powa) ; c'est superbement réalisé, animé de main de maître, servi par un scénario auto-parodique qui se complaît dans la surenchère extravagante et monumentale (/attention, spoiler - ne sélectionnez ce qui suit que si vous avez vu la série/ OMG la Lune est un robot géant! ), et surtout super agréable à regarder.
Je n'aurais jamais cru prendre un jour autant de plaisir à regarder un anime de mecha... ^0^
Mais trève de louanges hyperboliques, voilà le chapitre hebdomadaire des Mirifiques Aventures d'Agustin Oeste.
Bonne lecture !
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Chapitre troisième : Où l'on formule des hypothèses.
Alexeï Sergueïévitch Belaïev était venu du Nord en séjour linguistique et culturel.
Ne vous fiez pas à l’impression de n’avoir jamais rencontré ce personnage : vous serez éclairés si je vous dis que, curieusement, la plupart de ses connaissances dans ce pays l’appelaient juste Aliocha ; c’est donc ainsi qui nous en parlerons nous aussi. Non que cela me dérange d’écrire sans cesse « Alexeï Sergueïévitch Belaïev » – la fonction « copier-coller » de mon traitement de texte remplit un office honorable et n’a jamais démérité –, mais je crains qu’à l’instar de ses amis, vous ne soyez un tantinet lassés par l’interminable énumération de suffixes et de prénoms par lesquels l’identité de notre slave se déclinait.
Aliocha, donc, était un étudiant tout frais émoulu du lycée, d’à peine dix-huit ans, qui était venu à Folpense pour s’y familiariser avec les coutumes locales et la langue vernaculaire. Agustin qui, bien qu’il n’en fût pas originaire, connaissait bien la région, s’était offert de lui servir de guide, ce qu’il avait accepté avec empressement. Cela faisait maintenant trois mois que le maître enseignait les subtilités régionales à son élève, et les deux jeunes gens s’entendaient à merveille.
Aliocha était un jeune homme blond, assez chétif, d’une finesse presque maladive ; il avait la malédiction de posséder une peau très pâle, constellée de taches de rousseur, qui rougissait au moindre rayon de lumière et enchaînait coup de soleil sur coup de soleil ; de plus, ses cheveux longs étaient d’un blond très pâle, cendré, qu’il abîmait dans les cagnards de Folpense. Un certain air d’immaturité frappait aussi chez lui, à cause de son visage rond, de ses joues pleines, de son nez retroussé et de ses incisives un peu longues qui provoquaient lorsqu’il parlait un léger zézaiement. Il n’était d’ailleurs guère robuste : au moindre coup de vent, c’était d’interminables rhumes, et il lui fallait des heures pour s’affronter au couvercle du moindre pot de cornichons. Vous aurez deviné qu’il ne s’agissait pas du compagnon idéal pour s’affronter à une situation aussi critique ; qu’à cela ne tînt, Agustin avait suffisamment de débrouillardise pour deux, du moins le croyait-il.
Il apparut donc après quelques palabres qu’Aliocha, lui aussi invité à rejoindre Gabriel à l’hôtel de ville, avait trouvé comme Agustin la ville vide, et s’était réfugié dans le bâtiment après avoir entendu ce qui ressemblait fort à un hurlement. Cela faisait une bonne heure que le slave arpentait les couloirs de la mairie lorsqu’il était tombé par hasard sur son ami caché derrière une tapisserie – le laps de temps entre leurs arrivées respectives expliquait qu’Oeste n’eût entendu pas le moindre cri lorsqu’il avait monté la grand-rue. Pourtant, notre vacancier cogitait dur, et parvint rapidement à la conclusion que ce qui avait ravagé sauvagement sa chemise neuve n’était pas étranger à de telles clameurs. La bête en question avait peut-être fait fuir tous les villageois ; mais comment justifier alors qu’il n’y eût pas la moindre trace de quelque mouvement de panique que ce soit ? Décidément, à deux, nos héros n’avaient guère plus d’esprit que seuls : ils tournaient en rond. Or, tourner en rond dans un hall circulaire présente des aspects ironiques qui n’étaient pas sans blesser leur fierté, et ils sortirent donc. D’ailleurs, avec les maigres indices dont ils disposaient, il leur apparaissait que rester dans Folpense n’était peut-être pas la meilleure chose à faire, du point de vue de la stricte conservation de l’intégrité de leur épiderme.
C’est en sortant qu’ils tombèrent nez à nez avec un étrange spécimen qu’on avait quelques difficultés à classer dans l’espèce humaine.
C’était une sorte d’être quadragénaire gras et rose, surmonté par un couvre-chef en plastique bleuâtre qui tenait la casquette en poil de caribou, de la pièce montée et du haut-de-forme écrasé, engoncé dans une sorte de tee-shirt émanché, sur lequel on lisait le nom d’une fameuse équipe de football en lettres d’or sur fond fuchsia, la bedaine serrée par une manière de poche ventrale à fermeture éclair qu’il nommait « banane », et, comme pour compléter ce portrait dantesque, les pieds protégés par des façons de sandales ouvertes en caoutchouc transparent, les « tongs. »
C’était un touriste.
Mais ce n’était pas n’importe quel touriste : c’était pour ainsi dire le touriste attitré de la région, qui n’en comptait guère. Le coin avait beau être superbe, il n’attirait pas beaucoup le chaland, faute de publicité dans les milieux qui auraient pu se permettre d’y séjourner.
M. Ainsworth lui-même –car tel était le nom de l’improbable individu– était venu par hasard à Folpense en cherchant un emplacement peu cher pour une usine de sidérurgie ; l’usine n’avait jamais été construite, mais Ainsworth était resté, et avait décidé de revenir se délasser chaque été dans ce petit village bucolique. Avec le temps, il était devenu presque local ; on le connaissait bien, et, malgré son goût vestimentaire presque aussi déplorable que son bagou gouailleur, on en était presque venu à l’apprécier.
Or, ce brave Ainsworth semblait plongé dans une perplexité des plus irrésolues lorsque Agustin l’aborda, remarquant à part soi que pour un village abandonné, ce patelin était quand même très fréquenté.
Après les saluts d’usage et quelques explications sur leurs situations respectives, le touriste dévoila ce qu’il savait aux jeunes gens, lesquels en furent grandement éclairés.
« J’étais aux champignons, ce matin, commença-t-il non sans une certaine emphase, sur la montagne, là-bas, au-dessus de Folpense, quand j’ai entendu comme un cri. Aussi sec, je cours vers un rocher pour zieuter ce qui peut s’passer. Il faisait encore un peu noir, mais je vous jure que je les ai vus, tous les gens du village, sortir en rang d’oignon et en chemise de nuit sur la petite route –à ces mots, Agustin se demanda si c’était le bon moment pour lui faire remarquer ce magnifique zeugme involontaire–, la tête droite, avec un pas mécanique, façon marionnette. ‘Me suis demandé si c’était pas un genre de procession populaire, vous savez, la Toussaint et tout le bazar, mais ils faisaient aucun bruit, ils parlaient pas, ils chantaient pas, alors j’ai eu la trouille d’aller voir. Je suis monté un peu plus sur mon caillou et j’ai gueulé le nom de ceux que j’avais reconnus ; pas de réponse. Comme le jour se levait un peu plus, j’ai vu qu’ils regardaient droit devant leur blair, et qu’ils tiraient une tête plus cafardeuse qu’une rediffusion en noir et blanc du moment où le prince André meurt dans Guerre et Paix. Je me suis dit : à coup sûr, c’est une espèce d’enterrement – mais encore une fois, ils pipaient pas un mot, et ils me regardaient même pas quand je goualais leur nom. Du coup, j’ai attendu qu’ils se soient tous faits la malle, et je suis rentré dans le village pour voir si quelqu’un pourrait pas m’expliquer ce bazar. Et c’est comme ça que je me suis retrouvé là... »
Le récit était assez confus, mais les éléments essentiels n’avaient pas échappé à nos deux compères.
« Des zombies ? » proposa Aliocha avec le plus grand sérieux du monde.
Agustin resta impassible.
« Des doubles maléfiques venus d’une autre dimension ? » renchérit l’étudiant sans se troubler.
Mais Agustin se tenait toujours coi.
« Une crise de berlue collective ? Une expérience gouvernementale interdite et sacrilège ? Un poldergeist ? Une possession par des créatures éthérées d’un autre monde ? Un virus extraterrestre mutant ? Un poisson d’avril en juin ? » ajouta son interlocuteur pour compléter son rythme ternaire.
Vous l’aurez compris, Aliocha avait une légère tendance à la prolixité. Agustin, qui n’était pas décidé à papoter, n’était guère loquace, et compensait le babil de son camarade par son pénible silence.
Pendant ce monologue délirant, Ainsworth s’était évanoui dans la nature ; d’un regard circulaire, les deux jeunes gens scrutèrent les environs, pour ne le trouver nulle part. Cette disparition aussi soudaine qu’inquiétante sembla les décider à agir – ils repassèrent les portes de la ville, et s’en éloignèrent un peu.
Toutefois, Oeste semblait avoir une idée derrière la tête...
A suivre !
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(Suzumiya fans, cet AMV est fait pour vous. ^^)
Poll #1110185 Que va-t-il donc arriver à Agustin et à son petit camarade dans le prochain chapitre ?
Open to: All, detailed results viewable to: All, participants: 4
Agustin va...
...chercher Ainsworth dans les environs.![]()
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0 (0.0%)
...retourner chercher la créature dans le village.![]()
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0 (0.0%)
...prendre de la hauteur pour avoir une vue d'ensemble du village et trouver d'éventuels rescapés.![]()
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4 (100.0%)
- Location:Sous un sapin.
- Mood:
Otaquesque. - Music:The Beatles - Octopus's Garden.
Bref, la suite gagnante, avec trois votes (contre un pour chacune des deux autres) est le départ pour la mairie. Mais ne vous attendez à ce que tout se passe comme prévu, ce serait trop beau... En tout cas, merci de tout coeur à
Et pour ceux qu'intéressent ma santé, j'ai une angine aiguë et une gastroentérite qui se font de la concurrence pour savoir qui aura raison de moi en premier - je vous avertis du vainqueur dans mon testament, promis. Ah, on m'informe dans mon oreillette qu'en ce moment je suis en concours blanc ; m'en fous, peux pas aller aux épreuves pour le moment, quarante de fièvre. Comment je pwnz le système, moi, dis donc. Enfin, j'y retroune lundi, il ne s'agirait pas de rater trop d'épreuves non plus ; c'est plus pour le zèle, parce que de toute façon je ne serai pas classé. C'est bien parti pour la khûbe, les enfants, en fait - à moins de faire un vrai-concours époustouflant, bien sûr. Qui sait ? Jusqu'à l'incident viral, j'avais quand pas mal géré.
Chapitre second : Où l'on fait des rencontres qui, faute d'être du troisième type, n'en sont pas moins étranges.
Le village où Agustin devait se rendre avait pour nom Folpense ; son nom était une déformation de « fol pansé » -le fou guéri- car une source voisine était censée guérir de la démence.
C’était un petit bourg fortifié construit sur une hauteur rocailleuse : il surplombait toute la vallée où se trouvait la pension de famille qu’Agustin s’apprêtait à quitter.
On ne pouvait y accéder que par une étroite sente qui serpentait vers les hauteurs, et que les villageois pouvaient facilement bombarder de projectiles lorsque des bandits rôdaient dans les environs ; en somme, c’était le refuge idéal pour tous les paysans du coin lorsque les choses tournaient mal. Et puisque c’était là que la seule rivière arrosant le val trouvait sa source, ils en contrôlaient aussi toute l’irrigation ; on ne pouvait les assiéger bien longtemps. Vous devez vous demander en quoi de telles considérations stratégiques les intéressaient dans leur petit coin de campagne estivale en apparence bucolique et paisible ; certes, les gens du pays n’avaient plus connu de conflit depuis la Guerre de Succession, dont nous serons hélas amenés à parler dans les chapitres qui vont suivre. Cependant, ils étaient par nature méfiants ; et il y avait en effet lieu d’être assez incrédule à l’égard des promesses de paix que ceux qui les gouvernaient avaient faites. De plus, on disait que certains demi-soldes démobilisés depuis la fin de la guerre s’étaient organisés en bandes et rançonnaient les voyageurs à quelques lieues au nord de Folpense...
Mais n’était-ce pas la silhouette atone de notre héros que l’on voyait soudain se dessiner, sombre, sur la pierre blanche du chemin rocailleux ?
Aucun doute, c’était bien là son pas héroïque quoiqu’un peu nonchalant qui crissait sur les pierres, son œil châtain qui regardait avec lassitude le village ceint d’une muraille brunâtre, de laquelle émergeaient le grand clocher et la tour ronde d’où ses habitants scrutaient les environs, sa voix de basse qui retentissait inopinément dans l’air lourd et brûlant, tandis qu’il passait les portes grandes ouvertes de la place forte.
« Il y a quelqu’un ? » mugissait-il à intervalles réguliers tel le cerf incontinent qui ne trouve plus la porte des cabinets. Un silence aussi opaque qu’hostile lui répondait.
D’un pas ample et régulier, Agustin parcourut dans toute sa longueur la rue principale, qui coupait le village de part en part sur un peu moins de six cent mètres. Il regarda attentivement toutes les maisons à colombages ou à pans de bois -elles s’élargissaient en montant jusqu’à se rejoindre presque à leur étage le plus haut, plongeant le village dans la pénombre-, jeta des coups d’œil rapides dans toutes les venelles étroites qui aboutissaient à la grand-rue, comme des rivières à leur affluent, scruta le moindre pavé pour tenter de découvrir un être vivant, mais en vain. Les habitants semblaient s’être purement et simplement évanouis en plein milieu de leurs activités quotidiennes : le linge séchait encore aux fenêtres, les volets étaient ouverts, on avait sorti de quoi laver à grande eau son palier, par les lucarnes on voyait des mets inachevés bouillir dans les marmites, et, comble d’étrangeté, aucun désordre, aucun bris, aucun renversement n’était discernable qui indiquât une fuite précipitée. C’était comme si toute la population avait décidé unanimement de se lever, et de sortir en même temps, sans précipitation, de la ville...
Agustin ne paniqua pas. Cet inquiétant phénomène avait forcément une explication logique et il allait la trouver ; en attendant, il avait quand même pas mal les pétoches. Il décida de se rendre à son rendez-vous à la mairie et de voir si Gabriel ou la famille d’expatriés ne s’y trouvait pas, auquel cas leurs esprits combinés trouveraient sans doute la solution de ce mystère... Oh et puis à quoi bon essayer de se raisonner, Oeste commençait de toute façon à vraiment s’inquiéter, un peu de marche lui calmerait les esprits ! En fait, sur la fin, c’était plutôt à de la course à pied que notre héros se livrait, guère rassuré comme cela se comprend. Enfin, après une bonne suée dans des ruelles étroites et pentues, il se retrouva devant une grande bâtisse de style roman qui tranchait avec les autres par la pierre noire dont elle était bâtie. On y accédait en passant dans un péristyle à colonnes doriques bien plus ancien que Folpense – tout y respirait l’antiquité. C’était la mairie.
Soudain, une silhouette s’agita dans la pénombre, à demi masquée par un pilier. Agustin, intrigué, fit deux pas dans sa direction, plissa les yeux, et s’apprêtait à l’appeler à haute voix lorsqu’il se sentit soudain une violente douleur à la poitrine. Il tomba à la renverse, porta ses mains à sa chemise lacérée, les souilla de sang chaud – on venait de l’attaquer. On ? C’est-à-dire la silhouette ? Où était-elle passée, d’ailleurs, cette indiscernable silhouette ? Notre héros poussa sur ses bras courbatus pour se remettre debout, chut à nouveau, puis parvint enfin à revenir sur son séant pour sentir à nouveau une douleur lancinante lui érafler le dos ; le choc fut bien plus violent. Il fut projeté la tête la première contre le marbre noir du péristyle sur lequel son sang se voyait à peine. L’odeur âcre de celui-ci décida l’estivant à ne pas se laisser faire : il allait attraper cette chose et lui demander des comptes, dût-il y passer la journée ! L’héroïsme extraordinaire dont Agustin faisait preuve lui fit presque verser une larme d’auto-admiration. Par un prompt rétablissement, il fut debout, et malgré ses blessures superficielles, sur le pied de guerre. Il y allait avoir du grabuge.
En fait, pas tant que ça – à partir de l’instant où Agustin se fut décidé à quitter le ras des pâquerettes et à scruter avec attention les environs, la créature ne l’attaqua plus.
« Ah ! murmura-t-il narquoisement, mon charisme incroyable l’a fait fuir... »
A la vérité, il n’était guère rassuré. Qu’une créature –il présumait qu’il s’agissait d’un grand fauve- aussi rapide et agressive se baladât dans les environs n’avait rien de très avenant, ni de très rassurant quand on considérait la disparition de tous les villageois. Il poussa les portes closes du bâtiment, et quitta la pénombre des colonnades pour le vif éclairage que de grandes fenêtres donnaient au hall circulaire. Celui-ci avait été récemment refait : les murs étaient recouverts de tapisseries anciennes dont les couleurs avaient été ravivées à la perfection, et qui représentaient les exploits d’anciens chevaliers légendaires. Le haut dôme qui servait de plafond à la pièce avait retrouvé ses peintures originelles, qui consistaient en une représentation d’un réalisme presque troublant d’un ciel d’été – tout brillait, tout rayonnait. Seuls manquaient ceux qui s’affairaient habituellement dans le grand hall en parlant à voix basse, et dont les pas résonnaient lorsqu’ils passaient sous cette coupole trop élevée. Le silence dans un tel endroit était plus oppressant qu’à aucun autre : il semblait contre nature.
« Salut, Agustin ! » cria soudain une voix issue de nulle part, mais teintée d’un fort accent rocailleux.
Agustin avait beau trouver le silence un peu effrayant, des cris inopinés dans ce genre là avaient tendance à lui filer autrement plus les jetons. Notre vaillant vacancier poussa donc comme il se doit un grand cri d’horreur et courut se jeter derrière une tapisserie antique de grande valeur pour prévenir ce qui ne pouvait manquer d’être un autre événement inexplicable et dangereux. En fait d’événement inexplicable et dangereux, c’est un fin jeune homme de même pas vingt ans qui sortit de l’obscurité et s’approcha avec un air interrogateur de la tapisserie et de celui qui était dissimulé derrière, lequel en sortit et toussota un peu pour reprendre contenance.
« Hum, bonjour, Aliocha, fit-il entre deux accès de toux gênée. Tu sais ce qu'il se passe dans ce foutoir ?
- Hé, c’était ma question ! »
A suivre !
(Diantre ! Il y a des lulz par ici.) Poll #1106599 Que va-t-il donc arriver à Agustin et à son petit camarade dans le prochain chapitre ?
Open to: All, detailed results viewable to: All, participants: 3
Agustin et Aliocha vont rencontrer...
...l'un des responsables de tout ce "foutoir".![]()
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0 (0.0%)
...la créature qui a attaqué Agustin à son grand dam et à celui de son tailleur.![]()
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1 (33.3%)
...une autre de leur connaissance qui en sait plus qu'eux sur ce qui est arrivé.![]()
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2 (66.7%)
- Location:Sous une épaisse couette rembourrée.
- Mood:
Beuh. - Music:Oasis - Fucking in the Bushes.
La particularité la plus (relativement) originale de ce nouveau journal étant les fameux textes de fiction à suivre au sujet desquels les lecteurs doivent voter et ainsi altérer le cours de l'histoire, je vais donc commencer par le premier prévu dans mes cartons, Les Mirifiques Aventures d'Agustin Oeste - dont je vous ai déjà (pour certains d'entre vous) rebattu les oreilles ; la publication n'en devrait souffrir que peu de retards dans les semaines qui vont suivre : personnages et scénarios possibles sont déjà couchés sur le papier.
Voilà donc le premier chapitre. Le premier paragraphe est ouvertement parodique de ces romans bucoliques remplis de petites fleurs et de joyeux paysans, ne vous y arrêtez pas ; quoique, vu le travail de style que j'ai dû y fournir, arrêtez-y vous un peu quand même, hein.
Dernier point, le succès d'une telle fiction interactive repose largement sur le nombre de votes : je compte beaucoup sur le bouche-à-oreille pour populariser ce projet, alors ne vous en privez pas d'en parler à vos amis/familles/condisciples/animaux de compagnie/hamster savants/connaissances/frères d'armes. Je pense qu'une publicité ouverte sur des fora serait un peu trop formelle et agressive...
Bon, hé bien tout est dit. Bonne lecture, et n'oubliez pas d'influencer le cours de l'intrigue en votant !
Chapitre premier : "Ah."
C’était un été lourd et paresseux. L’air était empli des âpres senteurs d’une nature féconde, bien que la pluie fût rare. Partout, les branches des arbres ployaient sous le poids de trop nombreux fruits, dont beaucoup tombaient à terre : lentement, ils se décomposeraient et deviendraient bien plus tard d’autres arbres, lesquels donneraient à leur tour des fruits... Le ciel impassible contemplait sans jamais changer de figure cette renaissance incessante. En vérité, son éternel faciès céruléen, que troublait à peine un nuage inopiné, avait un aspect presque inquiétant. Parfois, la certitude de son immuabilité troublait, lorsqu’on considérait le mouvement perpétuel et irrégulier qu’il surplombait. Mais ce n’était qu’un vertige passager (et assez ampoulé, convenons-en), et bientôt on se remettait à penser au glorieux été, aux amours, aux naissances, aux récoltes dorées et à toutes les joies bucoliques et niaiseuses qui ne pouvaient manquer d’arriver par un tel air. Et partout, cette odeur de fleurs, de fruits, cette lourdeur surette du foin à peine coupé, ce sucre, ce miel, cet oliban et cette myrrhe qui flottaient dans l’air ! Et quelle lumière ! Tout prenait dans cet air ambré des teintes blondes, brunes ou pourpres ; chaque fruit était un soleil châtain et chaque fleur une lune rousse, tout resplendissait, comme l’enluminure reluit sur le parchemin jauni. Tout étincelait comme si un immense marchand de sable avait par mégarde renversé en plein jour sa sacoche entière sur le monde. Et la musique de cet été ! Cet air pesant n’était pas figé, vitrifié, bien au contraire ! Partout, ce n’étaient que les aubades des oiseaux, les chansons de sources, les ritournelles des moissonneurs et les vieilles rengaines des anciens qui tricotaient avec lenteur sous de grands parasols de paille, pareils dans leur majesté discrète à des Parques lasses et familières.
Malgré l’heure avancée de la journée et ce récital que jouait alors l’été, Agustin Oeste, dans son lit rustique, en écrasait ferme. Les ronflements sonores de notre héros remplissaient tout le logis, dont les habitants avaient déguerpi à une heure matinale pour s’adonner à des travaux de saison. C’était une des ces maisons qui avaient servi jadis d’abri principal aux campesinos de la région, un bâtiment à deux étages en torchis blanchi à la chaux. Adossé aux murs blancs, une ancienne étable désaffectée attestait de l’ancienne vocation champêtre de l’édifice. La terre en friche et le sous-bois sauvage qui l’entouraient ne laissaient cependant aucun doute : cela faisait bien longtemps qu’il ne s’agissait plus d’une ferme, mais d’une pension de famille dont Agustin était ce jour-là le seul client. La chambre dans laquelle il dormait était une petite pièce nue mais chaleureuse, à peu près carrée, avec pour tout ameublement un grand bonnetier désarticulé, rongé par les termites, dont émanaient des parfums de sève sèche et de linge frais, un lit grossier paré de draps râpeux et immaculés, et une petite table à langer de facture ancienne qui servait d’écritoire. Tout était de surcroît d’une propreté impeccable, et on eût défié en vain quiconque d’y trouver le moindre grain de poussière. La chambre était, selon les mots d’Agustin lui-même, « tellement clean que ça faisait mal aux châsses. » L’unique fenêtre, toutefois, était voilée par un rideau sombre. Aussi la pièce était-elle plongée dans une pénombre claire, en demi-tons, de celles qui laissent présager un grand soleil lorsqu’on sortira.
Mais les matinées les plus grasses ont toujours une fin : bientôt, un bras s’étendit hors de la couverture, puis un autre, et dans un long bâillement le vacancier se redressa. La couverture chut à terre tandis qu’il frottait sans enthousiasme ses yeux ternis par le sommeil. Dans un élan de fougue remarquable, il se sortit non sans peine du lit et eut des velléités de donner un tour plus ordonné à son épaisse tignasse rousse. Enfin, de guerre lasse, il reporta son attention sur un papier plié en quatre posé sur son écritoire improvisée, lequel lui fournissait un prétexte bienvenu pour cesser tout semblant d’activité capillaire. Deux pas apathiques plus tard, notre épique protagoniste était devant ladite écritoire, la main posée sur ce qui semblait une page pliée en quatre arrachée à un cahier quadrillé. Du doigt indolent de l’homme qui s’en fout, Oeste la déplia et la haussa au niveau de ses yeux ternes. Et jugez un peu de sa surprise lorsqu’il lut les mots qui suivent !
« Cher Agustin,
J’espère que vous avez bien dormi. Je vous laisse ce mot pour vous dire que nous avons tous vaqué à nos occupations, et que vous êtes seul dans notre humble demeure. Je vous prie donc de faire en sorte qu’elle reste debout jusqu’à notre retour. Gabriel me fait aussi vous écrire qu’il accueille ce matin une famille d’expatriés de votre pays à la mairie du village. Il vous invite cordialement à le rejoindre à onze heures si l’envie vous prend.
Amicalement,
Votre hôte.
PS : le café est dans le placard au-dessus du passe-plat. »
« Ah », commenta-t-il laconiquement. Puis, comme il n’avait pas que ça à faire que de composer de si brillants commentaires laconiques, il prit la tangente vers son café. Par monts, par vaux, et surtout par les escaliers, il fut bientôt dans la petite cuisine carrée du rez-de-chaussée, dont la table centrale en pierre crayeuse était si propre qu’elle laissait sur sa rétine endormie une tache persistante. Bientôt, la bouilloire fut sur le feu de la cuisinière, et l’eau frémissante dans la cafetière, qui répandait l'arôme indéfinissable de la fin de matinée traînarde et du début d’une journée nonchalante. Dans une grande tasse de céramique d’une sphéricité discutable, Agustin versa la totalité du café et s’assit à la table blanche avec la ferme intention de traînasser là jusqu’à ce que des circonstances hostiles ne le chassassent.
Hélas, il y avait une pendule dans cette cuisine, dont le tic-tac incessant lui rappelait que Gabriel l’attendait peut-être à la mairie. Gabriel était le fils de son hôte, mais aussi un ami cher, et il eût été fort fâcheux de le peiner... S’ensuivit donc un long duel de regards entre l’estivant et l’horloge : l’un, en apparence inflexible, dardait son mécanique adversaire de regards aussi noirs que son café ; l’autre ne s’en souciait guère, et continuait à tic-taquer de plus belle, symbole universel de mauvaise conscience. Enfin, cette dernière fut la plus forte. Marri de sa propre pusillanimité, Agustin avala en deux gorgées son café, se leva, et quitta la pièce. Au moment où il passait la porte, on l’entendit marmonner « on se reverra en enfer, l’horloge murale », et il laissa le coucou perfide savourer sa victoire.
D’escaliers en couloirs, et inversement, Agustin fut sans tarder ablutionné, rasé, habillé, peigné, frisé et parfumé. Profitons de cet intermède hygiénique pour jeter un coup d’œil dans la glace et voir à quoi notre hardi personnage ressemble.
Agustin Oeste avait une physionomie assez banale, générique, qu’on ne remarquait pas particulièrement, à moins que l’individu en question ne se tînt en plein milieu d’une pièce vide en agitant les bras et en criant des insanités. Tout rentrait chez lui dans une moyenne des plus banales ou dans une banalité des plus moyennes, selon l’angle sous lequel on le regardait : taille moyenne, corpulence moyenne, traits banals, yeux châtains plutôt communs, jusqu’à ses cheveux qui trouvaient le moyen de n’être ni vraiment fins, ni vraiment épais, à mi-chemin entre le raide et le bouclé, et, pour couronner le tout, mi-longs. Seule leur couleur pouvait à la limite frapper l’œil, puisqu’ils étaient d’un roux intense, presque rouge. Mais à vrai dire, ce trait même était assez commun pour qu’on pût ne plus le remarquer. Bref, s'il ne s’agissait du héros de notre histoire, vous vous seriez déjà détournés de lui pour aller jeter un coup d’œil à mes personnages secondaires, lesquels présentent des caractéristiques bien plus étonnantes. Il faut dire aussi qu’Agustin ne tâchait guère d’être plus remarquable par une mise excentrique ou recherchée. Un coup d’œil sur son chandail bleu délavé et son pantalon de velours élimé vous en convaincront aisément.
Mais laissons-le pour l’instant vaquer à la fin de sa toilette pour nous déplacer grâce au pouvoirs magiques de la nécessité scénaristique dans un autre patelin, à vrai dire pas bien loin de là où nous nous trouvions...
A suivre !(Ca n'a rien à voir, mais cette A.M.V. est faite à partir de génie pur et d'images de FMA - soyez sûr d'y avoir jeté un coup d'oeil !)
- Location:Entre là-bas et ici.
- Mood:
Méchu. - Music:Finger Eleven - One Thing