N°26: Misère !

  • Jan. 11th, 2009 at 2:55 PM
Bob Dylan
Cliquez ici pour partager ma consternation )

Et mon travail ici est achevé. Je pars pour de nouvelles aventures... (À la semaine prochaine, les aminches.)

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N°17: Adieu, vive clarté...

  • May. 10th, 2008 at 11:58 AM
Flob'

Le concours approche à grands pas : vous comprendrez aisément que j’aie autre chose à écrire que des histoires de roux et de croquemitaines... Elles ne sauraient toutefois tarder à reprendre, d’ici deux semaines tout au plus. Cela ne m’empêchera pas de laisser ici un mot hebdomadaire, pour ne pas perdre le rythme : aujourd’hui, je vous parle de Portal, de la F.I.G.B., et de Cash.

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Condensé de bonne humeur (peut nuire gravement aux concours – à consommer avec modération) :

Quand on termine un jeu, on est parfois fier. On est parfois content que ce soit fini. On est parfois admiratif. On est parfois impatient de voir la suite. Il m’est même arrivé de vouloir recommencer à zéro à peine le jeu terminé ! Mais jamais devant un jeu je n’avais ressenti le sentiment que j’ai eu après Portal : je n’étais pas seulement content, non, c’était de la bonne humeur pure.

Je ne peux le comparer qu’au moment j’ai vu pour la première fois la fin de Dr. Strangelove (de l’immense Stanley Kubrick), avec la réplique culte de Peter Sellers et ces superbes explosions de bombes atomiques des toutes les formes, sur fond de We’ll Meet Again de Vera Lynn. Et aussi quand les chrétiens crucifiés chantent Always Look On The Bright Side Of Life sur le Golgotha, à la fin de La Vie de Brian. Ce sont plus que des scènes d’anthologies : ce sont des condensés de bonne humeur. Ben Portal, c’est pareil.

Bien sûr, Serious Sam était rigolo, Vice City m’a fait sourire assez souvent, et quelques mots d’esprit de Duke Nukem m’ont marqué ("Hail to the king, baby !", référence à Evil Dead 3). Mais Portal, c’est une autre paire de manches : c’est le genre de truc qui vous faire sourire avec extase rien que d’y repenser. C’est une drogue sans addiction. C’est un antidépresseur concentré. C’est le bien. Et non, le gâteau n’est pas un mensonge.

Et sinon, les mitrailleuses automatiques, elles sont trop mignonnes. Elles me font penser au chat de mon frère.

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Pourquoi j’ai mangé Jean Dujardin :

Dans les sorties récentes, j’ai bien aimé Iron Man. Et la liste de ce que j’ai bien aimé ces derniers temps s’arrête là, attendu que le seul autre film que j’ai eu le temps de voir était Cash. Or, Cash était mauvais ! Mais n’anticipons pas.

D’abord, j’aurais dû écouter mon instinct cinéphile : il me chuchotait avec insistance qu’un film dont l’affiche évoquait une resucée fauchée et franchouillarde d’Ocean’s Eleven avait autant de chances d’être bon que Janclôde de gagner l’oscar de la meilleure interprétation masculine. Il avait raison, le bougre. Car c’est le même instinct qui me disait que "Brice de Nice" –de son vrai nom Dujardin– était un gage de qualité assez médiocre, et le même encore qui claironnait que Jean Reno n’avait pas tourné dans un bon film depuis le néolithique, c’est à dire depuis Léon. Que ne l’ai-je entendu ?

J’ai fait aveuglément confiance à Eric Besnard, voilà tout. À ma décharge, ce réalisateur (et scénariste) avait commis Le Nouveau protocole, qui était tout sauf un navet. Il faut croire qu’à l’heure de tourner Cash, il a eu un méchant coup de barre (ou un méchant besoin de régler ses dettes en Cash). En effet, Besnard s’est découvert un récent amour pour le fouillis hype... Ou, plus vraisemblablement, il a vu Arnaques, crimes et botanique, et s’est écrié : "moi aussi, je peux le faire !"

Non, Eric, tu ne peux pas ! Tu n’es ni Guy Ritchie, ni Tarentino, et ce que tu prends pour un film pétillant et trépidant pétille moyennement et oublie souvent de trépider. On pourrait croire qu’il suffit de mélanger dans une marmite à pellicule des transitions rapides, des écrans multiples et des arrêts sur image pour obtenir un film enlevé. Mais tout le monde ne peut pas réaliser Snatch ! Si, comme scénariste, Besnard vaut son pesant de cacahouètes, il est assez maladroit –inexpérimenté, en fait– quand il s’agit de tourner à proprement parler : on aboutit donc à une réalisation prétentieuse, confuse, qui fait ressortir tous les problèmes de rythme de l’intrigue au lieu de les atténuer. Ladite intrigue étant plutôt complexe, ce qui n’arrange rien : le film eût-il été passablement tourné, je l’aurais qualifiée de captivante, mais la confusion de la réalisation la rend simplement brouillonne... Dommage.

En ce qui concerne les acteurs, je vais essayer d’inhiber mes pulsions d’enfoncer un pic à glace entre les deux yeux de Jean Dujardin –que je n’aime pas trop–, et donner des arguments. Ou du moins faire semblant.

Valeria Golino, illustre inconnue au bataillon, ne joue ni bien ni mal. En fait, elle était tellement insignifiante ("potiche", me souffle-t-on) que j’ai bien du mal à me rappeler la façon dont elle jouait...
Quant aux autres rôles féminins, ils sont purement décoratifs : le scénario les considère comme des objets ("alors, je drague qui au juste ?" est sans rire un gros enjeu du film), et le critique féministe (si, si) s’en agace. Sinon, Jean Reno est manifestement plus intéressé par son cachet que par le déroulement de l’intrigue ; François Berléand plisse les yeux et prend l’air constipé les trois quarts du temps. Et puis il y a Jean Dujardin qui cabotine, surjoue, et se prend pour Belmondo, le charisme en moins : rien de bien nouveau. (La façon dont cet acteur au talent modeste et au sex-appeal de crustacé est adulé par la critique me laisse pantois, d’ailleurs.)

En somme, le film est un beau gâchis : il a une intrigue qui aurait pu être intéressante si elle avait été présentée plus habilement, une réalisation qui aurait pu faire l’affaire si elle avait été plus sobre, et une distribution qui aurait pu se révéler efficace si Jean Dujardin était mort.

Aurait pu. Alors sauvez Besnard : exilez Dujardin.

Bon ouiquende, les gens,


Le Masque des Ronces.

Flob'
« La femme Narsès : Comment cela s'appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd'hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l'air pourtant se respire et qu'on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s'entretuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?
Electre : Demande au mendiant. Il le sait.
Le mendiant : Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s'appelle l'aurore. »

(Jean Giraudoux, Electre, Acte II, scène 10.)

Non, vous n'avez pas rêvé, c'est bien un nouveau chapitre des Mirifiques Aventures que je vous offre aujourd'hui, avec 50% de dialogue ennuyeux supplémentaire ! et des vrais morceaux d'explication dedans. Mais avant, partageons un petit moment de misère humaine que j'ai vécu dans le métro.

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(La scène est dans le métro parisien. Deux jeunes filles discutent du baccalauréat qui s'approche, à deux pas d'un étudiant assis sur un strapontin et qui lit un épais roman.)

Cruche n°1 : Mais Hitler, il était pas communiste ?

Cruche n°2 : (riant de la naïveté de son amie) Mais non, voyons, il était naziste !

L'étudiant : (facepalm)

(Toute ressemblance avec une situation réelle me fait bien marrer.)


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Chapitre septième : Où l’on s’explique enfin !

Abigail Azad était de ces personnes qu’une intense vie intérieure ne dispensait pas de se tourner vers autrui, bien au contraire ; elle tenait à faire partager ses illuminations au reste du monde, qu’il le veuille ou non. Aussi, et bien qu’Aliocha fût intimidé par les airs mystiques que la sœur d’Agustin se donnait, les deux jeunes gens engagèrent-ils une discussion amicale à leur réveil. Qu’on ne s’étonne pas de l’aspect décalé d’une telle conduite en un tel lieu ! Entre gens du meilleur monde comme l’étaient nos héros, entretenir la conversation est un devoir prioritaire, bien plus que de s’étonner des mystères et autres deus ex machina vulgaires qui pouvaient se produire.

Contrairement à Agustin, ils s’éveillèrent là où ils s’étaient assoupis. C’était un confort qu’ils n’appréciaient guère, dans leur insouciance... La fin de leur sieste ne fut pas pourtant exempte de surprises : en premier lieu, il était naturel qu’ils se demandassent quelle force les avait poussés à s’assoupir si brusquement, et à s’éveiller de même. Ils trouvèrent aussi un sujet d’inquiétude (assez modeste, il est vrai) dans l’absence d’Agustin.

Inquiétude modeste, car cet homme –qui leur apparaissait à tous deux comme un frère et un mentor– était à leur avis amplement capable de se débrouiller seul. De surcroît, ils ne savaient s’il avait succombé à la même torpeur qu’eux, ou s’il était parti en chercher la cause ; auquel cas ils n’avaient qu’à se tourner les pouces en l’attendant. Ce qu’ils commencèrent à faire sans délai.

« C’est quand même bizarre, toute cette histoire, fit Aliocha d’un air mystérieux.

- Tu as une idée là-dessus ?

- Ah, euh, non, pas vraiment... Je disais juste ça histoire de discuter. De toute façon Agustin va régler le problème, comme d’habitude !

- Comme d’habitude, murmura Abigail avec une pointe de lassitude.

- Ça t’ennuie, on dirait.

- Non, non, se justifia-t-elle. J’ai juste un mauvais pressentiment. Et puis les cartes...

- Ne me sors pas le tarot, protesta le jeune homme en ricanant, il y a un truc qui t’ennuie et c’est pas les astres.

- Ce ne sont pas, corrigea-t-elle automatiquement. Et puis qu’est-ce que tu en sais, au juste ?

- Tu m’as dit avant-hier que le tarot, c’était des conneries.

- Bon, c’est vrai que... Enfin... T’en n’as pas marre, toi, de laisser mon frangin faire tout le boulot ?

- C’est plutôt reposant.

- Ennuyeux, reprit-elle.

- Qu’est-ce que tu veux y faire ?

- Je n’sais pas, moi, enquêter, agir, faire quelque chose !

- Monter jusqu’au lac, ça te dirait ? proposa-t-il après un long silence concentré. C’est pas l’aventure, mais ça va nous occuper.

- Ça me va. »

Et les voilà partis vers le sommet du volcan, pour des péripéties modérément utiles et raisonnablement mystérieuses. Qu’arrivait-il à Agustin pendant ces palabres ?

Agustin regardait l’épouvantail, et réciproquement. Celui-ci s’était arrêté en plein milieu d’une phrase et avait penché sa tête de paille, comme s’il entendait un bruit suspect. Or Agustin n’entendait rien que le vent qui soufflait dans sa tignasse rousse...

Mais soudain, il y eut derrière notre héros comme un grognement sourd, qui s’amplifia et se gonfla bientôt pour devenir un miaulement gigantesque. Le vaillant Espagnol resta pétrifié quelques secondes. Puis, il commença à se retourner, lentement et sans gestes brusques –c’est-à-dire sans autre geste brusque que le sursaut de surprise qu’il eut en découvrant ce qui venait d’atterrir derrière lui.

C’était... une espèce de félin géant, noir, échevelé, qui devait faire près de deux mètres au garrot. Sa tête était trop grosse, d’une rondeur étonnante, et recouverte comme une pelote d’épingles d’une constellation de moustaches rigides ; dans cette masse sombre et hirsute se dégageaient deux yeux verts, ronds, et deux rangées de dents acérées si blanches qu’elles semblaient briller de leur propre éclat. Ajoutez à cela de longues oreilles saillantes, semblables aux cornes d’un diable, et des pattes griffues, et vous aurez une idée de l’effroi que ressentit alors Oeste.

Çà et là, des morceaux de tissu semblaient avoir été cousus sur sa fourrure ébouriffée, et lui donnaient l’air d’une peluche rapiécée ; mais son sourire inquiétant n’avait rien d’agressif. Agustin se souvint alors que ce n’était qu’un rêve –du moins le croyait-il– et reprit ses esprits.

« Et vous, demanda-il calmement à la créature, qu’êtes-vous, au juste ? Et pouvez-vous me dire ce que je fais ici ? »

Et à sa grande surprise, le félin répondit, d’une voix sifflante :

« Pas d’impatience, petit homme. Vous aurez toutes les réponses en temps voulu.

- Vous me fatiguez avec vos charades. Venez-en au fait !

- Pour commencer, mon nom est Orco, et je suis un croquemitaine.

- Admettons – où suis-je, et pourquoi y suis-je ?

- Vous êtes dans notre monde, les Limbes : c’est Scarecrows qui vous y a fait venir, parce que nous avions besoin de vous.

- Merveilleux, commenta le jeune homme avec agacement. Cela n’aurait-il pas un rapport avec Folpense, par hasard ?

- Si, bien entendu... Mais je vous sens incrédule. Laissez-moi vous expliquer. »

Agustin se contenta de hocher la tête d’un air défiant, prêt à se réveiller d’un moment à l’autre de ce songe étrange. Le croquemitaine reprit, d’une voix de conteur.

« Notre monde existe depuis que vous avez commencé à vous inventer des Dieux pour peupler le ciel... C’est une sorte d’inconscient collectif, un imaginaire universel qui s’est mis à exister de lui-même... Un lieu où se réfugient les victimes du scepticisme moder...

- Epargnez-moi la métaphysique de comptoir, de grâce ! coupa Agustin. J’ai lu suffisamment de romans fantastiques pour savoir au mot près ce que vous allez me dire.

- Parfait, parfait, cela me simplifie la tâche ! » répliqua Orco, pas le moins vexé du monde.

« Nous autres créatures des Limbes, » continua-t-il sur un ton plus neutre « avons en général le pouvoir d’agir sur les humains par la pensée – et par la pensée seulement ! Nous pratiquons habituellement la non-ingérence : pour vivre heureux, nous vivons cachés. Mais il y a peu, nous avons laissé échapper dans la nature –celle de votre monde– un camarade fort dangereux, que nous tenions prisonnier depuis plusieurs siècles, la Tarasque.

« Mais je m’embrouille... Il faut d’abord que vous sachiez que les habitants d’ici n’ont pas habituellement le pouvoir de se rendre sur Terre : ils sont des esprits sans corps – et votre esprit à vous est trop attaché à votre corps pour que vous puissiez nous rejoindre. Seuls de rares élus, les hiérophantes, possèdent la malformation nécessaire pour visiter les deux mondes : une âme mal fixée à leur corps, qu’on peut arracher et transporter temporairement dans l’autre monde. La contrepartie ? En général, ils meurent jeunes ; leur esprit est fragile. Ce n’était pas le cas de la Tarasque ; en revanche, c’est le vôtre.

« Bref, nous avons conclu que c’était un autre hiérophante, comme vous, qui était venu dans les Limbes et avait prêté son corps à la Tarasque, dans un but inconnu. La Tarasque est une bête constamment affamée ; en son cœur est un gouffre sans fond où elle peut tout engloutir, matière et esprit. Elle a déjà dévoré Folpense, et nous n’avons pu sauver ses habitants que de justesse – lorsqu’ils rêvent, les humains sont plus vulnérables à notre influence, et nous pouvons les contrôler comme des marionnettes ; nous les avons donc évacués pendant la nuit vers une ville voisine.

- Pourquoi ne pas avoir utilisé une de ces « marionnettes » pour empêcher la Tarasque de nuire, alors ?

- Trop de différence de force entre un humain normal et un possédé – et puis nous n’aimons pas utiliser les gens contre leur gré.

- Donc l’illusion d’Ainsworth, c’était vous aussi, conclut Agustin sur un ton étrangement apathique. Et c’est vous qui nous avez endormis.

- Oui. La Tarasque allait avaler Folpense d’un instant à l’autre, c’était la seule solution pour vous sortir de ce guêpier ! intervint Scarecrows. Et si nous avons endormi vos deux camarades, c’est bien sûr pour préserver le secret des Limbes. S’ils vous avaient vu vous volatiliser, ils auraient conçu des soupçons... Mais cela ne règle pas le problème de la Tarasque.

- Et vous proposez quoi, pour régler ce problème ? » s’enquit son interlocuteur avec un air de s’en foutre.

Scarecrows et Orco hésitèrent un instant, visiblement gênés. Le croquemitaine chercha ses mots un instant, bredouilla, puis se lança :

« Comme vous êtes un hiérophante... vous pourriez, comment dire... vous laisser posséder par moi ; je me servirais de votre corps pour aller sur Terre et vaincre la Tarasque, et je vous laisserais tranquille ensuite. Ce serait l’affaire de quelques heures... Qu’en pensez-vous ?

- Il n’en est pas question.

- Pardon ?

- Vous n’aimez pas « utiliser les gens contre leur gré » ? Ça tombe bien, je refuse.

- Mais vous ne comprenez pas, la Tarasque est terriblement dangereuse ! Des vies sont en jeu !

- Je ne me suis jamais laissé commander par les produits de mon inconscient, et ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer. Votre histoire est si invraisemblable que j’ai honte de l’avoir rêvée... Adieu, messieurs, je vais chercher une issue à ce songe idiot ! »

Ce disant, il tourna les talons avec un mécontentement visible.

Mais son pied buta sur quelque chose ; il se baissa : une racine le retenait. Avec terreur, il la vit se recourber autour de sa jambe et la serrer, de plus en plus fort. Soudain, une autre jaillit à sa droite et lui saisit le bras ; à gauche, une troisième s’enroulait déjà sur son épaule. Derrière lui, une branche tortueuse se saisit de son cou ; des ronces remontèrent le long de ses jambes, l’enserrant dans un filet sinistre et douloureux. Les jambes, les bras entravés par cette prison végétale, il sentait l’étreinte se resserrer toujours plus, déchirer ses vêtements, sa peau. Le corps entier contracté par des spasmes de panique, il attendait de se réveiller de ce cauchemar atroce. Mais le réveil ne vint pas. Se pouvait-il que les Limbes existassent vraiment ? pensa-t-il, tandis qu’Orco lui bondissait dessus.

« Désolé, petit homme, murmura le Croquemitaine. Ta sottise ne nous donne pas le choix. »

Et il disparut dans une bouffée de fumée grise au contact d’Agustin.

« Il l’a absorbé... Il ne reste plus qu’à vaincre la Tarasque » commenta Scarecrows à voix basse.

Un instant plus tard, Agustin se réveilla dans la bruyère près de Folpense, la tête pleine des échos d’un rêve insolite. Il se frotta un peu l’occiput, eut froid ; par un temps si beau, c’était étrange. Plus le temps passait, plus le souvenir de sa vision devenait confus... Il lui semblait de toute façon qu’il avait des choses autrement plus importantes à penser. Il se releva d’un bond, bailla, s’étira bruyamment.

« Hé, Abi, tu ne devineras jamais de quoi j’ai rêvé ! » annonça-t-il d’une voix forte.

Le vent dans les montagnes lui répondit.

Il se rendit alors compte que les deux gosses s’étaient subrepticement barrés. Où diable étaient-ils allés se fourrer ?

À suivre...



Poll #1181841 Que va faire Agustin dans le prochain chapitre ?
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Agustin va...

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Monter jusqu'au lac.
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Retourner à la pension pour se nourrir, parce que dans tout ça il n'a toujours pas déjeuné.
2 (100.0%)

Retourner examiner les ruines de Folpense.
0 (0.0%)

Flob'

A moins que vous ne soyez aveugle ou que vous n’ayez passé les cinq dernières années de votre existence à hiberner dans une grotte, il est fort improbable que vous n’ayez jamais entendu parler de « webcomic. » Qu’est-ce à dire ?

Faisons simple : un webcomic est une bande-dessinée lisible en ligne, qui se différencie surtout de la bande-dessinée classique par le fait qu’il n’y a aucune différence.

Bon, j’exagère un peu. Il faut dire que j’ai été passablement agacé, ces derniers mois, par l’effet de mode qui a les a entourés (au même titre que les blogs) ; on croirait, à lire les journaux ou à regarder les reportages (encore sporadiques) qui sont diffusés à ce sujet, que nos chers dessineux ont réinventé la poudre.

Sans vouloir en rien atténuer leur mérite, il n’en est rien ; moi, je vois toujours des cases, les bulles, et des personnages qui les occupent. Si j’étais mauvaise langue, je dirais qu’ils sont plutôt moins bien dessinés que dans le circuit habituel, mais force est de reconnaître qu’il a du bon, du moins bon, et du fort médiocre.

Pour en revenir à notre controverse, les journalistes (pour la plupart des pigistes, les professionnels ont manifestement autre chose à faire) qui ont bafouillé sur les webcomics -dans des publications aussi largement diffusées que le Figaro magazine ou le Monde- ont fichtrement l’air de considérer que c’est une toute nouvelle forme d’expression qui y a été créée.

Laissez-moi rire ! Ce sont des d’abord des pages de bande-dessinée sur internet, là-dessus, il n’y a point à pinailler. Tout ce qu’on ajoute à ce prédicat ressemble souvent à du bavardage journalistique, voire à du remplissage dans bien des cas.

Certes, on pourrait arguer que les restrictions formelles liées à la publication se trouvent suspendues dans les webcomics, permettant des explosions de créativité de la part des artistes (et des phrases pompeuses chez ceux qui en parlent.) Dans une certaine mesure, c’est vrai ; toutefois, les chiens ne font pas des chats. Les dessinateurs et scénaristes qui bossent sur des webcomics s’inspirent dans une large mesure de leurs aïeux adeptes du papier, tant en ce qui concerne les scénarios que les codes graphiques, ne serait-ce que pour attirer un lecteur élevé sous les augustes ombres de Lucky Luke, Tintin et Ken le survivant. De surcroît, le webcomic est une activité à temps complet, qui nécessite des quantités de travail énormes ; il est donc normal de voir des artistes publier leurs travaux sur papier après gagné une certaine popularité en ligne. Il faut bien faire bouillir la cht’marmite, comme on dit dans le Nord.

Enfin de compte, on se retrouve donc avec des contraintes à peine inférieures...

Et pourtant, la différence entre la bande-dessinée bassement terre-à-terre (enfin, encre-à-papier) et le webcomic saute aux yeux ; elle s’apelle photoshop. La colorisation, la retouche des traits ont une gueule vachement plus propre, et c’est plutôt un bien.

Dernier point, l’histoire. Le grand argument des défenseurs du webcomic comme art à part, c’est que la publication régulière et le constant état d’inachèvement de l’histoire qui en résulte, permettent plus de souplesse, et subséquemment plus d’inventivité. Passons sur l’équation simplette « souplesse du format = inventivité », sans quoi je risque de devenir désagréable. Il n’en reste pas moins que les meilleurs webcomics ne sont devenus ce qu’ils sont qu’à partir du moment où ils ont décidé soit d’avoir une intrigue planifiée, soit de s’en tenir à des gags de trois ou quatre cases... J’ignore royalement dans cette dernière phrase les blogs BD et l’autofiction, ce sont d’autres paires de gants vampiriques (ha ha, blague de geek) ; ils jouent dans une catégorie complètement différente.

Reste à voir la question des subdivisions au sein du genre même du webcomic. Fort grossièrement, je dirais qu’il y a deux types d’hommes, ceux qui ont un fusil et ceux qui creusent, et trois grands types de webcomics : les romans graphiques, dont d’aucuns affirment qu’ils sont les webcomics à proprement parler, avec des personnages, une histoire, et tout ça ; les blogs BD, où un auteur raconte sa vie à des lecteurs passionnés (ironie) ; et les webcomics comiques (jolie dérivation), enfin, dignes descendants des petits Mickeys en trois cases dans les journaux d’antan. Ces distinctions sont purement personnelles et issues de mon expérience de lecteur, elles sont de fait sujettes à débat. Comme pour tout ce qui précède, si vous n’êtes pas d’accord, faites-le moi savoir !

Mon propos n’est ici ni d’établir une typologie plus précise, ni une liste exhaustive. Face à la masse considérable des webcomics publiés à chaque minute qui passe, je tenais juste à vous faire part d’une liste de mes favoris personnels, pour que vous découvriez peut-être des œuvres que vous eussiez manquées. Mes critères d’évaluation sont les suivants : moche ou pas moche, bien ou mal écrit, publié dans de bonnes conditions ou non ; l’aspect du site web, le rythme de publication et l’attitude générale de l’auteur face à ses lecteurs rentrent dans les conditions de publication.

            Puisque tout est dit, que les Satrapes s’attrapent et que les Athéniens s’atteignent !

 

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Edit (2009): Oh my, most of these were terrible. Mind-numbingly, soul-crushingly, extremely terrible. Edited out!

 

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Je laisse [info]pkmaster présenter Mistakes Of Youth, comme toujours, et je vous invite à réparer dans les commentaires toutes les horribles injustices que j’aurais pu commettre en oubliant quelque chef d’œuvre dont vous êtes fanatique.

 

 

Bonne rentrée à tous !

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N°10: Snobisme musical.

  • Feb. 13th, 2008 at 1:05 PM
Flob'
En guise d'exergue :

Avé, lecteur, celui qui va dire des bêtises te salue.

Tout d'abord, comme tu as pu le remarquer parce que tu es un lecteur fidèle (vous ne trouvez pas que c'est super cool, de tutoyer ses lecteurs ? Ça fait, intime, lounge, familier. La grande classe, quoi), cette note vaut aussi bien pour samedi dernier que pour samedi prochain. C'est-à-dire que ce n'est que le samedi d'après que le rythme reprendra normalement, à cause d'un léger rush de travail ces derniers temps. Ce qui fait qu'en fin de compte, je n'aurai presque pas manqué à mes devoirs de publication ! Oui, je suis du genre à faire des arrangements avec ma conscience.

Mon article d'aujourd'hui consiste en une sorte de one-shot, que je devais intégrer à l'origine dans une nouvelle, mais dont le sujet se prêtait mieux à un poème en prose. Ce serait bien pompeux (et fallacieux) de le qualifier ainsi, mais enfin ! Il vaut mieux que vous vous fassiez une opinion par vous-mêmes. Tout bref qu'il est, ce texte a tout de même fait l'objet d'un travail d'assez longue haleine ; je ne crois pas qu'il y ait de honte à le publier. Merci de commenter de façon constructive !

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Andante :

La pluie tombe, avec une obstination qu’on ne lui voit qu’en Bretagne.

Le ciel n’est pas en colère, ici. Il boude. Les gouttes fines se succèdent, têtues, et recouvrent la campagne d’un rideau monotone. Il ne fait pas froid ; s’il l’on frissonne, c’est à cause de l’humidité. Elle est partout : dans le salon, elle décolle le papier-peint et gondole les consoles ; elle ternit les tableaux du hall, ronge les livres du grenier, trempe les vêtements tristement rangés au garde-à-vous dans les armoires. Qu’on s’endorme un instant, et on n’est pas sûr de ne pas se trouver noyé par ce voile moite. Alors on fait des feux de pin et de peuplier dans la grande cheminée pour assécher l’air ; il faut des heures pour que les troncs détrempés s’embrasent, mais la fournaise dure parfois près d’une semaine et suffit à chauffer toute la maison. On remet de temps en temps du petit bois sur le foyer, et une grosse bûche quand la précédente a fini de se consumer. Tout le monde se tient autour les cendres brûlantes. On est assis à même le sol, sur la pierre chaude, à deux pas de l’âtre. On ne se tourne pas vers flammes, sans quoi la chaleur serait trop forte : on se contente de leur tourner le dos, avec un livre ou un journal, et d’attendre que la nuit vienne. Au bout d’un moment, l’esprit devient engourdi, et on ne parvient plus à distinguer le crépitement des flammes de celui de la pluie sur le toit. Les lignes du livre deviennent indistinctes, on relit sans cesse la même phrase sans en comprendre le sens. C’est alors qu’on a l’intuition de ce qui aurait pu s’écrire dans les espaces vierges que le poète a laissés entre les lignes ; on entre dans la fable. Puis, on se réveille ; le feu brûle toujours, la pluie n’a pas cessé, et on poursuit sa lecture, avec je ne sais quelle nostalgie du rêve qu’on vient de quitter.

Mon livre m’est tombé des mains ; je rêvasse. C’est un de ces vieux volumes dont l’obsolescence désuète a un certain charme, comme celui d’un poste à galène ou d’un téléphone en bakélite. Le coupe-papier qui m’a servi à séparer ses pages gît non loin, dans la pénombre, rattrapé par l’obscurité qui enfle autour de l’âtre tandis que le soir tombe. Et dans la bibliothèque toute proche, d’autres tomes s'amoncellent – au-dehors, l’averse redouble, claque sur les carreaux, se plaque contre les gouttières et gifle avec violence le portail vermoulu qui grince de plus belle. Ce qui n’était qu’un grain monotone et obstiné dégénère soudain en orage ; un éclair découpe nettement l’obscurité nuageuse, illumine un instant d’une lumière violente, triste et blafarde le tableau solitaire de ma soirée, puis retourne à la nuit grisâtre tandis que le tonnerre craque. Je tente de me distraire de ces lugubres bourrasques ; je reprends le roman entamé, je cherche ma page ; plus moyen de me concentrer. Le bruit de l’eau battant les vitres me force à lever les yeux pour constater par moi-même, à la lumière incertaine du feu, la violence de la tempête. Elle est si déchaînée que cette nuit acquiert une certaine noblesse : on croirait entendre dans ce bruit aqueux et cadencé galoper des chevaux célestes ou marcher une foule de lutins, de fées et de démons. Les pièces du manoir, pleines d’échos, de cavernes et d’oubliettes sont comme habitées par ce clapotis entêté ; elles se peuplent dans mes yeux fatigués d’une foule d’êtres fantastiques qui donnent corps à l’ombre environnante. Les ogres, les diables et les elfes de mon esprit commencent, au son de l’orage, à danser une ronde sabbatique autour du grand feu mourant. Tout ce bestiaire magique ne me menace pas plus que je ne pourrais me menacer moi-même ; les dragons de ma fantaisie sont couchés à mes pieds comme des chiens fidèles, et les hydres qui les suivent sont amadouées.

Un léger courant d’air suffit à dissiper ces monstres immatériels. Le feu agonise ; je n’ai plus le courage de l’entretenir. Tandis que l’ombre démesurée me dévore peu à peu et referme ses dents noires et avides sur les braises défuntes, une nostalgie délicate s’immisce dans un coin de mon esprit, semblable à ces notes légères qui concluent l’andante d’un concerto pour piano que j’ai écouté le matin même. A l’entendre, on se prend à regretter ce qu’on n’a jamais connu ; la tendresse bleutée de ce chagrin adouci se mêle à la tombée du soir ; il n’en est pas moins tenace, s’il est vrai que le désespoir est plus passionné.

En Bretagne, la tristesse n’est pas violente. Elle est obstinée.

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Ce texte est très largement inspiré de morceaux de musique classique, et des images qui ont pu me venir à l'esprit tandis que je les écoutais ; le concerto auquel il est fait référence, c'est surtout le remarquable Concerto pour piano n°2, du non moins remarquable Chostakovitch.

Ça me fait penser qu'on m'a demandé récemment quels étaient mes compositeurs et morceaux préférés (toujours en musique clacla) et que je suis resté tout penaud, la bouche ouverte, l'air ahuri du fonctionnaire des postes à qui l'on récite du Baudelaire alors qu'il s'apprête à vous parler du tarif des colis ("Vous voulez que ça arrive vite ou être sûr que ça arrive ?" m'a demandé récemment la préposée au guichet). Je m'en suit trouvé fort honteux et confus, et j'ai juré, mais un peu tard, qu'on ne m'y reprendrait plus.
Alors j'ai composé la petite liste qui suit pour briller en société et éviter à l'avenir ce genre de désagréments ; d'une part, il n'y a pas d'ordre de préférence, et j'en oublie sûrement. D'autre part, on constatera à quel point mes goûts en la matière sont banals et académiques. Il faut dire que je suis moi-même banal et académique.

O Fortuna de Carl Orff, dans Carmina Burana ; c'est tellement gigantesque que ça fait courir des frissons partout dans mon échine.

Chostakovitch, toutes les Suites pour orchestre de jazz, et surtout la n°1. Le meilleur foxtrot de tous les temps !

Rhapsody In Blue de Gerschwin. Rien à ajouter, tout est absolument parfait dans ce morceau.

La Marche au supplice, de Berlioz, dans la Symphonie Fantastique. Parce qu'il fallait bien choisir une partie de la Symphonie Fantastique et que le nombre de lectures sur iTunes en a décidé ainsi.

Les Danses Polovtsiennes de Borodine. Tout simplement mon ballet préféré, tant à écouter qu'à regarder.

Ainsi parlait Zarathoustra, de Strauss. Parce que ça donne envie de voler lentement dans l'espace et de toucher des stèles noires.

Le beau Danube bleu, de Strauss. Voir ci-dessus.

Olim lacus colueram de Carl Orff. Légèrement dérangeant et excessivement génial.

Le Boléro de Ravel, quoiqu'en disent les snobinards et les aristocrates de la musique qui le trouvent plat et bien trop connu ; le Boléro, plat ! Tssss.

Le Libera Me du Requiem de Gabriel Fauré. Parce qu'un requiem presque capable de vous faire chialer, ça ne se trouve pas à tous les coins de rue.

Bien sûr, il en manque ! Vous êtes d'ailleurs libres de vous indigner, de m'insulter (pas vraiment) et de donner vos propres préférences en la matière.
Et comme une partition n'est rien sans celui qui l'interprète, je vous donne aussi mes chefs d'orchestre préférés de tous les temps: Karajan dans l'absolu, Daniel Barenboim pour Mozart, Sir Simon Rattle pour Carmina Burana, Georges Prêtre (le chef d'orchestre préféré de Maria Callas) et bien sûr l'immense Arturo Toscanini. J'adore tout particulièrement la virtuosité et l'inventivité de ce dernier ; à Ravel, qui lui reprochait d'avoir joué le Boléro deux fois trop vite, il répondait "
Vous ne comprenez rien à votre musique. C'était le seul moyen de la faire passer."  Ha ha ha, il fallait le faire !

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Pour conclure sur une note moins pseudo-intellectuelle, je me suis récemment procuré Melty Blood : Act Cadenza Ver. B, et j'ai déjà fini le mode arcade avec tous les persos -et avec la ferme intention d'être suffisamment entraîné pour vaincre le [info]galilab la prochaine fois que nous nous affronterons- ; par conséquent, je pense avoir assez d'expérience pour affirmer en toute objectivité que ce jeu est super ! (en gras et avec un point d'exclamation, nom de nom). Hisui et Arcueid Brunestud ont pour l'instant ma préférence, pour tout vous dire.
Certains morceaux de la B.O. valent également le détour...

Sur ce, je vous salue bien bas et vous souhaite une bonne semaine.

Affectueusement,


Le Masque des Ronces.