N°32: HULK SMASH PUNY ROMANTICISM

  • Jul. 23rd, 2009 at 2:18 PM
Tom Lehrer
"The first time that I wrote in verse
Was about the age of ten.
George said, "That's just like a real poem Miss,"
And Miss said, "That is a real poem, George"
And I've been a poet since then
."

John Hegley.


D'abord, petite mise au point sur mes études (car je sens que la saga de mes échecs universitaires vous passionne):
- Je suis pris à l'ESSEC ;
- J'ai obtenu un report d'année ;
- Je passe l'année prochaine en fac de philo à Paris I.

Ouais, c'est zarb, mais c'est ce que j'ai envie de faire.

Sur ce, place à notre programmation habituelle.

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J'avais promis des alexandrins, les voici.
Disclaimer: ceci est une parodie du romantisme baveux ; la prendre au second degré est obligatoire.

Un homme de cour pour un rien fut exilé

Du palais où tous ses pairs rampaient, diligents,

Et tandis qu'il en pleurait les fastueux argents

 

Le Mort incognito se plut à y aller ;

S'ensuivirent les faits que je vais vous conter

– Pour peu que vous vouliez seulement m'écouter.

 

Lugubrement le révolté se leva de sa couche

Et, fiévreux, regarda par la vitre obscurcie

Dont les carreaux, nombreux comme des yeux de mouche,

Laissaient voir et la ville, et la cour – et dit :

 

Désormais je vois au travers de vos mensonges

Des kohols écœurants de vos visqueux vizirs

De vos petits esprits pleins de vos petits songes

De vos vertus, de vos envies, de vos secrets désirs ;

 

Vous ministres, vous courtisans, vous noblesse nouvelle

Vous que bénit le sort, vous que l'amour renie

Vous conseillers, mentors, précepteurs, chiens fidèles

Qui pour ronger un os servez la tyrannie,

 

Vous qui placez l'honneur dans ce dont on se moque

Avec la liberté, la joie, l'humilité

Et toutes ces idées que forgea l'autre époque,

 

Je briserai le trône et vos rois sans pitié

Je vaincrai vos titans et tous leurs troubadours

Et tuant vos officiers crèverai leur tambour.

 

Mais la cour n'avait cure de ses anathèmes

Et tandis qu'il rêvait aux sombres chrysanthèmes

Les ducs et les marquis pavanaient bien vivants

À l'abri du besoin, de l'espoir et du vent.

 

 

 

Sous son grand chapeau blanc la Camarde attendait

La fin du menuet – son visage de lait

Et ses yeux nonchalants noirs et bleus comme un geai

N'étaient pas de la Mort – elle se déguisait.

 

Et on la désirait et l'on se demandait

Qui était celle-là que belle comme une larme

La reine même enviait – on voulait sous le dais

 

Examiner de près ses si livides charmes

Les danseurs suppliaient pour avoir une chance –

Non disait-elle votre instant n'est pas venu ;

Nous aurons bien assez tôt  la dernière danse.

 

Et sa bouche formait tout bas une chanson

Si simple et cependant épouvantable et nue

Et ceux qui l'entendaient frissonnaient à ce son :

 

Verte est la Lune – les nuages bleus

Cillent son œil profond

Sous son regard ton teint cireux

Se décompose et fond

 

Le fard du jour quitte le ciel

Et tes joues olivâtres

Moi je te trouve bien plus belle

Sans ce masque de plâtre

 

Mais j'aime aussi que toi et moi

Quand vient le soir indien

Découvrions qu'un vif émoi

Colore ton visage peint.

 

 

 

Or il advint que la Mort sentit la haine

Portée aux baladins par l'homme disgracié

Et levant ses yeux clairs vers les nuages d'acier

Se mit à abhorrer aussi l'odieuse cène.

 

Vint le désir d'anéantir cette tumeur

Et tandis que les grands se trémoussaient sur scène

Brusquement dégoûtée des courbettes obscènes

Elle voulut d'un coup que cette foule meure.

 

Mais le coin de son œil saisit une marquise

Qui par l'agitation ne semblait pas conquise

Et qui, à l'écart de tout, contemplait le ciel,

 

Chantant une romance alerte et douloureuse

Dont les mots, malgré les murmures de fiel

Et l'orchestre bruyant, atteignaient la Faucheuse :

 

Je connais désormais presque toute la Terre

Car j'ai tant fait de pas que j'en ai fait le tour

Et que l'humanité m'a livré ses mystères ;

Partout les mêmes gens dans différents atours.

 

J'ai lu tout le papier que l'homme a recouvert

Les mots d'amour jetés sur les missives blêmes

Les romans, les traités et les anciens emblèmes

Que les bardes jadis ornaient de quelques vers.

 

J'ai appris du Latin la version et le thème,

J'ai su des anciens Grecs le savoir idéal,

D'Erato et Rimbaud je devins le féal.

 

Mais on ne retient rien de ce que mal on sème

Et j'ai dû m'épurer dans de nombreux baptêmes

Pour apprendre de toi comment on dit « je t'aime. »

 

 

 

Comprenant que ce lai, dédié à son image,

La marquise l'avait par sentiment appris,

La Mort se vit soudain dépouillée de sa rage

 

Et la cour continua ses plaisirs et ses ris.

Ainsi l'humanité que condamne ses crimes

Se voit-elle épargner la déchéance ultime.

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Bonnes vacances, les copains.

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N°27: Bright College Days

  • Feb. 1st, 2009 at 4:56 PM
Tom Lehrer

"Here's to parties we tossed,
To the games that we lost,
We shall claim that we won them some day.

To the girls young and sweet,
To the spacious back seat
Of our roommate's beat up Chevrolet.

To the beer and benzedrine,
To the way that the dean
Tried so hard to be pals with us all.

To excuses we fibbed,
To the papers we cribbed
From the genius who lived down the hall.

To the tables down at Mory's (wherever that may be)
Let us drink a toast to all we love the best.
We will sleep through all the lectures,
And cheat on the exams,
And we'll pass, and be forgotten with the rest."

Tom Lehrer, Bright College Days. (An Evening Wasted With Tom Lehrer, 1959)

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 Salut les enfants,

D’abord, je voudrais produire un erratum : quand j’écrivais dans ma note précédente « à la semaine prochaine », je voulais bien entendu dire « à dans un mois ». Ha ha ha, quel étourdi je fais...

 


 

Bon, sérieusement, cette année, le concours est en avril ; et d’ici-là j’ai au moins deux devoirs dans chaque matière, donc je risque fort de sauter pas mal de mises à jour dans les prochains mois. Encore une fois, je terminerai Agustin Oeste à tête reposée (si tant est que ce... truc puisse s’écrire sans quelques centilitres d’alcool dans le sang) et je compte bien lâcher aussi quelques alexandrins – voire un ou deux croquis, puisque de nos jours la génération Internet (je me hais pour avoir écrit ça) n’a plus le courage de lire vingt lignes d’affilée si elles ne sont pas entrecoupées de jolies images.

Pour ne pas tout à fait vous laisser en plan, j'ai griffonné un avis peu informé (je ne suis pas le Docteur Orlof ou que sais-je) sur les quelques films que j'ai eu les temps de regarder ces temps-ci, au cinéma ou en DVD – ou même sur l'antique lecteur de VHS familial, qui survit tant bien que mal par perfusion régulière de coups de pieds et d'huile anti-rouille.

 

The Hitchiker's Guide to the Galaxy (Le Guide du voyageur intergalactique) (2005) :

Je veux bien sûr parler de l'adaptation de Garth Jenning du fameux roman de Douglas Adams (lui-même transcrit de la série radiodiffusée du même nom), contre laquelle les nerds partout dans le monde ont levé un poing rageur.

J'ai été, à vrai dire, agréablement surpris : pour un film tout public, il retenait une bonne partie de l'humour désabusé du bouquin, et les éléments outrageusement Hollywoodiens étaient relativement discrets (la romance inepte avec Trillian... beurk). L'esthétique du film était également très sympa, avec des Vogons vraiment répugnants, et un Marvin dont l'énorme crâne dépressif était assez bien vu ; et les passages qui citaient le guide lui-même étaient hilarants.

En fait, les deux aspects qui ont déplu à la presse sont en gros ceux qui m'ont le plus séduit : l'impression de regarder une suite de sketchs reliés entre eux par une intrigue générale assez lâche, qui me semblait plus une référence à l'humour anglais à la façon des Monty Pythons qu'un signe d'inachèvement ; et l'accent plus volontiers mis sur le sourire que sur le rire. Je l'admets, je n'étais pas plié en deux pendant les cent vingt minutes ; pourtant, le film m'a mis durablement de bonne humeur, et c'est déjà un résultat appréciable.

Quant au casting, il était dans l'ensemble plutôt bon : les faiblesses de la prestation de Zooey Deschanel étaient largement éclipsées par celle, étonnamment convaincante, de Mos Def.

Ah, et la bande-son est super.

 

Sleuth (Le Limier) (1972) :

Si je racontais l'intrigue, ne serait-ce qu'un peu, je gâcherais sans doute la surprise que chaque seconde du film représente pour le spectateur ; je dirai donc simplement que c'est un excellent huis clos, et un très bon policier – bien joué, bien écrit, bien tourné : en somme, sans défaut. (Et leur accent britannique est absolument délectable.)

 

Passons aux sorties récentes :

 

Twilight (Oh je ne vais pas m'emmerder avec les complications de la traduction du titre en français soyez-en sûrs) (2008) :

Mes aïeux que ce film est mauvais. Je déteste avoir à le dire aussi brutalement, mais il n'y a absolument rien à y sauver, du jeu constipé à la réalisation prétentieuse, en passant par l'éclairage ridicule (quand le mec scintille j'ai honte pour le studio d'effets spéciaux), et même le maquillage qui trouve le moyen d'être désastreux. Et l'intrigue, ha ha, quelle intrigue ?

Sérieusement, les copains du héros ne se montrent que la nuit (ou par temps couvert ? Ughhh), ils ont des cernes sous les yeux comme moi le dimanche matin, ils traînent toujours ensemble et parlent comme s'ils sortaient d'un roman d'Emily Brontë ; il ne leur manque littéralement qu'une casquette "je suis un vampire" – et pourtant aucun des péquenots du film n'est fichu d'avoir le moindre soupçon sur leur identité. Et ne parlons pas des scènes "dramatiques" où, sans le moindre embryon d'expression (ces gosses ont été formés à l'école du "whoa" de Keanu Reeves), deux adolescents dont je n'ai rien à faire parce qu'ils n'ont aucune personnalité bien définie se regardent longuement dans les yeux – pendant plusieurs dizaines de minutes. Ah et le personnage principal lit dans les pensées, je crois, ou un truc du genre, mais le point est à peine évoqué qu'il disparaît dans les limbes du film pour ne plus jamais resservir.

Le problème profond est le même que celui du roman (si l'original est passablement écrit, la traduction française, elle, est franchement illisible) : le thème des vampires est tout à fait gratuit. Il pourrait aussi bien s'agir de mafiosi, ou de loups-garous, ou d'extraterrestres caoutchouteux ; S. Meyer s'est contentée de plaquer des clichés de fantasy sur une histoire d'amour impossible qui s'en serait aussi bien passée, et que cela ne rend guère plus originale. Les vampires sont juste là pour faire cool, et ça, en termes d'écriture, c'est un péché mortel – d'ailleurs plutôt caractéristique des fan-fictions que des romans publiés. Enfin, quand on voit ce qui se vend le plus en France... mais assez divagué.

(Un vampire végétarien ?... Ce film se fout de ma gueule. Et tous les thèmes abordés sont presque dérangeants tellement ils sont freudiens...)

 

Australia (2008) :

Enfin un film qui nie de façon obscène les programmes de purification ethnique et les déportations d'aborigènes, en montrant une Australie irréaliste et condescendante ! Bravo de tout cœur aux officiels qui l'ont sponsorisé.


 

Je voudrais aussi produire deux théories :

 

Sur la bohême

C'est amusant de constater que les vieux mots d'esprits des socialistes sur les radicaux ("le cœur à gauche, le portefeuille à droite", "les radicaux sont comme les radis, rouges à l'extérieur, blancs à l'intérieur", et le merveilleux "restaurant socialiste, cuisine bourgeoise") s'appliquent avec une telle perfection à cette plaie parisienne que sont les bourgeois-bohême.

Mettons les choses au clair : je n'ai rien contre la gauche (c'est une litote), je n'ai rien contre la droite (modérée), mais ces opinions politiques à la mode, qu'on adopte pour avoir l'air fin et justifier son joli keffieh, je serai sincère, elles me hérissent.

Or, être un bobo, dans l'immense majorité des cas, c'est avoir son cul hypocrite entre le fauteuil confortable des intérêts bourgeois et le tabouret revendicatif made in Blum et compagnie – ce qui se justifie par une connaissance approximative d'un ou deux passages de Marx, tout comme ils croient tout savoir au reggae pour avoir écouté deux morceaux de Marley (quelle merveilleuse ouverture d'esprit).

D'où mon mauvais esprit : s'inquiéter du cours de son portefeuille d'actions est de mauvais aloi quand on se revendique d'un poème de Rimbaud.

Du reste, si ces gens-là s'étaient révélés à la hauteur de leurs convictions revendiquées, peut-être qu'en tant d'années de Cinquième République (avec plein de majuscules) on aurait eu plus d'un malheureux président socialiste, qui d'ailleurs ne l'était pas tant que ça. (Cela dit, je ne suis pas analyste politique, et je dis sûrement des absurdités. Le cœur du message persiste : je déteste les bobos.)

Merci de votre attention (je devrais ressortir cette tirade comme toast à la fin d'un dîner).

 

I went to prepa and all I got was this lousy shirt

Plus j'y réfléchis, et plus je pense que la prépa littéraire n'est pas une affaire sérieuse, quelque chose qui nous préparerait efficacement aux concours (le seul que nous briguions officiellement a moins de cinq pour cent de réussite !), mais plutôt une sorte de Purgatoire où la providence fait échouer les élèves qui ont commis des crimes affreux dans des vies antérieures. Je ne sais pas très bien ce que j'ai fait de si horrible dans ma précédente existence ; mais en tout cas, au bout de trois ans, je peux vous dire que je l'ai expié !

En effet, au fil des dissertations et des nuits blanches, des versions à la chaîne (qui n'ont hélas que peu pallié mon incapacité chronique à aimer le latin), des devoirs grattés au dernier moment – à force de passer six ou sept heures d'affilée devant un sujet laconique ("comment peut-on gouverner des hommes ?" – mais encore ?) ou de s'emmêler les époques devant un examinateur sans indulgence, le khâgneux développe une sorte de sentiment de la fatalité : tout cela était écrit, et ce n'est qu'après en avoir bien bavé qu'on lui permettra de recouvrer sa liberté.

Mais cette liberté (passez-moi cette rudesse), putain, qu'est-ce qu'elle nous manque ! On a à mon âge (mais vous, lecteur, vous êtes sans doute bien plus vieux) un atavisme de faire la fête qu'un commentaire en anglais à rendre pour le lendemain contredit douloureusement. Dans quelques années, vétérans burinés, nous regarderons sans nostalgie cette époque studieuse, et, le regard fier, de nos lèvres viriles (ou féminines, pardon à mes lectrices éventuelles) nous lâcherons : "pendant ces années, nous avons souffert."

La prépa, c'est un peu notre Vietnam.

 

Et sinon, vous, les faculteux, ça va ?

 

 

PS : Je plaisante, bien entendu.

 

 

PPS : Tout le monde sait que la prépa a été inventée par Hitler et Staline.

 

 

PPPS : Quand ils discutaient aux Enfers.

 

 

PPPPS : Avec Mussolini.

 

 

PPPPPS : Et Pol Pot.

 

 

...

 

 

So long, and thanks for all the fish !

Make tea not love

Bon, je vous préviens d’entrée de jeu, ce qui va suivre est une sorte de stream of consciousness foireux et plein de considérations personnelles vaguement navrantes. Si vous n’aimez pas ça, que vous avez eu une journée éprouvante, que vous aimez crier « cheer up emo kid ! » ou que vous venez d’un chan, passez votre chemin. Sinon, abandonnez ici tout espoir, prenez une clope et un café, mettez un disque de jazz et attachez vos ceintures.

Kansas is going bye
-bye.

¤

Je prise peu la fréquentation de ceux de mes contemporains que le monde tient pour des artistes, des originaux ou des excentriques, à cause de leur grande banalité d'esprit.

La mondanité en effet est en tout fort mauvais juge ; son idée bien pauvre de l'originalité se résume aisément : une façon inhabituelle de se vêtir, accompagnée de la capacité de proférer des sottises sur commande. Sous ce portrait se devine en filigrane celui d'un bouffon ou d'un saltimbanque ; et la République des Lettres n'est jamais loin d'être celle des bateleurs.

- Que trouve le naturaliste derrière ces élytres brillantes ?

Les idées les plus ordinaires qui soient, car on n'a pas besoin de se distinguer par son apparence si on le fait déjà par son esprit.

Quant aux artistes, ils n'ont qu'à affecter l'air tourmenté du poète maudit, et, pour peu qu'ils aient un physique avantageux, ont les jugera bientôt les plus profonds du monde.

- Voilà où règne en maîtresse l'apparence, à n'en pas douter.

Gardez-vous de la dénoncer, imprudent ! On vous traitera au mieux de jaloux, au pire d'esprit négatif, voué à l'opprobre de tous. Il faut se courber, louer ce que tous louent, ou s'en aller. C'est ainsi que les excentriques encouragent au plus haut point le conformisme.

¤

Listez entre 5 et 10 plaisirs que vous vous faites quand vous êtes seuls. (Taggé il y a une éternité, recopié de mémoire.)

 

1.      Lire.

Parce que lire, c’est lire – c’est tout. Je n’essaierai même pas d’expliquer pourquoi je lis ; c’est plutôt ceux qui ne lisent pas qui devraient s’expliquer. Oui, vous les geeks, dans le fond, c’est vous que je regarde.

 

2. Boire du café.

Quoique je sois (un peu) hyperactif, je suis amoureux du café dans tous ses avatars : long, expresso, moulu, soluble, cappuccino, fort, léger, avec ou sans sucre, mais avec une préférence évidente pour le café très noir qu’on consomme vers cinq heures par un après-midi nuageux. Un peu d’Ella Fitzgerald par-dessus est une touche appréciable.

 

3. Lire.

Parce quand je suis seul j’y passe deux fois plus de temps que d’habitude.

 

4. Ecrire, bien sûr.

Avec le temps, ma propension déjà affirmée à noircir des pages est devenue une vraie graphomanie, avec en période de cours des dizaines de pages par jour sur des sujets passionnants allant de la métaphysique des tartines beurrées à des récriminations mal ponctuées sur mes contemporains (voir ci-dessus et ci-dessous, et encore, c’est assez présentable).

 

5. Lire.

Parce que parfois quand j’ai fini de lire je me remets à lire.

 

6. Regarder.

Ce qui est marrant quand on a pris l’habitude de s’intéresser aux détails autour de soi, c’est qu’aucun décor ne paraît plus ni ennuyeux ni générique : sur un chantier, les guirlandes de Noël accrochées sur la grue paraissent touchantes, on s’amuse à suivre les nœuds dans le bois des solives du plafond, les pampres (glorieux) des salles de cours d’H.IV (le lycée, pas la MST) peuvent vous distraire pendant des heures. Pour quelqu’un de plus talentueux que moi, il y aurait des recueils entiers à écrire sur la couleur d’un grille-pain ou les aboiements d’un chien tôt le matin. (Seigneur ! Que cette phrase sonne prétentieux !)

 

7. Lire.

Parce qu’on ne lit jamais assez.

 

8. Déprimer.

Mon dieu ! Où sont tous les gens ? Revenez ! (Ouais, je bien suis trop superficiel pour méditer dans la tranquillité ascétique de mon esprit ; quand je reste deux heures sans parler à quelqu’un, je sombre dans la déprime et l’hypochondrie. Animal politique toi-même, d’abord !)

¤

Lettre ouverte à Madame Gauloise de la Claupe

 

Chère Madame,

 

Nous devons vivre une époque peu glorieuse car j'apprends à l'instant que noyer son chagrin dans l'alcool, le café et la nicotine est devenu incorrect : on doit leur substituer semble-t-il pour plaire à son lectorat juvénile le jus d'orange, les chewing-gums et la camomille ; pas étonnant que le rock’n’roll soit mort. De telles toxines qui de tout temps ont fait la grandeur des poètes insomniaques seraient dit-on peu édifiantes pour la jeunesse et nuiraient gravement à la santé, avertissement qui sonne plus comme une menace du Parrain que comme un avis médical. (« C'est un beau poumon que vous avez là... Ce serait dommage s'il lui arrivait un accident... » Et ne parlons pas du fort comminatoire « Fumer tue. »)

Du reste il est entendu que nous voulons tous mener une vie sinon heureuse du moins longue et productive afin de ne pas laisser égoïstement la société faire les frais de notre enterrement d'alcoolique/fumeur compulsif/caféinomane : qu'importe le plaisir pourvu qu'on ait la santé, après tout. Enfin, moi je dis ça mais je ne fume même pas, par une pétoche irraisonnée de la trachéotomie qui est peut-être le résultat des sinistres campagnes de sensibilisation de mon enfance ; et aussi parce que ça coûte diablement cher, ces horreurs-là. Mais rien que pour contrarier l'opinion on se mettrait à cloper, ce qui est je suppose une logique individualiste typique de nos sociétés en pleine débandade, ma bonne dame, si ce n'est pas malheureux. (Débandade est le mot, parlant des ravages de la cigarette ; et voilà une autre bonne raison de ne pas m'y mettre.)

On aura compris en tout cas que la morale-d'anniversaire-à-fraise-tagadas (et encore l'innocente confiserie gélifiée est-elle soupçonnée d'encourager l'obésité) a de quoi agacer les esprits libres, qu'ils apprécient ou non les plaisirs divins du tabac et de l'éthanol ; nous savons bien que manger rend gros, boire du café nerveux, et fumer américain (ou capitaliste, beurk) : point n'est besoin de nous le marteler comme Stakhanov son filon. Quant à la modération elle sent trop son radical-cassoulet (lequel du reste abusait des bonnes choses à commencer par la charcuterie champêtre) pour charmer nos jeunes esprits.

Terminons dignement ce plaidoyer : demander à quelqu'un(e) s'il a du feu reste même en ces temps prudes un bon moyen de briser la glace.

 

Mes amitiés à mademoiselle Nicorette,

G.

¤

« Je préfère qu'on reste amis. »

Vous illustrerez et discuterez à l'aide d'exemples précis ce propos de la fille qui vient de vous plaquer comme une vieille chaussette.

 

Si je vous disais combien j'ai pu haïr ces six mots (ou cinq pour ne pas vexer les handicapés du calcul mental qui nous lisent) vous vous feriez une idée sans doute peu flatteuse de ma vie sentimentale. Or comme vous avez déjà selon toute apparence une opinion déplorable de cette dernière, rien ne m'empêche d'exprimer toute ma détestation (courtoise et raisonnée) pour cet abominable morceau de phrase. Pour cela je procéderai en trois temps : la thèse, la thèse, et la thèse parce que s'il y a bien un truc que je déteste plus que la phrase susdite c'est être contredit. Quant à notre problématique, elle sera la plus claire du monde : pourquoi ne doit-on jamais dire ça, et quels châtiments corporels atroces devraient encourir celles et ceux qui le font.

 

Dans un premier temps, je devrais en toute logique estudiantine essayer de définir les termes du sujet ; cependant je crains que l'esprit de l'énonciatrice ne soit pas si clair (ou est-il justement trop clair ?) qu'on puisse leur donner un sens autre que « tu es laid et tu m'ennuies » ce qui je vous l'accorde honorables membres du jury ne fait pour ainsi dire pas avancer le bousin.

Essayons tout de même et, sur le modèle des paroles du sage (« le con, quand il part on a l'impression qu'il revient ») donnons un résumé synthétique de la notion : l'amitié dont on nous parle est de toute évidence une amitié profonde, très profonde - tellement profonde qu'on la voit plus. Je sais c'est la vieillesse qui est un naufrage mais apparemment la jeunesse aussi ; parce que quand elle vous dit ça, c'est qu'elle a l'intention de vous accueillir la prochaine fois avec des choses horribles comme des tapes dans le dos, des paroles réconfortantes et du spray lacrymogène.

Et alors quand on en a besoin ! Pas la peine d'essayer de la repêcher ! Sous prétexte que vous avez vécu des moments merveilleux tous les deux (comme la fois où vous êtes tombé du quai et cette contravention qu'elle avait eue avec votre voiture) elle estimera que vous lui devez tout et qu'en revanche elle n'a pas de comptes à vous rendre, au point de ne pas même payer sa part du déjeuner dans un grand restaurant que vous aviez proposé en comptant bien dans votre for intérieur que vous n'auriez pas à assumer la totalité de cette note qui vous mettra sur la paille et vous obligera à vous prostituer pour payer vos études.

A ce niveau là, c'est même plus profond, c'est abyssal ; ce sont les endroits où vivent ces poissons bizarres avec des mâchoires énormes et des tas de petites lumières sur les écailles. D'ailleurs parlons-en de vos poissons que vous avez retrouvés dans son appartement flottant sur le dos au milieu d'un aquarium qu'elle n'avait pas lavé depuis quatorze mois et où les amibes et les bactéries avaient bâti une microscopique civilisation avec de petits temples et des statues en son honneur, comme dans ce bocal de pickles que vous aviez oublié à côté du radiateur mais nous nous égarons.

Bref (contrairement à Casimir le dinosaure et à la vodka) elle ne veut pas vraiment être votre amie et si vous tenez à votre santé mentale vous non plus.

Mais il y a des remèdes ! Les amitiés de remplacement incluent les gens qui boivent, les gens qui dansent et les gens qui vous invitent à aller voir des nanars au cinoche surtout qu’en ce moment il y en a un bon paquet (« alors c’est l’histoire de Keanu Reeves et c’est un extraterrestre et il combat un robot qui se transforme en un nuage de moustiques – génial ! ») ; une réserve : de l’avis général outre-atlantique évitez le festival d’angoisse adolescente et d’yeux cernés qu’est Twilight (Fascination ? qu’est-ce que les traducteurs avaient encore pris ?) sauf si vous êtes une collégienne et/ou un fanatique de Bridget Jones (que les deux puissent être compatibles me donne des frissons).

 

Solution alternative : le monachisme.

¤

C'est un idéal bien étrange dont procèdent les usages des gens de mon époque. Un idéal du droit, à n'en pas douter - mais n'allez pas imaginer qu'ils méditent sur la loi. Il s'agit plutôt pour chacun de son droit à faire ceci ou cela, lequel provoque quand on l'estime bafoué des indignations semblables à des caprices d'enfant.

En vertu de la sacro-sainte relativité des mœurs et des idées, le plus humble citoyen revendique son droit inaliénable à penser de travers, à fourrer dans les lieux publics son doigt dans tous les orifices que possède son malheureux visage et à s'abrutir le samedi soir devant sa télévision. Critiquez ses us, et il vous répondra que « des goûts et des couleurs on ne discute pas. »

- Cela passe encore, il ne faut point être trop intolérant.

Hélas, je n'en ai pas fini ! La familiarité de notre ami avec les deux ou trois premiers articles de la Constitution (il est très improbable qu'il soit allé plus loin) le rend tout à fait incorrigible ; on ne peut l'enjoindre de cesser de se conduire en rustre sans se heurter à un courroux sacré.

Les libertés individuelles ! mugit-il - et le pauvre homme n'a pas la moindre idée de ce que cela signifie.

De là également l'impossibilité de porter le moindre jugement sur quiconque en public : les prudes civiques vous objecteraient cette éthique pour simples d'esprit qu'est le politiquement correct - lors même qu'elles ne respectent plus ni courtoisie ni élégance.

C'est là la plus terrible des défaites ; il n'est rien qu'on puisse objecter à la bêtise.

¤

L'amour paraît-il n'est rien qu'une sorte de réaction chimique dans nos méninges ; une agitation électrique, des synapses qui court-circuitent ou des molécules facétieuses qui s'entendent à nous donner scientifiquement le tournis. À vrai dire (n'en déplaise à Mignard) ce n'est ni plus beau, ni plus poétique, ni plus touchant de voir partout des anges joufflus et rougeauds décochant d'arcs en plastique des flèches en toc et se drapant dans des pampres Second Empire au lieu de s'inquiéter de leur cholestérol. Un tel matérialisme aide même à relativiser vos petits problèmes : hier on s'aimait, c'était superbe, on se gorgeait de tout une batterie de substances euphorisantes qui rendaient incapable (hélas) de voir la coiffure ou le goût vestimentaire fâcheux de l'être aimé comme si nous étions sous une perfusion permanente de champagne. Maintenant c'est la gueule de bois : le cerveau s'affole de ne plus avoir sa dose d'endorphine et commence à avoir des tremblements d'alcoolique anonyme qui vous donnent l'impression que votre petit cœur se brise ou quelque métaphore d'un réalisme physiologique semblable. Le cœur c'est une pompe, pas le merveilleux royaume de Sissi impératrice ; et cette envie persistante de se mettre en position fétale n'est que l'effet d'un sevrage. Non, il n'y a pas d'idée du Beau qui vient de disparaître au ciel éternel des Clichés, oui, vous pourrez aimer à nouveau, plutôt trop tôt que trop tard – et bien sûr je trouve vos idées de suicide ridicules.

Alors de grâce, renoncez à me parler de vos problèmes – et prenez une putain de barre chocolatée.

¤

Et sur ce message optimiste, nous rendons l’antenne.

N°17: Adieu, vive clarté...

  • May. 10th, 2008 at 11:58 AM
Flob'

Le concours approche à grands pas : vous comprendrez aisément que j’aie autre chose à écrire que des histoires de roux et de croquemitaines... Elles ne sauraient toutefois tarder à reprendre, d’ici deux semaines tout au plus. Cela ne m’empêchera pas de laisser ici un mot hebdomadaire, pour ne pas perdre le rythme : aujourd’hui, je vous parle de Portal, de la F.I.G.B., et de Cash.

¤

Condensé de bonne humeur (peut nuire gravement aux concours – à consommer avec modération) :

Quand on termine un jeu, on est parfois fier. On est parfois content que ce soit fini. On est parfois admiratif. On est parfois impatient de voir la suite. Il m’est même arrivé de vouloir recommencer à zéro à peine le jeu terminé ! Mais jamais devant un jeu je n’avais ressenti le sentiment que j’ai eu après Portal : je n’étais pas seulement content, non, c’était de la bonne humeur pure.

Je ne peux le comparer qu’au moment j’ai vu pour la première fois la fin de Dr. Strangelove (de l’immense Stanley Kubrick), avec la réplique culte de Peter Sellers et ces superbes explosions de bombes atomiques des toutes les formes, sur fond de We’ll Meet Again de Vera Lynn. Et aussi quand les chrétiens crucifiés chantent Always Look On The Bright Side Of Life sur le Golgotha, à la fin de La Vie de Brian. Ce sont plus que des scènes d’anthologies : ce sont des condensés de bonne humeur. Ben Portal, c’est pareil.

Bien sûr, Serious Sam était rigolo, Vice City m’a fait sourire assez souvent, et quelques mots d’esprit de Duke Nukem m’ont marqué ("Hail to the king, baby !", référence à Evil Dead 3). Mais Portal, c’est une autre paire de manches : c’est le genre de truc qui vous faire sourire avec extase rien que d’y repenser. C’est une drogue sans addiction. C’est un antidépresseur concentré. C’est le bien. Et non, le gâteau n’est pas un mensonge.

Et sinon, les mitrailleuses automatiques, elles sont trop mignonnes. Elles me font penser au chat de mon frère.

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Pourquoi j’ai mangé Jean Dujardin :

Dans les sorties récentes, j’ai bien aimé Iron Man. Et la liste de ce que j’ai bien aimé ces derniers temps s’arrête là, attendu que le seul autre film que j’ai eu le temps de voir était Cash. Or, Cash était mauvais ! Mais n’anticipons pas.

D’abord, j’aurais dû écouter mon instinct cinéphile : il me chuchotait avec insistance qu’un film dont l’affiche évoquait une resucée fauchée et franchouillarde d’Ocean’s Eleven avait autant de chances d’être bon que Janclôde de gagner l’oscar de la meilleure interprétation masculine. Il avait raison, le bougre. Car c’est le même instinct qui me disait que "Brice de Nice" –de son vrai nom Dujardin– était un gage de qualité assez médiocre, et le même encore qui claironnait que Jean Reno n’avait pas tourné dans un bon film depuis le néolithique, c’est à dire depuis Léon. Que ne l’ai-je entendu ?

J’ai fait aveuglément confiance à Eric Besnard, voilà tout. À ma décharge, ce réalisateur (et scénariste) avait commis Le Nouveau protocole, qui était tout sauf un navet. Il faut croire qu’à l’heure de tourner Cash, il a eu un méchant coup de barre (ou un méchant besoin de régler ses dettes en Cash). En effet, Besnard s’est découvert un récent amour pour le fouillis hype... Ou, plus vraisemblablement, il a vu Arnaques, crimes et botanique, et s’est écrié : "moi aussi, je peux le faire !"

Non, Eric, tu ne peux pas ! Tu n’es ni Guy Ritchie, ni Tarentino, et ce que tu prends pour un film pétillant et trépidant pétille moyennement et oublie souvent de trépider. On pourrait croire qu’il suffit de mélanger dans une marmite à pellicule des transitions rapides, des écrans multiples et des arrêts sur image pour obtenir un film enlevé. Mais tout le monde ne peut pas réaliser Snatch ! Si, comme scénariste, Besnard vaut son pesant de cacahouètes, il est assez maladroit –inexpérimenté, en fait– quand il s’agit de tourner à proprement parler : on aboutit donc à une réalisation prétentieuse, confuse, qui fait ressortir tous les problèmes de rythme de l’intrigue au lieu de les atténuer. Ladite intrigue étant plutôt complexe, ce qui n’arrange rien : le film eût-il été passablement tourné, je l’aurais qualifiée de captivante, mais la confusion de la réalisation la rend simplement brouillonne... Dommage.

En ce qui concerne les acteurs, je vais essayer d’inhiber mes pulsions d’enfoncer un pic à glace entre les deux yeux de Jean Dujardin –que je n’aime pas trop–, et donner des arguments. Ou du moins faire semblant.

Valeria Golino, illustre inconnue au bataillon, ne joue ni bien ni mal. En fait, elle était tellement insignifiante ("potiche", me souffle-t-on) que j’ai bien du mal à me rappeler la façon dont elle jouait...
Quant aux autres rôles féminins, ils sont purement décoratifs : le scénario les considère comme des objets ("alors, je drague qui au juste ?" est sans rire un gros enjeu du film), et le critique féministe (si, si) s’en agace. Sinon, Jean Reno est manifestement plus intéressé par son cachet que par le déroulement de l’intrigue ; François Berléand plisse les yeux et prend l’air constipé les trois quarts du temps. Et puis il y a Jean Dujardin qui cabotine, surjoue, et se prend pour Belmondo, le charisme en moins : rien de bien nouveau. (La façon dont cet acteur au talent modeste et au sex-appeal de crustacé est adulé par la critique me laisse pantois, d’ailleurs.)

En somme, le film est un beau gâchis : il a une intrigue qui aurait pu être intéressante si elle avait été présentée plus habilement, une réalisation qui aurait pu faire l’affaire si elle avait été plus sobre, et une distribution qui aurait pu se révéler efficace si Jean Dujardin était mort.

Aurait pu. Alors sauvez Besnard : exilez Dujardin.

Bon ouiquende, les gens,


Le Masque des Ronces.

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Flob'
« La femme Narsès : Comment cela s'appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd'hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l'air pourtant se respire et qu'on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s'entretuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?
Electre : Demande au mendiant. Il le sait.
Le mendiant : Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s'appelle l'aurore. »

(Jean Giraudoux, Electre, Acte II, scène 10.)

Non, vous n'avez pas rêvé, c'est bien un nouveau chapitre des Mirifiques Aventures que je vous offre aujourd'hui, avec 50% de dialogue ennuyeux supplémentaire ! et des vrais morceaux d'explication dedans. Mais avant, partageons un petit moment de misère humaine que j'ai vécu dans le métro.

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(La scène est dans le métro parisien. Deux jeunes filles discutent du baccalauréat qui s'approche, à deux pas d'un étudiant assis sur un strapontin et qui lit un épais roman.)

Cruche n°1 : Mais Hitler, il était pas communiste ?

Cruche n°2 : (riant de la naïveté de son amie) Mais non, voyons, il était naziste !

L'étudiant : (facepalm)

(Toute ressemblance avec une situation réelle me fait bien marrer.)


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Chapitre septième : Où l’on s’explique enfin !

Abigail Azad était de ces personnes qu’une intense vie intérieure ne dispensait pas de se tourner vers autrui, bien au contraire ; elle tenait à faire partager ses illuminations au reste du monde, qu’il le veuille ou non. Aussi, et bien qu’Aliocha fût intimidé par les airs mystiques que la sœur d’Agustin se donnait, les deux jeunes gens engagèrent-ils une discussion amicale à leur réveil. Qu’on ne s’étonne pas de l’aspect décalé d’une telle conduite en un tel lieu ! Entre gens du meilleur monde comme l’étaient nos héros, entretenir la conversation est un devoir prioritaire, bien plus que de s’étonner des mystères et autres deus ex machina vulgaires qui pouvaient se produire.

Contrairement à Agustin, ils s’éveillèrent là où ils s’étaient assoupis. C’était un confort qu’ils n’appréciaient guère, dans leur insouciance... La fin de leur sieste ne fut pas pourtant exempte de surprises : en premier lieu, il était naturel qu’ils se demandassent quelle force les avait poussés à s’assoupir si brusquement, et à s’éveiller de même. Ils trouvèrent aussi un sujet d’inquiétude (assez modeste, il est vrai) dans l’absence d’Agustin.

Inquiétude modeste, car cet homme –qui leur apparaissait à tous deux comme un frère et un mentor– était à leur avis amplement capable de se débrouiller seul. De surcroît, ils ne savaient s’il avait succombé à la même torpeur qu’eux, ou s’il était parti en chercher la cause ; auquel cas ils n’avaient qu’à se tourner les pouces en l’attendant. Ce qu’ils commencèrent à faire sans délai.

« C’est quand même bizarre, toute cette histoire, fit Aliocha d’un air mystérieux.

- Tu as une idée là-dessus ?

- Ah, euh, non, pas vraiment... Je disais juste ça histoire de discuter. De toute façon Agustin va régler le problème, comme d’habitude !

- Comme d’habitude, murmura Abigail avec une pointe de lassitude.

- Ça t’ennuie, on dirait.

- Non, non, se justifia-t-elle. J’ai juste un mauvais pressentiment. Et puis les cartes...

- Ne me sors pas le tarot, protesta le jeune homme en ricanant, il y a un truc qui t’ennuie et c’est pas les astres.

- Ce ne sont pas, corrigea-t-elle automatiquement. Et puis qu’est-ce que tu en sais, au juste ?

- Tu m’as dit avant-hier que le tarot, c’était des conneries.

- Bon, c’est vrai que... Enfin... T’en n’as pas marre, toi, de laisser mon frangin faire tout le boulot ?

- C’est plutôt reposant.

- Ennuyeux, reprit-elle.

- Qu’est-ce que tu veux y faire ?

- Je n’sais pas, moi, enquêter, agir, faire quelque chose !

- Monter jusqu’au lac, ça te dirait ? proposa-t-il après un long silence concentré. C’est pas l’aventure, mais ça va nous occuper.

- Ça me va. »

Et les voilà partis vers le sommet du volcan, pour des péripéties modérément utiles et raisonnablement mystérieuses. Qu’arrivait-il à Agustin pendant ces palabres ?

Agustin regardait l’épouvantail, et réciproquement. Celui-ci s’était arrêté en plein milieu d’une phrase et avait penché sa tête de paille, comme s’il entendait un bruit suspect. Or Agustin n’entendait rien que le vent qui soufflait dans sa tignasse rousse...

Mais soudain, il y eut derrière notre héros comme un grognement sourd, qui s’amplifia et se gonfla bientôt pour devenir un miaulement gigantesque. Le vaillant Espagnol resta pétrifié quelques secondes. Puis, il commença à se retourner, lentement et sans gestes brusques –c’est-à-dire sans autre geste brusque que le sursaut de surprise qu’il eut en découvrant ce qui venait d’atterrir derrière lui.

C’était... une espèce de félin géant, noir, échevelé, qui devait faire près de deux mètres au garrot. Sa tête était trop grosse, d’une rondeur étonnante, et recouverte comme une pelote d’épingles d’une constellation de moustaches rigides ; dans cette masse sombre et hirsute se dégageaient deux yeux verts, ronds, et deux rangées de dents acérées si blanches qu’elles semblaient briller de leur propre éclat. Ajoutez à cela de longues oreilles saillantes, semblables aux cornes d’un diable, et des pattes griffues, et vous aurez une idée de l’effroi que ressentit alors Oeste.

Çà et là, des morceaux de tissu semblaient avoir été cousus sur sa fourrure ébouriffée, et lui donnaient l’air d’une peluche rapiécée ; mais son sourire inquiétant n’avait rien d’agressif. Agustin se souvint alors que ce n’était qu’un rêve –du moins le croyait-il– et reprit ses esprits.

« Et vous, demanda-il calmement à la créature, qu’êtes-vous, au juste ? Et pouvez-vous me dire ce que je fais ici ? »

Et à sa grande surprise, le félin répondit, d’une voix sifflante :

« Pas d’impatience, petit homme. Vous aurez toutes les réponses en temps voulu.

- Vous me fatiguez avec vos charades. Venez-en au fait !

- Pour commencer, mon nom est Orco, et je suis un croquemitaine.

- Admettons – où suis-je, et pourquoi y suis-je ?

- Vous êtes dans notre monde, les Limbes : c’est Scarecrows qui vous y a fait venir, parce que nous avions besoin de vous.

- Merveilleux, commenta le jeune homme avec agacement. Cela n’aurait-il pas un rapport avec Folpense, par hasard ?

- Si, bien entendu... Mais je vous sens incrédule. Laissez-moi vous expliquer. »

Agustin se contenta de hocher la tête d’un air défiant, prêt à se réveiller d’un moment à l’autre de ce songe étrange. Le croquemitaine reprit, d’une voix de conteur.

« Notre monde existe depuis que vous avez commencé à vous inventer des Dieux pour peupler le ciel... C’est une sorte d’inconscient collectif, un imaginaire universel qui s’est mis à exister de lui-même... Un lieu où se réfugient les victimes du scepticisme moder...

- Epargnez-moi la métaphysique de comptoir, de grâce ! coupa Agustin. J’ai lu suffisamment de romans fantastiques pour savoir au mot près ce que vous allez me dire.

- Parfait, parfait, cela me simplifie la tâche ! » répliqua Orco, pas le moins vexé du monde.

« Nous autres créatures des Limbes, » continua-t-il sur un ton plus neutre « avons en général le pouvoir d’agir sur les humains par la pensée – et par la pensée seulement ! Nous pratiquons habituellement la non-ingérence : pour vivre heureux, nous vivons cachés. Mais il y a peu, nous avons laissé échapper dans la nature –celle de votre monde– un camarade fort dangereux, que nous tenions prisonnier depuis plusieurs siècles, la Tarasque.

« Mais je m’embrouille... Il faut d’abord que vous sachiez que les habitants d’ici n’ont pas habituellement le pouvoir de se rendre sur Terre : ils sont des esprits sans corps – et votre esprit à vous est trop attaché à votre corps pour que vous puissiez nous rejoindre. Seuls de rares élus, les hiérophantes, possèdent la malformation nécessaire pour visiter les deux mondes : une âme mal fixée à leur corps, qu’on peut arracher et transporter temporairement dans l’autre monde. La contrepartie ? En général, ils meurent jeunes ; leur esprit est fragile. Ce n’était pas le cas de la Tarasque ; en revanche, c’est le vôtre.

« Bref, nous avons conclu que c’était un autre hiérophante, comme vous, qui était venu dans les Limbes et avait prêté son corps à la Tarasque, dans un but inconnu. La Tarasque est une bête constamment affamée ; en son cœur est un gouffre sans fond où elle peut tout engloutir, matière et esprit. Elle a déjà dévoré Folpense, et nous n’avons pu sauver ses habitants que de justesse – lorsqu’ils rêvent, les humains sont plus vulnérables à notre influence, et nous pouvons les contrôler comme des marionnettes ; nous les avons donc évacués pendant la nuit vers une ville voisine.

- Pourquoi ne pas avoir utilisé une de ces « marionnettes » pour empêcher la Tarasque de nuire, alors ?

- Trop de différence de force entre un humain normal et un possédé – et puis nous n’aimons pas utiliser les gens contre leur gré.

- Donc l’illusion d’Ainsworth, c’était vous aussi, conclut Agustin sur un ton étrangement apathique. Et c’est vous qui nous avez endormis.

- Oui. La Tarasque allait avaler Folpense d’un instant à l’autre, c’était la seule solution pour vous sortir de ce guêpier ! intervint Scarecrows. Et si nous avons endormi vos deux camarades, c’est bien sûr pour préserver le secret des Limbes. S’ils vous avaient vu vous volatiliser, ils auraient conçu des soupçons... Mais cela ne règle pas le problème de la Tarasque.

- Et vous proposez quoi, pour régler ce problème ? » s’enquit son interlocuteur avec un air de s’en foutre.

Scarecrows et Orco hésitèrent un instant, visiblement gênés. Le croquemitaine chercha ses mots un instant, bredouilla, puis se lança :

« Comme vous êtes un hiérophante... vous pourriez, comment dire... vous laisser posséder par moi ; je me servirais de votre corps pour aller sur Terre et vaincre la Tarasque, et je vous laisserais tranquille ensuite. Ce serait l’affaire de quelques heures... Qu’en pensez-vous ?

- Il n’en est pas question.

- Pardon ?

- Vous n’aimez pas « utiliser les gens contre leur gré » ? Ça tombe bien, je refuse.

- Mais vous ne comprenez pas, la Tarasque est terriblement dangereuse ! Des vies sont en jeu !

- Je ne me suis jamais laissé commander par les produits de mon inconscient, et ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer. Votre histoire est si invraisemblable que j’ai honte de l’avoir rêvée... Adieu, messieurs, je vais chercher une issue à ce songe idiot ! »

Ce disant, il tourna les talons avec un mécontentement visible.

Mais son pied buta sur quelque chose ; il se baissa : une racine le retenait. Avec terreur, il la vit se recourber autour de sa jambe et la serrer, de plus en plus fort. Soudain, une autre jaillit à sa droite et lui saisit le bras ; à gauche, une troisième s’enroulait déjà sur son épaule. Derrière lui, une branche tortueuse se saisit de son cou ; des ronces remontèrent le long de ses jambes, l’enserrant dans un filet sinistre et douloureux. Les jambes, les bras entravés par cette prison végétale, il sentait l’étreinte se resserrer toujours plus, déchirer ses vêtements, sa peau. Le corps entier contracté par des spasmes de panique, il attendait de se réveiller de ce cauchemar atroce. Mais le réveil ne vint pas. Se pouvait-il que les Limbes existassent vraiment ? pensa-t-il, tandis qu’Orco lui bondissait dessus.

« Désolé, petit homme, murmura le Croquemitaine. Ta sottise ne nous donne pas le choix. »

Et il disparut dans une bouffée de fumée grise au contact d’Agustin.

« Il l’a absorbé... Il ne reste plus qu’à vaincre la Tarasque » commenta Scarecrows à voix basse.

Un instant plus tard, Agustin se réveilla dans la bruyère près de Folpense, la tête pleine des échos d’un rêve insolite. Il se frotta un peu l’occiput, eut froid ; par un temps si beau, c’était étrange. Plus le temps passait, plus le souvenir de sa vision devenait confus... Il lui semblait de toute façon qu’il avait des choses autrement plus importantes à penser. Il se releva d’un bond, bailla, s’étira bruyamment.

« Hé, Abi, tu ne devineras jamais de quoi j’ai rêvé ! » annonça-t-il d’une voix forte.

Le vent dans les montagnes lui répondit.

Il se rendit alors compte que les deux gosses s’étaient subrepticement barrés. Où diable étaient-ils allés se fourrer ?

À suivre...



Poll #1181841 Que va faire Agustin dans le prochain chapitre ?
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Agustin va...

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Monter jusqu'au lac.
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Retourner à la pension pour se nourrir, parce que dans tout ça il n'a toujours pas déjeuné.
2 (100.0%)

Retourner examiner les ruines de Folpense.
0 (0.0%)

Flob'

Petit guide pour n’être point damné :

Sauf ceux qui l’ignorent parce qu’ils n’en savent rien et réciproquement, tout le monde est persuadé de nos jours que la nouvelle, avec le cheval, le chien, la sécurité sociale et quelques autres, est la plus belle conquête de l’homme. Or, comme beaucoup de cavaliers et de cotisateurs pourront vous le confirmer, ce genre de conquête tourne rapidement à la rosse entre des mains inexpertes. C’est pourquoi (en tant que lecteur assidu de publications sur Internet et non en tant qu’auteur) j’ai décidé de publier ce pandémonium des défauts d’écriture qui selon moi méritent la damnation éternelle dans les flammes de l’enfer.

Dans une large mesure, c’est du second degré : je ne suis pas moi-même exempt de ces péchés, et je n’ai aucun droit à juger mes petits camarades plumitifs. Mais bon, castigat ridendo mores, comme disait l’autre ; il y a vraiment des vices agaçants, dans les fan-fictions comme dans les travaux originaux, et ce ne serait pas du luxe d’en corriger certains.

(Et bon sang, n’allez me taxer ni ce catholicisme, ni de sacrilège ; c’est pour de rire.)


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Orgueil :

(Ou égocentrisme, Mary-Sue-isme, narcissisme, et toutes sortes de noms d’oiseaux.)

Parce que tout le monde sait que vous vous identifiez à mort avec ce personnage très beau, surpuissant et héroïque dont la mort chevaleresque est un exemple pour les deux-tiers de l’humanité. Conseil d’ami : à l’avenir, avant de créer un personnage, prenez une douche glacée et faites ce test.

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Gourmandise :

(Ou syndrome des yeux plus gros que le ventre.)

On a tous commencé nos travaux d’écriture par prévoir un projet monumental qui devait transcender la Recherche du Temps Perdu, la relativité restreinte et générale, les critiques de Kant et l’intégrale de San Antonio tout à la fois. Inutile de dire qu’il faut s’en tenir à des ambitions plus réalistes s’il l’on veut publier un jour.

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Paresse :

(Ou politique du moindre effort.)

La paresse est sans conteste le péché capital de l’auteur : qu’on se le dise, écrire, c’est du boulot, beaucoup de boulot. Alors si vous n’êtes pas prêt à vous défoncer un peu, c’est même pas la peine de commencer à publier quoi que ce soit !

(Jouez plutôt au démineur, c’est moins fatigant, quoique.)

En vrac, ce qui dénote un manque chronique de boulot à la lecture : pas ou peu de description des décors ; le héros anonyme, amnésique et mystérieux, qui, outre son caractère cool et stéréotypé (les deux vont souvent ensemble), est souvent bien pratique lorsqu’on flemmasse à lui trouver un passé ; des personnages définis uniquement par leur profession et leur âge, voire une vague mention de la couleur de leurs cheveux ; des protagonistes sournoisement piqués dans d’autres histoires et à peine retouchés (« mais non, ce Byrano de Cergerac est un personnage tout à fait original ») ; le manque d’ambition de l’intrigue (« ah, heureusement que nous ne sommes pas dehors à nous battre contre ces deux cent mille extraterrestres et tu veux un sucre ou deux dans ton thé Bernard ? ») ; l’histoire, improvisée au fur et à mesure ; un style sujet-verbe-complément qui ne déparerait pas la méthode Assimil ; les fautes de frappes, dont certaines échappent parfois à la relecture, mais qui, quand elles sont trop nombreuses, font franchement foutage de gueule ; les erreurs de continuité flagrantes ; les intrigues "cliché" ou rebattues (« je suis ton père ! » D:) ; les dialogues tirés de Dawson (« j’arrive pas à dormir ! » *battement de cils*) ; les transitions trop brutales (« pendant ce temps-là, à Veracruz... »), et en général tout ce qui fait que votre texte ressemble plus à un indicateur d’horaires de chemin de fer qu’à la Comédie Humaine.

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Luxure :

(Ou tendance à sombrer dans le libidineux.)

En soi, décrire des rapports sexuels dans une histoire n’est pas rédhibitoire ; c’est plus réaliste que de refuser obstinément des les considérer.

Mais ne sombrons pas non plus dans l’excès inverse, à savoir l’abondance de scènes gratuites de ce type : c’est invraisemblable, ça lasse le lecteur, et ça lui donne une idée assez douteuse de votre personne. Plus généralement, on préférera l’allusion sournoise qui laisse le lecteur libre d’imaginer ce qu’il veut selon ses propres désirs pervers ; ce sera plus satisfaisant et pour sa libido, et pour votre fierté si ce sont des connaissances à vous qui vous beta-readent.

(Et puis ça évite de devoir interdire ses écrits aux moins de 18 ans, auquel cas je n’aurais même pas le droit de me relire.)

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Avarice :

(Ou cupidité littéraire.)

Tout le monde déteste les auteurs qui larmoient après des commentaires, supplient le lecteur des mettre leurs histoires en favoris et se livrent à toutes sortes de manipulations en sous-main pour que le plus de gens possible tombent sur leur prose. Publier, ce n’est pas un concours de popularité ou de référencement dans les moteurs de recherche : si vous n’écrivez pas un peu pour vous-même, je ne suis pas sûr que vous arriverez à grand’chose.

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Colère :

(Ou ce qui résulte de la fierté mal placée.)

On voit de plus en plus d’auteurs qui répondent désagréablement à leurs commentateurs sous prétexte qu’ils s’attendaient à plus de louanges ou qu’on n’apprécie pas leur travail à sa juste valeur. Une fois pour toutes, comprenez bien que vous n’êtes pas votre texte, et qu’en aucun cas une critique constructive n’est une attaque personnelle. (Sauf si on vous y traite de con, mais dans ce cas ce n’est plus vraiment une critique constructive.)

Les gens qui commentent prennent le temps de lire votre prose et d’écrire un message juste pour que puissez vous améliorer ; la moindre des choses est de répondre poliment et de tenir compte des remarques qu’on vous a faites. Comme vous n’êtes pas infaillible et parfait, cela vous permettra aussi de progresser.

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Envie :

(Ou mauvaise foi jalouse.)

Que vous écriviez ne doit pas vous empêcher de considérer d’un œil froid et impartial les publications des autres ; si vous commentez des histoires, tâchez de ne pas vous demander systématiquement si c’est mieux ou moins bien que votre propre production, mais essayez plutôt d’apporter de l’eau constructive au moulin de l’auteur, si vous voyez ce que je veux dire. Si vous ne voyez pas, abandonnez la littérature et tournez-vous vers le bridge.

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Il va de soi que selon ces critères, je suis excommunié depuis déjà longtemps ; et vous, lecteurs, quels sont les vices d’écriture dont vous êtes coupables, que je m’abstienne de vous absoudre ? (Vous pouvez aussi ajouter vos résultats au test de Mary-Sue-isme si ça vous chante, ce serait marrant.)